Régionales : les journalistes font-ils le jeu du Front national ?

ÉLECTIONS EUROPÉENNES 2019
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POLEMIQUE - Les médias sont-ils, en partie, responsables de la percée historique du parti d'extrême droite dimanche au premier tour du scrutin régionale ? A chaque victoire électorale du FN, la polémique prend de l'ampleur.

Après le raz-de-marée frontiste au premier tour des élections régionales, dimanche, c'est l'animateur Cyril Hanouna qui a lancé la première salve . "Les journalistes, continuez à en faire des tartines, continuez à instaurer un climat anxiogène ! Vous avez gagné les gars !", a-t-il tweeté rageusement dimanche soir. Ce lundi, le ton est monté entre Christian Estrosi et l'animateur vedette de RMC, Jean-Jacques Bourdin. La tête de liste de droite en Paca, qui s'est faite largement distancée par sa rivale Marion Maréchal-Le Pen, a accusé la station d'avoir "soutenu le Front national de manière honteuse" .

Traitement anxiogène ?

La polémique est récurrente. A chaque percée du Front national lors d'un scrutin, elle se ravive : les médias - en particulier la télévision - sont accusés de faire le jeu du parti d'extrême droite par un traitement jugé anxiogène de l'actualité. "Parler d'un tsunami, ce n'est pas faire la promotion d'un tsunami", rétorque Patrick Eveno, historien des médias. "Rendre public, c'est le fondement de la démocratie".

"Les journalistes montent en épingle certains sujets", reconnait Rémy Rieffel, sociologue des médias et professeur à l'Institut français de presse (IFP), contacté par metronews. "Cela crée un effet de résonance, un effet de loupe qui peut favoriser les idées d'extrême droite. Mais cela fait partie du jeu médiatique. Les journalistes sont des acteurs, parmi d'autres, de la montée en puissance de ce phénomène."

Du difficile traitement médiatique du FN

Parmi les critiques qui reviennent régulièrement contre les médias, la place jugée trop grande accordée au Front national. En mars dernier, Les Décodeurs constataient que le vice-président du Front national Florian Philippot, arrivé largement en tête dimanche soir en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes, apparaissait en moyenne une fois par jour à l'écran.

Interrogé par Slate.fr, le chroniqueur politique de France Inter Thomas Legrand met en lumière toute la difficulté de la mission des journalistes politiques face au traitement du Front national. "Quand on le (traite) normalement, on nous (accuse) de le banaliser", déplore-t-il . "Quand on le (surtraite), on nous (dit) qu'on lui (fait) de la publicité. Et enfin quand on le (sous-traite), on nous (reproche) de le sous-estimer. Jamais personne ne sera content de la façon dont on traite le Front national, quoi qu'on fasse".

Manque de travaux scientifiques sur la question

"La couverture médiatique du Front national a évolué en trente ans", explique Isabelle Veyrat-Masson, qui dirige le Laboratoire Communication et Politique (CNRS). "A l'origine, beaucoup pensaient qu'il fallait combattre le FN. Puis les journalistes ont décidé de le passer sous silence - ce qui n'a jamais empêché les idées frontistes de progresser. Depuis quinze ans, les médias considèrent qu'il faut en parler".

Quitte à en faire trop ? "Faire l'autruche n'a jamais servi à rien", souligne Rémy Rieffel. "Il faut trouver un juste équilibre. Le problème, c'est que le vrai travail de décryptage du programme du FN est un peu noyé dans le flot des messages". Pour le chercheur, qui regrette le manque de travaux scientifiques sur le traitement médiatique du Front national, une chose est sûre : "Cela ne sert à rien de stigmatiser le vote frontiste. Ce message ne passe plus."

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