"Front républicain" : un second tour déséquilibré entre Macron et Le Pen ?

ÉLECTIONS EUROPÉENNES 2019
DUEL - Pour la deuxième fois dans l'histoire de la Ve République, le Front national sera présent au second tour. Comme Jacques Chirac en 2002, Emmanuel Macron va incarner le "front républicain", cette fois contre Marine Le Pen. Que prévoient les sondages, et que disent les appels à voter pour le candidat d'En Marche au soir du premier tour ?

Comme un air de déjà-vu. Il y a 15 ans, le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen débordait le socialiste Lionel Jospin et se retrouvait propulsé par surprise au second tour d'une présidentielle, face à Jacques Chirac. On connaît la suite : un appel massif à voter pour le président sortant, à droite comme à gauche, au nom du "front républicain". Et un score sans appel à la clé : Jacques Chirac avait recueilli 82.21% des voix, terrassant le leader du Front national. 


Au soir du premier tour, Emmanuel Macron hérite donc de la position qui fut celle de Jacques Chirac : tenter de fédérer massivement les électeurs de droite et de gauche contre Marine Le Pen. Pour autant, le scénario diffère sous bien des aspects : tous les sondages prédisaient que la candidate du FN se retrouverait au second tour... Et le "front républicain" a pris un peu de plomb dans l'aile. 

Les sondages donnent Macron largement gagnant

Certes, les derniers sondages publiés avant le premier tour faisaient d'Emmanuel Macron le meilleur candidat pour affronter Marine Le Pen. Notre enquête Kantar Sofres-OnePoint lui prêtait ainsi 61% des intentions de vote contre 39% pour la candidate du FN dans l'hypothèse d'un second tour. Dimanche, un premier sondage post-premier tour de l'institut Ipsos pour France 2 le confirmait à 62% d'intentions de vote contre 38%. 


Mais ces chiffres montrent aussi que l'on est loin du score de Jacques Chirac en 2002. Alors que Jean-Marie Le Pen mobilisait à peine plus de 17% des voix au second tour à l'époque, Marine Le Pen recueille près de 22% des intentions de votes (vers 22 heures), confirmant, malgré un résultat en deça des pronostics, les succès engrangés par le FN lors des élections intermédiaires depuis 2012. C'est donc la candidate d'un parti enraciné, bien qu'isolé, qui se présentera au suffrage des électeurs le 7 mai.

Quel "front républicain" pour Macron ?

Emmanuel Macron, de son côté, devra composer avec un paysage politique littéralement explosé. Bien sûr, c'est un "front républicain" qui semblait se dessiner dès dimanche soir autour du candidat d'En Marche. Le candidat socialiste, Benoît Hamon, a immédiatement appelé ses électeurs à "battre l'extrême droite en votant pour Emmanuel Macron". Le candidat de la droite, François Fillon, a également lancé un appel sans ambiguité à ses électeurs : 

Il n'y a pas d'autre choix que de voter contre l'extrême-droite. Il vous revient en conscience de réfléchir à ce qu'il y a de mieux pour vos enfantsFrançois Fillon

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Présidentielle 2017 : le discours en intégralité de François Fillon

Malgré tout, le report des voix vers le candidat d'En Marche, même s'il semble garantir une victoire à ce dernier, devra être affiné dans les jours qui viennent. Dans le camp de La France insoumise, l'appel à voter Macron n'avait rien de naturel dimanche soir. Jean-Luc Mélenchon a en effet refusé de donner une consigne à ses électeurs, renvoyant cette décision à un choix collectif sur la plateforme en ligne de son mouvement. 

A droite, si les principaux ténors suivaient la ligne édictée par François Fillon, certains n'étaient manifestement pas très enthousiastes à l'idée d'adresser nommément leurs électeurs à Emmanuel Macron, préférant parler d'un vote "contre Marine Le Pen". A l'instar de Laurent Wauquiez : 

Parmi les sympathisants de droite, particulièrement échaudés par les conséquences des "affaires" de leur candidat, et mobilisés durant plusieurs semaines contre Emmanuel Macron, les enquêtes devront notamment tenter de mesurer l'ampleur d'un report des voix de François Fillon vers la candidature de Marine Le Pen. Elles devront également mesurer les reports possibles des électeurs d'extrême-gauche et du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan vers le Front national. Et bien sûr, l'abstention potentielle d'une partie de ces électorats.


Selon un sondage Harris Interactive pour M6, réalisé dimanche soir, 12% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon se reporteraient vers le FN (36% s'abstiendraient), et de même que 23% des électeurs de François Fillon (30% s'abstiendraient). La marge existe bien : le gain pour Marine Le Pen entre le premier et le second tour serait, selon les enquêtes, de près de 15 points. 

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