Régionales 2015 : "La bipolarisation de la vie politique française est bel et bien morte"

Élections Européennes 2019

ANALYSE - Directeur général adjoint de l’Ifop, Frédéric Dabi décrypte pour metronews les résultats du premier tour des élections régionales et la très forte poussée du Front national, qui, selon lui, acte la fin du bipartisme dans la vie politique française.

Qui a voté Front national dimanche ?
On observe deux "cibles" bien déterminées. Classiquement, le Front national a surperformé chez les hommes, les jeunes ou les ouvriers. En outre, et c’est nouveau, le FN est arrivé en tête auprès des 35-49 ans, de la France du salariat. C’est un électorat qui avait très fortement voté Nicolas Sarkozy en 2007 et, plus modestement, Hollande en 2012. On observe, à ce niveau, un glissement remarquable en faveur du parti de Marine Le Pen.

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Quels autres enseignements tirez-vous de ce premier tour ?
On observe un changement de paradigme avec ce scrutin. En général, les élections intermédiaires servent de défouloir contre le parti au pouvoir, au bénéfice de celui qui est dans l’opposition. Là, la droite, même si elle va reconquérir des régions, n’a pas atteint les scores espérés, loin de là. La bipolarisation de la vie politique française est bel et bien morte. C’est désormais acté.

"Il n'y a pas d'adhésion au programme du FN"

Les attentats ont-ils "profité" au FN ?
Oui, mais ils n’ont pas modifié fondamentalement le rapport électoral. L’enjeu sécuritaire a en effet joué en faveur du FN, mais le fait que droite et gauche étaient prises en étau était déjà joué avant le drame du 13 novembre .

Le vote FN est-il devenu un vote d’adhésion ou reste-t-il un vote de colère ?
Quand on dépasse 25% des suffrages, on ne peut plus parler seulement de contestation. Ce qui ne signifie pas, quand on interroge les Français, qu’il y a une adhésion au programme du Front national . Le FN prospère parce que les électeurs ont le sentiment qu’il pose le bon diagnostic. Et parce qu’il constitue désormais une alternative aux partis de gouvernement. Il obtient ainsi une "crédibilité indirecte", qui se nourrit des erreurs ou de l’impuissance de ses adversaires politiques.

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"Une nouvelle élection débute"

Gauche et droite se déchirent sur la notion de “front républicain”. Les consignes de vote ont-elles encore de l’influence ?
Oui, mais beaucoup moins qu’avant, c’est indéniable. En ce qui concerne le second tour des élections régionales, il s’agira dans beaucoup d’endroits d’un référendum pro ou anti-FN. Les électeurs se positionneront par rapport à ce choix.

Justement, avec plus de 40% des voix au premier tour, Marine Le Pen (Nord-Pas-de-Calais-Picardie) et Marion Maréchal-Le Pen (Provence-Alpes-Côte d’Azur) sont-elles en position de force ?
Impossible à dire, les premières projections le diront. Avec un électeur sur deux qui n’a pas voté, c’est clairement une nouvelle élection qui débute. La seule chose que l’on puisse dire, c’est qu’en trente ans, le FN n’a jamais remporté un second tour qui l’opposait à un candidat de la droite républicaine.

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