Respect des traités ou menace de sortie de l'UE : Macron Vs Le Pen, deux stratégies européennes au banc d'essai

DÉCRYPTAGE - Rarement deux finalistes de la présidentielle n'ont eu des projets européens aussi opposés. D'un côté, Marine Le Pen souhaite revenir à la "souveraineté monétaire, législative, territoriale, économique" du pays et annonce des négociations musclées avec les pays de l'UE. De l'autre, Emmanuel Macron considère qu'il faut d'abord respecter les traités et donner des gages à l'Allemagne pour obtenir une réorientation sociale de l'UE. Ont-ils une chance d'arriver à leurs fins ? Les réponses de deux experts.

Que le futur président de la République soit Emmanuel Macron ou Marine Le Pen, il tentera de réorienter l'Union européenne. Soit à la marge, comme le prévoit le premier Macron ; soit de fond en comble, comme le souhaite la seconde. Mais dans tous les cas, il faudra négocier avec les autres pays européens.


Le candidat d'En Marche ! compte d'abord donner des gages à ses partenaires européens en respectant le cadre budgétaire européen. Mais il a aussi annoncé vouloir obtenir des changements substantiels à terme dans l'organisation de l'UE, comme la  mise en place d'un budget, d'un parlement et d'un ministre de l’Economie de la zone euro. Le représentante du FN entend, elle, rétablir une monnaie nationale, la souveraineté monétaire et lancer un référendum sur le maintien de l'UE, sur la base des négociations effectuées avec les autres pays dès le début de son mandat.

Pour Romaric Godin, ex-rédacteur en chef adjoint du quotidien économique La Tribune, dans tous les cas, "on ne peut rien faire sans l'accord de l'Allemagne, car elle pèse lourd et plein de pays la suivent, soit pour des raisons idéologiques (Belgique, Pays-Bas, Autriche), soit pour des raisons de dépendance économique (les pays de l'Est). Être seul contre l'Allemagne, c'est se retrouver comme la Grèce en 2014."


"Il est clair que Macron est le plus audible", affirme cependant Olivier Rozenberg, professeur au Centre d'études européennes de Sciences Po. Il argue que, "même si l'Allemagne est opposée à un parlement de la zone euro, cela reste dans le domaine du négociable". Romaric Godin estime, lui, que "Macron joue le jeu de l'Allemagne. Il veut montrer que la France est dans le bon camp, celui du travail, pour que Berlin puisse avoir confiance et construire quelque chose avec la France."


Pourtant, face à ceux qui souhaitent plus de marges de manoeuvres budgétaires, cet éventuel parlement de la zone euro pourrait avoir comme effet de mettre en minorité l'Allemagne et les autres nations favorables à une application stricte des traités. Résultat : "Ce n'est même pas sûr que la gauche allemande l'accepte", explique Olivier Rozenberg. Et Romaric Godin d'ajouter que "même Martin Schulz, le leader social-démocrate allemand, dit qu'il faut de l'austérité dans certains pays européens". Malgré ses gages, Emmanuel Macron pourrait donc se trouver face une Allemagne plus récalcitrante que prévu.

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Contrairement à Emmanuel Macron, Marine Le Pen veut négocier beaucoup plus frontalement, avec des demandes largement plus dures à accepter de la part de l'Allemagne. À une différence près : elle brandit la menace d'une sortie de l'UE, qui pourrait être décidée par référendum si les électeurs français ne sont pas satisfaits des garanties obtenues lors de la négociation.


"La clé, c'est de se demander comment peut réagir un gouvernement allemand face à une menace de sortie ? On ne sait pas", tranche Romaric Godin. Il précise que "le gouvernement d'Angela Merkel, c'est le gouvernement des milieux d'affaires,  favorable aux entreprises. Or une menace de sortie de la France poserait un problème aux milieux d'affaires." Et d'ajouter que "oui, la France n'est pas la Grèce. Et si la France sort de l'euro, l'Italie puis l'Espagne risquent de sortir après elle, car la France dévaluerait sa monnaie. Cela ferait alors pression sur la compétitivité des pays du sud de l'Europe."


Pour Olivier Rozenberg, "la position extrême de Marine Le Pen ne peut conduire qu'à une crise". Il considère en revanche que, "si le président français a un projet radical, qui ne va pas dans le sens souhaité par les Allemands, le poids de la menace d'une sortie de la France ne serait pas suffisant pour les convaincre."  

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Il faut attendre de savoir si les milieux d'affaires allemands préfèrent une Europe un peu plus solidaire avec la France ou une Europe pas solidaire sans la FranceRomaric Godin

"Sur le papier, l'Allemagne a mille raisons de choisir la voie de la coopération avec la France. Mais il faut savoir si elle peut faire des compromis, tout comme la France d'ailleurs", résume Romaric Godin. Et pour cela, dit-il, "il faut attendre de savoir si les milieux d'affaires allemands préfèrent une Europe un peu plus solidaire avec la France ou une Europe pas solidaire sans la France."

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