Primaire à droite : quel enjeu pour chacun des candidats ?

Élections Européennes 2019
L'HEURE DE VERITE - Les sept candidats à la primaire de la droite et du centre s'affrontent jeudi soir pour la seconde fois, lors d'un débat télévisé sur BFM et iTÉLÉ. Une exposition médiatique qu'ils devront mettre à profit, qu'ils aient quelque chose à perdre ou à gagner dans cette rencontre devant les Français.

C'est leur second rendez-vous avec les Français. A un moment crucial de leurs campagnes respectives, les sept candidats à la primaire de la droite et du centre débattront jeudi soir à partir de 20h30 sur BFMTV, iTÉLÉ et RMC. Alors que les tensions entre les postulants à la présidentielle de 2017 sont de plus en plus vives, l'occasion est donnée à chacun de confirmer, préciser, rectifier voire sauver la première prestation, en octobre sur TF1, et plus généralement la campagne à dix-sept jours du premier tour. Qu'en est-il pour chacun des candidats ? 

Alain Juppé : préserver son avance sans éviter le débat

Les responsables politiques le savent : le leadership n'est pas forcément la meilleure position pour aborder un débat. Alain Juppé, qui jouit d'une confortable avance de 14 points sur Nicolas Sarkozy selon notre dernier sondage, ne voudrait probablement pas subir la même déconvenue qu'Hillary Clinton face à Donald Trump outre-Atlantique ces derniers jours. Pour éviter d'y laisser des plumes, le favori de la droite devra donc éviter - en bon présidentiable - de s'enflammer au sujet de la polémique autour de François Bayrou qui l'oppose à Nicolas Sarkozy. Comme il est favori, il pourrait également être la cible privilégiée des attaques des autres concurrents. Malgré tout, alors que certains jugeaient sa première prestation télé plutôt posée, voire fade pour ses détracteurs, le maire de Bordeaux devra aussi mouiller la chemise et entrer de plain-pied dans le débat. 

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Nicolas Sarkozy : jouer son va-tout... sans verser dans les polémiques

Nicolas Sarkozy joue très gros. Largement devancé par Alain Juppé dans les sondages, il sait aussi qu'il garde la confiance d'une bonne partie des sympathisants Les Républicains. Après plusieurs jours d'attaques en règle contre Alain Juppé et son allié centriste François Bayrou, l'ancien chef de l'Etat devrait poursuivre l'offensive jeudi soir. Ce faisant, il va tenter de mobiliser au maximum son coeur de cible, l'électorat de l'aile droite, susceptible de lui sauver la mise au premier tour le 20 novembre. Mais le risque est d'éloigner encore un peu plus ces électeurs centristes qui ont rallié majoritairement Alain Juppé, et qui pourraient faire la différence en cas de forte participation au second tour. Nicolas Sarkozy devra donc prendre la hauteur après plusieurs jours de polémique interne. 

François Fillon : valoriser son image d'homme politique aux convictions ancrées

François Fillon n'a cessé de monter ces dernières semaines dans les sondages, notamment auprès des sympathisants LR. Sa dernière prestation dans "L'Emission politique" a contribué à donner de lui l'image d'un responsable politique aux convictions bien ancrées (à droite), qui ne change pas d'avis au gré des circonstances. Au cours de sa campagne, l'ancien Premier ministre est parvenu à donner de lui une image de "sérieux" qu'il pourra mettre à profit jeudi soir. D'autant que son flegme pourrait jouer en sa faveur, si les favoris de la primaire en venaient à s'écharper en direct. Le risque : paraître, paradoxalement, trop froid alors que tout s'échauffe autour de lui. 

Bruno Le Maire : "mettre ses tripes sur la table", tout en se posant en vrai "présidentiable"

Bruno Le Maire, le "challenger" de la primaire, n'a pas réussi à décoller dans les sondages depuis la rentrée. Sérieusement concurrencé par François Fillon, l'ex-ministre de l'Agriculture a également été critiqué pour ses prestations lors du premier débat sur TF1, puis lors de son passage dans "L'Emission politique". Trop belliqueux, pas assez présidentiable... Les jugements n'ont pas été tendres à son égard. Après la dernière polémique son absence de "respect" pour François Hollande, Bruno Le Maire aura l'occasion, jeudi soir, de prendre de la hauteur en s'appuyant sur son copieux programme pour 2017, qui contient certaines propositions absentes des projets de ses concurrents, comme par exemple sur l'évasion fiscale. 

NKM : faire valoir sa modernité et se lâcher en plateau

Nathalie Kosciusko-Morizet avait su faire parler d'elle quand il fallait aller chercher les derniers parrainages pour être candidate à la primaire. L'ancienne ministre, qui plafonne à 4% d'intentions de vote, va devoir reprendre son bâton de pèlerin pour aller chercher les électeurs encore sceptiques. Pour cela, elle pourra mettre en avant sa singularité, et notamment les aspects de son programme qui la distinguent de ses concurrents, de la modernisation du pays à la défense de l'environnement. NKM aura aussi l'occasion de mieux faire découvrir sa personnalité aux Français, après une prestation plutôt timide lors du premier débat. 

Jean-François Copé : confirmer le premier débat sans tomber dans les attaques personnelles

En queue de peloton dans les sondages, Jean-François Copé s'était pourtant montré incisif et très présent lors du premier débat de la primaire en octobre. Il faut dire qu'il avait animé la confrontation en attaquant frontalement Nicolas Sarkozy sur son passé judiciaire. Mais après sa bourde sur le prix du pain au chocolat, le maire de Meaux va devoir trouver l'équilibre entre la visibilité médiatique et le sérieux. Pour éviter de passer pour le revanchard de service, dont l'unique objectif serait de plomber la candidature de Nicolas Sarkozy, il pourra s'appuyer sur son programme très à droite pour tenter de séduire les sympathisants LR purs et durs. A condition que ces derniers veuillent bien lâcher Nicolas Sarkozy...

Jean-Frédéric Poisson : jouer le candidat méconnu et mobiliser l'électorat chrétien-démocrate

Lors du premier débat, Jean-Frédéric Poisson, inconnu des Français, avait suscité le plus grand nombre de recherche sur Google parmi les candidats. Le candidat du Parti chrétien-démocrate (le mouvement de Christine Boutin) pourra miser à nouveau sur cet effet de surprise. Il pourra également jouer sur la particularité de ses convictions : proche de la Manif pour tous, il est un opposant au mariage homosexuel et se mobilise, comme François Fillon d'ailleurs, contre la gestation pour autrui (GPA) et l'adoption par les couples homosexuels. Même si François Fillon a reçu le soutien officiel des opposants à la loi Taubira, le député pourra profiter de la soirée de débat pour mobiliser les électeurs de sa sensibilité qui n'avaient pas prévu d'aller voter à la primaire. Il pourrait également attiser la curiosité par ses récents propos sur "le lobby sioniste", qui ont failli lui coûter sa place à la primaire, et son refus de voter pour François Hollande si ce dernier affrontait Marine Le Pen au second tour de la présidentielle.  

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