Présidentielle : les sondages sont-ils crédibles à 13 jours d'un scrutin ?

ARCHIVES - Les récents sondages, dont notre enquête Kantar Sofres-OnePoint de dimanche, placent quatre candidats dans le peloton de tête du premier tour. L'ordre d'arrivée au soir du 23 avril sera-t-il conforme à ces études ? Un coup d'oeil dans le rétroviseur incite à la plus grande prudence.

Quatre candidats en tête, Macron, Le Pen, Mélenchon et Fillon, les deux premiers jouissant d'une avance de 6 points, les deux suivants au coude-à-coude. S'il confirme globalement les intentions de vote des précédentes études, notre dernier sondage Kantar Sofres-One Point paru dimanche, à seulement 14 jours du premier tour, réserve de gros rebondissements et pose de sérieuses questions.


Premier constat : l'ascension spectaculaire de Jean-Luc Mélenchon, qui prend 6 points et devient le troisième homme devant François Fillon, quand son concurrent socialiste, Benoît Hamon, s'affaisse. Deuxième constat : la légère érosion des intentions de vote en faveur de Marine Le Pen et d'Emmanuel Macron, favoris depuis de nombreuses semaines. 

Quatuor présidentiel

Cette tendance rappelle, s'il en est encore besoin, l'intertitude qui plâne sur cette présidentielle et la prudence nécessaire de l'analyse des enquêtes d'opinion, compte tenu des soubresauts d'une campagne sans précédent, du poids exceptionnel des indécis et de la marge d'erreur contenue dans les échantillons choisis des sondages pré-électoraux. Ce que rappelait lundi matin sur LCI Emmanuel Rivière, le directeur de Kantar Public, à l'origine du sondage : 

Les écarts se resserrent. Le finish, et cela est complètement inédit, devient un match à quatre [...] Le casting est très incertainEmmanuel Rivière

Autrement dit : il semble impossible d'anticiper, à seulement 13 jours du vote, lequel de ces quatre candidats parviendra à se qualifier pour le second tour, ni de déterminer si cette qualification sera large ou bien serrée. D'autant que, selon les enquêtes, Jean-Luc Mélenchon et François Fillon oscillent entre 17 et 19%. "Il n'y a pas deux mais quatre favoris à cette élection", confirme à LCI Frédéric Micheau, de l'institut OpinionWay. 


Or, si cette élection est "inédite" en raison de ce "quatuor", un coup d'oeil aux archives montre que l'incertitude est loin d'être une nouveauté lors d'une présidentielle, y compris lors de scrutins qui n'étaient pas chamboulés par une telle recomposition politique.

Des écarts entre les intentions et le scrutin

En observant les sondages d'intentions de vote de plusieurs instituts depuis 1981, à dix jours du scrutin, et en les comparant au vote effectif, on observe que les scores des candidats, et parfois l'ordre d'arrivée, n'ont pas toujours été confirmés :


1981 : à une dizaine de jours du premier tour, les sondages Sofres et Ifop donnaient Valéry Giscard d'Estaing en tête avec 27.5%, loin devant François Mitterrand (22-23.5). Ce dernier a pourtant fini la course en talonnant le président sortant, à 26% des voix, soit deux points derrière. 


1988 : François Mitterrand, donné favori avec 36% des intentions, a recueilli 34.1% des voix, tandis que Jacques Chirac, prévu à 23.5, dévissait à 19.9% et que Jean-Marie Le Pen, avec 14.4% des voix, dépassait de plus de trois points les prévisions. 


1995 : Lionel Jospin, donné à 21%, raflait finalement 23.3% des voix et passait en tête, tandis que Jacques Chirac, censé remporter haut la main son duel fratricide avec Edouard Balladur, ne devançait finalement ce dernier que de deux points. 


2002 : ce scrutin est bien sûr resté dans les mémoires. A une dizaine de jours du premier tour, Lionel Jospin était encore donné entre 18 et 19%, loin devant Jean-Marie Le Pen (13%). Et pourtant, les électeurs avaient finalement placé le candidat FN à 16.9%, juste devant le Premier ministre socialiste. 


Les deux scrutins suivants ont été plus conformes aux prévisions, avec cependant deux bémols : la surestimation de Jean-Marie Le Pen en 2007 (10.44% alors qu'il était prévu entre 12 et 14%) et celle, spectaculaire, de Jean-Luc Mélenchon en 2012 (11,10% contre 14 à 16% d'intentions), probablement à cause d'un "vote utile" de gauche dans la dernière ligne droite au profit de François Hollande. 

Se concentrer sur la dynamique ?

Faute de prédire, les sondages peuvent-ils donner une idée de la dynamique de campagne en cours ? Exemples : lors des élections de 1988 et de 1995, Jean-Marie Le Pen avait dépassé les prévisions, mais au terme d'une hausse continue, si l'on observe les sondages Sofres successifs de l'époque. En 2002, la défaite de Lionel Jospin face à Jean-Marie Le Pen, aussi surprenante fut-elle, était intervenue après une érosion progressive du socialiste au profit d'autres candidats de gauche. D'où l'intérêt de lire ces enquêtes "en tendance", sur plusieurs mois et non de façon isolée, voire de consulter des comparateurs en ligne. 


"La dynamique peut donner des indications, mais attention aux interprétations qui consisteraient à prolonger les courbes pour établir une prévision", tempère cependant Frédéric Micheau, directeur des études d'opinion chez OpinionWay. "Il peut se passer beaucoup de choses d'ici au 23 avril, des événements dans l'actualité, une petite phrase... Tout cela est par nature imprévu. Il y a des aléas, surtout en période électorale." Sans oublier le choix final des électeurs... "Une partie d'entre eux commence tout juste à s'intéresser au scrutin, à regarder les programmes. Certains attendront d'en discuter avec leurs proches durant le week-end pascal..." Bref, pas question pour les Français de laisser "spoiler" leur élection. 

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