Présidentielle : pourquoi Martine Aubry épargne François Hollande

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MAGNANIME - Samedi, à Lomme, l'ex-patronne du PS a émis quelques critiques feutrées sur le bilan de François Hollande, tout en évitant de taper sur le président de la République. Pourquoi Martine Aubry le ménage-t-elle ? Eclairage.

A l'heure du bilan, Martine Aubry aurait très bien pu lancer la charge contre son vieil ennemi, qui l'avait évincée de la course à la présidentielle en 2011. Et pourtant. Samedi, lors de "l'université de l'engagement du PS" à Lomme (Nord), même si elle a réfuté les rumeurs d'un soutien à une possible candidature du chef de l'Etat en 2017, la maire de Lille a relativement épargné François Hollande. Surprenant ? Pas vraiment. Voici pourquoi. 

Elle n'est pas en lice pour 2017

Premier élément déterminant : contrairement à Benoit Hamon ou Arnaud Montebourg, candidats déclarés à la primaire de la gauche qui n'ont de cesse d'étriller le bilan présidentiel, Martine Aubry a exclu très tôt toute participation à ce vote programmé les 22 et 29 janvier prochains. Elle a confirmé en août ce suspense qui n'en était pas un.

Moi, je ne suis pas candidate. Voilà, c'est la seule chose que je peux vous direMartine Aubry

Logiquement, elle n'a aucune raison de tuer le bilan du président sortant. Pourtant, Martine Aubry n'a jamais manqué, durant le quinquennat, une occasion de titiller le gouvernement, contre Manuel Valls dès 2014, contre Emmanuel Macron dont elle avait "ras-le-bol" fin 2015, et surtout contre la réforme de la déchéance de nationalité et la loi Travail cette année, comme elle l'a rappelé samedi. 

Son camp n'est pas vraiment représenté dans la primaire

Autre raison pour laquelle Martine Aubry épargne François Hollande : pour l'heure, aucun des prétendants déclarés à la primaire ne se revendique clairement des positions du camp Aubry. Arnaud Montebourg et Benoit Hamon avaient animé et dopé la fronde parlementaire à gauche du PS contre la loi Travail au printemps dernier, allant jusqu'à soutenir une possible motion de défiance contre le gouvernement Valls. Martine Aubry et ses alliés ne sont jamais allés jusque là, proposant jusqu'au bout un compromis permettant de faire passer cette réforme.  


Plus généralement, le courant de Martine Aubry juge nécessaire de rassembler très largement les forces de gauche pour espérer une victoire. L'ex-ministre rejette donc logiquement les candidatures qu'elle juge les plus clivantes - à commencer, bien sûr, par celles, possibles, de Manuel Valls ou d'Emmanuel Macron. Elle l'a expliqué samedi.

Certains parlent de deux gauches irréconciliables, mais moi je ne les ai jamais rencontréesMartine Aubry

Elle prépare l'après-Hollande

Enfin, Martine Aubry prends les devants d'une possible défaite de la gauche en mai 2017. Dans cette hypothèse, la priorité, elle le sait, serait d'éviter par tous les moyens la dislocation du PS, déchiré entre "sociaux-libéraux", "sociaux-démocrates" et "aile gauche" - les fameux "frondeurs". D'où son appel à l'unité samedi. D'où, aussi, ses efforts pour défendre une partie du bilan du quinquennat, comme la politique éducative et les créations de postes dans l'enseignement, le traitement des migrants de Calais ou encore l'action d'Emmanuelle Cosse au ministère du Logement, incarnée notamment par l'encadrement des loyers. Des mesures estampillées "de gauche" qui pourraient servir de base à une refondation du PS. Pour autant, Martine Aubry souligne également la nécessité de reconnaître les "échecs" et les "erreurs" de ce quinquennat. A la façon de Lionel Jospin, lorsqu'il avait appelé, à la fin des années 1990, au "droit d'inventaire" des années Mitterrand. 


En février dernier, lors des débats sur la loi Macron, les soutiens de l'ancienne patronne du PS avaient annoncé qu'ils quittaient la direction du PS, en désaccords avec les orientations gouvernementales. Pour mieux y revenir après 2017 ?

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