Présidentielle : pourquoi les statuts politisés de vos "amis" sur Facebook vous agacent (et comment les éviter)

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DÉCRYPTAGE - Depuis plusieurs semaines, vous faites peut-être le constat que votre fil d'actualité facebook ressemble de plus en plus à des conversations de café du commerce. Les avis et les posts deviennent de plus en plus engagés politiquement, on vous reproche vos positions politiques, votre vote ou encore votre absence d'engagement dans ce débat alors que vous n'avez rien demandé ? LCI vous décrypte ce phénomène. Et surtout, comment faire lorsque cela arrive.

Ne détournez pas la tête : vous êtes sans aucun doute concerné. Car oui, on a tous un ou des amis, sur Facebook, qui "polluent" notre fil d'actualité d'avis sur un sujet politique, une déclaration, ou encore un post nous encourageant à voter pour un candidat à la présidentielle. Parfois même, on vous explique, ton bien moralisateur à l'appui, pourquoi il faut voter pour un(e) candidat(e) et on vous envoie "bouler" lorsque vous dites que vous êtes libres de votre choix de vous abstenir de voter au second tour. Dans des situations extrêmes, on vous insulte. Ambiance.

Toute cette atmosphère tendue est venue bousculer votre univers 2.0 bien tranquille jusqu'ici, entre gifs de licorne et photos scandaleuses de vacances. Malheureusement pour vous, vous découvrez que vos amis n'ont pas forcément le même avis que vous en matière politique. Pour certains, cela vous amène même à faire le "tri" dans votre liste d'amis. 

Vous avez beau publier un statut appelant à la tempérance des propos ou pour dire qu'en fait, vous vous fichez des opinions des uns et des autres, ceux-ci reviennent inexorablement, comme un boomerang, dès que vous vous connectez sur Facebook. En d'autres termes, vous amis facebook vous épuisent et vous énervent, car au fond, rien de ce qu'ils pourront dire, ne vous fera changer d'avis... Ne vous inquiétez pas, ne culpabilisez pas : tout cela est normal. Et peut-être bien que les algorithmes Facebook y sont pour quelque chose. 

On découvre les avis politiques de certains de nos "amis" Facebook ... La faute aux algorithmes ?

Pour Thibaut Thomas, conseiller en stratégie numérique et enseignant au Celsa la "communication post-internet", sur Facebook, tout est fait pour que vous soyez connectés avec ce que vous aimez : vos amis proches, ceux dont vous likez les statuts, qui partagent vos centres d'intérêts... le tout afin de vous faire rester sur le réseau social. C'est le travail des algorithmes. Comme dans la (vraie) vie en fait, où on a tendance à s'entourer de personnes qui pensent la même chose que nous, parce qu'on cherche à confirmer notre opinion. 

Et bien sur sur Facebook, c'est un peu pareil (merci les robots). Tout est fait pour que les opinions différentes des nôtres n'apparaissent pas dans notre timeline. "Ces opinions nous déplaisent car on a perdu l'habitude de les voir", explique à LCI Thibaut Thomas. Si ces statuts politiques nous énervent, c'est aussi car nous n'avons pas "autorisées ces personnes à prendre la parole dans notre sphère virtuelle privée" qu'est notre fil Facebook. "C'est un énorme café du commerce dans lequel personne n'a été invité à prendre la parole". Un débat que nous n'avions pas forcément avant car selon lui, "nous nous sommes fait enfermer dans nos bulles algorithmiques d'opinions similaires".  

Même constatation du côté de Romain Badouard, maitre de conférences en Sciences de l'information et de la communication à l’UCP et membre du laboratoire AGORA. "Ces algorithmes créent des 'bulles de filtrage', qui produisent un enfermement idéologique dans la mesure où les informations que nous y consultons nous confortent dans nos opinions, alors même que la confrontation d’arguments contradictoires est au cœur du fonctionnement du débat public", analyse-t'il. Voilà pour l'explication technique. 

