Européennes : qui est Andréa Kotarac, l'élu insoumis qui appelle à voter pour le Rassemblement national ?

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TRANSFUGE - Conseiller régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, Andréa Kotarac avait participé à la fondation du Parti de gauche avec Jean-Luc Mélenchon en 2009. Le voici, à moins de deux semaines des élections européennes, qui appelle à voter pour le candidat du Rassemblement national.

Il n'a que 30 ans, et déjà un long passé militant derrière lui. Andréa Kotarac, conseiller régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, a annoncé mardi 14 mai qu'il quittait La France insoumise (LFI) et qu'il abandonnait son mandat pour soutenir la candidature de Jordan Bardella, la tête de liste du Rassemblement national. Un "coup monté" pour Jean-Luc Mélenchon, qui n'a pas caché son dégoût en évoquant ce transfuge sur son compte Twitter. 

Interrogé mercredi 15 mai sur LCI, le futur ex-élu régional a justifié ce changement de cap surprise à onze jours du scrutin par la nécessité de "faire barrage" à Emmanuel Macron, estimant que la seule liste souverainiste capable de le faire était celle du parti de Marine Le Pen. Andréa Kotarac a affirmé avoir pris cette décision "sans demander de place" en échange, précisant par ailleurs qu'il n'adhérait pas au RN mais reprenait "sa liberté de simple militant". Son annonce a suscité de très nombreuses réactions indignées chez ses anciens camarades de LFI sur les réseaux sociaux.

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Du PS au PG

Et pour cause, ce nouvel alignement a surpris. Andréa Kotarac était tout juste majeur lorsqu'il s'est engagé en politique. Lors des municipales de 2008 à Thonon-les-Bains (Haute-Savoie), ce passionné de politique internationale avait participé à une liste d'union de la gauche conduite par le socialiste Georges Constantin, un scrutin finalement remporté par un candidat divers droite. 

Un an plus tard seulement, le jeune militant rencontre Jean-Luc Mélenchon. Il contribue activement à Pour la République sociale (PRS), association politique dirigée par Jean-Luc Mélenchon, qui a préfiguré le Parti de gauche, fondé en 2009. Andréa Kotarac en est l'un des acteurs et restera au sein du PG jusqu'à son exclusion, ce mardi, prononcée après son ralliement au RN.

Loin d'être un simple militant, Andréa Kotarac côtoie le leader du PG (puis de LFI), et participe aux scrutins suivants : tête de listes aux municipales dans le 8e arrondissement de Lyon en 2014, chef de file du PG aux régionales en 2015, puis candidat LFI aux législatives dans la 7e circonscription en 2017 (13.34% des voix). "Certains veulent faire carrière, d'autre non, c'est mon cas", assurait-il pourtant dans une interview à Lyon Mag en novembre 2016. 

"Des convictions fermes"

En 2014, Jean-Luc Mélenchon ne tarissait pas d'éloges sur son jeune poulain lyonnais. "Il avait de l'intérêt pour la géopolitique", témoignait le leader de LFI auprès de la Tribune de Lyon. Il ajoutait ces mots qui résonnent curieusement aujourd'hui : "Andrea n'est pas un dogmatique, ce n'est pas quelqu'un qui va vous faire le catéchisme. Ce qui ne l'empêche pas d'être tenace, endurant et d'avoir des convictions fermes". 

Andréa Kotarac, de père serbe et de mère iranienne, a soutenu à plusieurs reprises des positions républicaines et souverainistes au sein de LFI, qui rappellent celles de Djordje Kuzmanovic, l'ancien conseiller de Jean-Luc Mélenchon, qui a lui aussi claqué la porte de LFI pour créer République souveraine, sur fond de désaccord sur la politique migratoire. Auteur d'une tribune consacré à son arrière-grand-père, combattant serbe "oublié" malgré son engagement aux côtés de la France en 14-18, Kotarac a décrit son hostilité à la guerre menée il y a vingt ans en Serbie, qui a "achevé l'explosion" de la Yougoslavie - une position d'ailleurs partagée avec Jean-Luc Mélenchon. Il a également manifesté son hostilité à l'interventionnisme armé en Irak, responsable selon lui de l'ascension du groupe Etat islamique - une position également partagée par LFI. Il s'est récemment illustré plus particulièrement par ses positions pro-russes, ayant notamment estimé qu'il fallait reconnaître l'annexion de la Crimée par la Russie. Il s'est prononcé, en outre contre le "cynisme communautariste d'une partie des élus", visant notamment le président de LR Laurent Wauquiez et le maire de Lyon Gérard Collomb. 

"J’ai évidemment les fondamentaux, étant passé par PRS et le PG, à savoir Jean Jaurès ou encore Rousseau", expliquait-il en mars dans une interview accordée au média pro-russe RT. "Mais je ne me catégorise pas uniquement par cela. Je suis passionné par l’histoire de mon pays et je crois dans la force et le réveil français à chaque étape importante de l’histoire."

Marion Maréchal, "un adversaire redoutable"

Celui qui qualifiait encore, en octobre dernier, LFI et RN de mouvements "éloignés, aux antipodes" revendiquait en revanche son refus de l'Union européenne actuelle. "Est-ce que les Français souhaitent une Europe qui oublie les peuples ? Plus on ira vers cela, plus on aura des Viktor Orban (dirigeant populiste de Hongrie, allié de Marine Le Pen, NDLR). Etre eurosceptique, ce n'est pas être nationaliste, au contraire, c'est souhaiter la paix", affirmait-il sur la chaîne TLM. "Orban, Salvini et autres sont les conséquences directes de Macron [...] Pour chasser les Orban, il faut chasser les ultralibéraux."

Dans la même interview, le conseiller régional racontait avoir eu l'occasion de "débattre face à Marion Maréchal, dans un restaurant". "C'est une personne qui a un capital culturel important", reconnaissait-il, un brin élogieux, à propos de l'ex-députée frontiste, directrice de l'école lyonnaise Issep. "Elle sera pour notre génération une adversaire redoutable. Elle s'engage avec l'Issep, il faut qu'on y réponde avec l'Ecole des Insoumis", concluait-il. 

Jusque là passé en-dessous des radars de ses camarades insoumis, Andréa Kotarac a créé des remous dans sa formation politique en participant, le 18 avril dernier, au 5e forum économique international de Yalta (Crimée), organisé par le pouvoir russe, en présence de nombreuses personnalités internationales. Une démarche "individuelle" qui avait profondément irrité LFI. "L'alliance avec la Russie, elle ne veut pas dire pro-Poutine", s'était-il défendu sur son compte Facebook.

Parmi les invités de ce forum russe figuraient deux personnalités françaises qu'il aura désormais l'occasion de croiser plus souvent : Marion Maréchal, et Thierry Mariani, l'ancien ministre sarkozyste devenu 3e de liste du RN aux élections européennes. 

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