Valls, Jospin, Balladur, Chirac : quatre façons pour un Premier ministre d'annoncer sa candidature

LE MOMENT CHOISI - Pas facile pour un Premier ministre de choisir le bon moment de quitter son gouvernement pour se lancer dans la course à la présidentielle. Avant Manuel Valls, Jacques Chirac et Edouard Balladur ont tenté l'expérience (et ils ont échoué). Comment s'y prenaient-ils ?

Annoncer sa candidature à la présidentielle est tout un art. Annoncer sa candidature quand, en plus, on est aux commandes du gouvernement, relève de l'exercice d'équilibriste. Il faut en effet assumer un bilan tout en se projetant dans l'avenir. Avant Manuel Valls ce lundi soir, Jacques Chirac, Edouard Balladur puis Lionel Jospin ont tenté l'expérience. Ils ont finalement échoué, emportés par leur bilan. Comment avaient-ils abordé la campagne ? Retour en archives. 

Jacques Chirac en 1988 : "Je suis ambitieux pour la France"

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Le 16 janvier 1988, Jacques Chirac annonce sa candidature à la présidence de la République

Après deux ans de cohabitation avec François Mitterrand, Jacques Chirac décide, en janvier 1988, de se lancer dans la bataille. Ses premières déclarations évoquent brièvement le bilan des deux ans de mandat de la droite - "Nous avons travaillé et dans beaucoup de domaines nous avons réussi" -, puis appellent à "franchir une nouvelle étape" pour le "relèvement nécessaire du pays". 


Ni vraiment à droite, ni vraiment à gauche, ce premier discours est plutôt fourre-tout. Jacques Chirac évoque la jeunesse, les chômeurs, une France "audacieuse, forte, rayonnante, généreuse, qui assure son indépendance dans le monde". Il promet un projet présidentiel "qui exprime toute ma conviction, de rassemblement, d'efforts, de solidarité et d'ambition pour servir les Français et la France"... Au terme de la campagne, le Premier ministre sera battu par François Mitterrand. 

Edouard Balladur en 1995 : "Réconcilier" et "réformer sans fracture"

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Le 18 janvier 1995, Balladur annonce sa candidature à la président de la République

En janvier 1995, Edouard Balladur se lance dans la campagne après, là encore, deux ans de cohabitation avec François Mitterrand. Le chef du gouvernement, soutenu par des personnalités centristes, entre en concurrence avec Jacques Chirac. Dans sa première déclaration, celui qui bénéficie alors d'une bonne cote de popularité joue à fond la carte du rassemblement (et élude la question du bilan). Sa mission : rassurer les Français qui craindraient un nouveau virage à droite.


Edouard Balladur évoque donc "la nécessité du rassemblement le plus large possible des Français", veut "ressusciter l'espérance", "réconcilier" en réformant "sans fracture ni rupture, grâce au dialogue avec tous". "Je ne suis pas le candidat d'un parti", insiste le locataire de Matignon, promettant de rassembler "tous les Français sans distinction sans exclusive". Il sera battu quatre mois plus tard par Jacques Chirac, qui fait campagne encore plus à gauche... sur la "fracture sociale". 

Lionel Jospin : le fax et "l'esprit de responsabilité"

Premier ministre durant cinq ans, en cohabitation avec Jacques Chirac, Lionel Jospin a choisi de faire connaître aux Français sa candidature... par fax, le 20 février 2002. C'est donc l'AFP qui annoncera sa décision. 


Dans une "lettre aux Français" adressée peu après, le chef du gouvernement justifie sa candidature par "le travail accompli et les progrès réalisés" (lui s'appuie clairement sur le bilan du quinquennat), et son souhaite de "restaurer l'esprit de responsabilité, fondement de l'autorité". Sa promesse de "présider autrement" sera finalement balayée par les Français un certain 21 avril 2002, lorsque Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen se retrouveront au second tour. Sans lui.

Manuel Valls en 2016 : "Ma candidature est celle de la conciliation"

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Manuel Valls : "Ma candidature, c'est aussi une révolte !"

Manuel Valls, Premier ministre et candidat, réussira-t-il là où ses prédécesseurs ont échoué ? Pour s'en donner les moyens, le candidat n'évoque pas vraiment le bilan de son gouvernement. Il devra l'assumer de toute façon. Il préfère dans l'immédiat se poser en garant de l'unité de la gauche, et plus généralement des Français. Il faut dire qu'il a été régulièrement accusé d'avoir lui-même divisé la gauche, d'où cette longue justification. "Ma candidature est celle de la conciliation. Elle est le premier acte de l'unité", dit-il. Ou encore : "La gauche est belle quand elle parle à tous les Français. La France a besoin de la gauche".


Pour le reste, on comprend surtout qu'il devra affronter la concurrence d'Emmanuel Macron, candidat hors primaire, et qu'il ciblera le programme de François Fillon, le candidat de la droite. Manuel Valls s'expose cependant à une difficulté que ne connaissaient pas ses prédécesseurs : il est attaqué de partout dans son propre camp. 

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2017 : la bataille de la gauche

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