Tout le monde a la possibilité de prendre la parole

Et forcément, qui dit campagne présidentielle violente dit statut facebook plus virulent, plus engagé. Selon Thibaut Thomas, "nous sommes troublés par ces statuts car ils sont liés à la notion d'espace public. Aujourd'hui nous sommes confrontés à une atomisation de cet espace en une multitude de petits 'espaces publics en réseaux'. Nous avons l'impression de créer un débat public, nos posts Facebook ressemblent à des articles de presse puisque même les médias utilisent FB alors qu'ils ne touchent que très peu de personnes. En réalité, on n'arrive pas à identifier à qui on s'adresse car tout est fait pour me faire croire que je m'adresse à plein de gens. En voulant nous faire rester sur le réseau, Facebook nous encourage à prendre la parole et nous rend co-dépendants", précise ce spécialiste. Une co-dépendance qui peut avoir ses limites car si vous déroulez une discussion par curiosité, likez un commentaire ou regardez une vidéo, l'algorithme va vous tenir au courant des nouveaux commentaires, des personnes qui ont liké le statut et ainsi de suite... 

Et soyons honnête : ces derniers temps, on frôle l'overdose. Thibault Thomas nous explique que "ce qui peut paraître pénible c'est que tout le monde a la possibilité de prendre la parole grâce aux réseaux sociaux, sans qu'un gatekeeper (des "gardiens") ne les choisisse. Est ce que BHL est plus légitime que moi pour donner un avis sur la situation politique ? Dans certains mass médias : oui". Or sur nos pages Facebook, que nous utilisons pour la plupart comme outil privé, "nous avons le droit de prendre la parole sans qu'on nous la donne. Ce qui nous heurte en ce moment, c'est aussi la réalisation que tout le monde peut prendre la parole (...) C'est la réalité de la démocratie qui éclate au grand jour". 

Les statuts politisés sur Facebook servent-ils à quelque chose ? (SPOILER : pas vraiment)

Las de lire ces statuts, vous avez supprimé des "friends" ? Ne culpabilisez pas : vous n'êtes pas seul(e) dans ce cas. Selon une étude récente réalisée par le Pew Research Center, 31% des personnes interrogées expliquent avoir changé leurs paramètres de leur fil pour voir moins de posts politiques venant d'"amis". 27% reconnaissent même avoir carrément bloqué ou supprimé un contact pour ces raisons. 

Selon cette même étude, si seulement 20% des utilisateurs des réseaux sociaux apprécient de voir des contenus politiques dans un fil d'actu, 37% affirment être "fatigués" par ces interminables discussions sur cette thématique. Reste à savoir désormais si vos posts politiques sont utiles : avez-vous réellement le pouvoir de convaincre votre auditoire (comprendre "vos friends") ? Votre égo risque d'en prendre un coup : seulement 20% des utilisateurs des réseaux sociaux ont modifié leur position politique à cause de ce qu'ils ont vu sur les réseaux sociaux. Ils sont 17% à estimer que les réseaux sociaux peuvent aider à modifier la vision d'un candidat politique. 

Alors, ce prosélytisme politique au chausse-pied est-il réellement efficace ? D'après les chiffres pas tellement. Alors comment faire pour éviter de se voir inflinger ces interminables discussions d'éditorialistes 2.0 ? 

Les moyens de "défense"

Si vous faites partie des personnes dont l'avis n'a pas bougé d'un pouce (en l'air) ou que vous êtes tout simplement agacés par tout cela, vous avez des outils à votre disposition qui vous permettent de vous protéger de tout ce flux. Sur Facebook, vous avez en effet la possibilité de "ne plus suivre les publications" de vos amis jugés pénibles. Essayez, c'est l'adopter ! 

Sinon, vous pouvez, comme l'indique nos confrères de Nice Matin, télécharger une extension à votre navigateur. Celle-ci masquera les publications politiques et les transformera en images bien plus internet-friendly avec des poneys, des étoiles, des stars de séries tv. 

Notez que vous pouvez également éviter de vous connecter à Facebook, cela vous évitera probablement quelques crise d'eczéma. Prenez un livre, écoutez le dernier album de Kendrick Lamar, allez au ciné ou sur Netflix voire, allez prendre l'air, par exemple. Vous verrez, la vie est plus belle en dehors de Facebook, surtout en ce moment. 

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