Réforme du code du travail par ordonnances : Edouard Philippe et Emmanuel Macron tentent déjà de déminer le terrain...

ÉLECTIONS LÉGISLATIVES 2017
PINCETTES - Annoncée plusieurs fois lors de la campagne présidentielle par Emmanuel Macron, la réforme du code du travail par ordonnances, donc sans discussion préalable au Parlement, a été confirmée par le Premier ministre Edouard Philippe. Mais tous deux, ainsi que leurs lieutenants, s'efforcent d'être rassurants afin d'éviter un troisième tour social et un mouvement anti-loi Travail bis.

Le premier gros dossier du futur gouvernement sera-t-il le plus explosif ? Annoncée à plusieurs reprises par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle et confirmée ce lundi par le nouveau Premier ministre Edouard Philippe sur TF1, la réforme du droit du travail par ordonnance semble cristalliser de nombreuses craintes. Face au risque de troisième tour social, toute la nouvelle équipe au pouvoir s'est efforcée de déminer le terrain.

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"Ces ordonnances, ça n'est pas le refus de la discussion, et j'insiste sur ce point : une bonne réforme, c'est une réforme qui est pensée, annoncée, discutée et ensuite rapidement exécutée parce que les Français attendent une transformation, ils attendent des progrès", a déclaré Edouard Philippe ce lundi soir, après sa nomination à Matignon. 


"Je sais les inquiétudes que suscite [la réforme], je vais les entendre, nous allons travailler, mais la volonté du président de la République, elle est clairement affirmée et moi, mon objectif, c'est de faire en sorte que les objectifs qu'il a fixés soient atteints", a poursuivi le Premier ministre. L'inquiétude ? Que cette nouvelle "loi Travail", qui pourrait s'appliquer sans discussion préalable au Parlement (mais pas sans vote) se transforme en loi-El Khomri bis et engendre un nouveau front social. 

Je vous invite à lire notre constitution. Vous savez, ça va détendre tout le mondeEmmanuel Macron

"Il y aura évidemment consultation et discussion" avec les partenaires sociaux, et "il y aura un moment de discussion parlementaire, car (...) les ordonnances (...) n'excluent pas la discussion parlementaire. Il y a une loi d'habilitation qui est discutée au Parlement, puis il y a une loi de ratification qui est discutée au Parlement", a ajouté Edouard Philippe. "Il y a donc discussion parlementaire, mais il y a aussi rapidité d'exécution", a-t-il conclu.


Emmanuel Macron avait déjà, le 5 mai dernier, enfilé sa tenue de démineur pour préparer le terrain : "Je vous invite à lire notre constitution. Vous savez, ça va détendre tout le monde", avait-il lancé sur RTL le 5 mai dernier.

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Quant aux proches du nouveau président, ils se veulent tout aussi rassurants. "La réforme se fera dans la concertation, comme le prévoit le Code du travail", promet l'économiste Marc Ferracci. Quant à Richard Ferrand, secrétaire général de la République en Marche, il voit dans les ordonnances un moyen "d'empêcher l'enlisement dans le débat parlementaire". "Plus que la méthode, ce qui est important (…) c'est qu'on puisse discuter dans les entreprises, dans les branches", a-t-il ajouté, vendredi sur BFMTV. Pour le député macroniste Christophe Castaner, invité de Franceinfo le 9 mai, "ça permet d’aller vite, d’éviter le 'tatillonnage' administratif".


D'autres proches d'Emmanuel Macron paraissent, eux, moins sensibles à ce discours. François Bayrou avait déclaré sur Franceinfo, au lendemain du second tour : "C'est bien d'avancer, mais c'est bien, en même temps, de dialoguer sur ces sujets aussi difficiles. Recourir aux ordonnances, c'est faire le constat que le pays est bloqué." Daniel Cohn-Bendit, autre soutien du président, ne s'estimait pour sa part "pas sûr qu'à la fin, ça se terminera par des ordonnances".

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