Cuisante défaite pour Les Républicains, Wauquiez attaqué par ses rivaux

Élections Européennes 2019
ÉCHEC - Arrivés en quatrième position des élections européennes avec moins de 10% des voix, les Républicains ont réalisé le pire résultat national de leur histoire. Un échec qui fragilise Laurent Wauquiez, alors que de nombreux cadres du parti appellent leur famille politique à se réunir pour changer de stratégie et de ligne politique.

Il s'agit du pire résultat national de l'histoire des Républicains (et de ses alliés). Ce dimanche 26 mai, avec environ 8% des suffrages selon les premières estimations, la liste de François-Xavier Bellamy est arrivée en quatrième position des élections européennes, derrière le Rassemblement national, la République en marche et Europe Ecologie-Les Verts. Un résultat catastrophique, loin des 20,81% de l’UMP aux européennes de 2014, des 20,1% de François Fillon à la présidentielle de 2017 (déjà un échec, puisqu'il n'avait pas accédé au second tour) et des 15,77% des candidats LR aux législatives 2017 (alors que de nombreux cadres avaient déjà rejoint Emmanuel Macron). Surtout, ce résultat est loin des 11 à 14% promis par les derniers sondages.

Pourtant, les militants avaient fini par être séduits par François-Xavier Bellamy, élu local de Versailles et professeur de philosophie choisi par Laurent Wauquiez pour mener la liste LR. "Nous n’avons pas réussi à faire entendre aux Français notre vision et notre proposition", a avoué ce dernier après la publication des résultats dimanche. "Nous n'avons pas pu faire entendre notre voix. Et ce résultat n'est évidemment pas à la hauteur des espoirs soulevés pendant la campagne", a concédé Laurent Wauquiez, pour qui ce résultat est un désaveu, alors que sa ligne politique est depuis longtemps décriée au sein du parti. Le patron des LR s'est donné "trois ans" pour bâtir "une nouvelle voie"  pour la présidentielle de 2022.

"La droite est en état de mort cérébrale"

Mais dès ce dimanche soir, de nombreuses personnalités ont appelé le parti à se refonder, à réfléchir à un nouveau positionnement. A commencer par l'opposante numéro 1 de Laurent Wauquiez : Valérie Pécresse, qui a fondé son propre mouvement Libres!, associé à LR. Selon Othman Nasrou, président du groupe LR à la région Ile-de-France et proche de Valérie Pécresse, "la droite est en état de mort cérébrale : il est désormais urgent de tout réinventer et de changer à la fois la stratégie et les méthodes qui, depuis le choc de 2017, ont dramatiquement échoué à convaincre les Français." "J'appelle le président du parti à prendre ses responsabilités face à un échec de cette ampleur. C'est un désaveu de la ligne politique qu'il a choisi d'incarner", ajoute-t-il dans un communiqué envoyé dimanche soir.


Florence Portelli, ancienne proche de François Fillon, a elle aussi estimé que ces résultats étaient un "désaveu pour la ligne choisie par Laurent Wauquiez". "Ce vote sanction doit entraîner l’élargissement que réclame Valérie Pécresse, il est urgent de faire revenir les électeurs qui sont partis."


Plusieurs personnalités du parti ont appelé à revoir cette ligne et à réfléchir à l'avenir du parti, en associant le centre. Le chef de file des sénateurs, Bruno Retailleau, a "lancé un appel à toutes les personnalités des Républicains et des centristes pour, enfin, refonder". 


Lundi 27 mai au matin, c'était au tour de la grande rivale de Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse, de planter un clou dans le cercueil : "A sa place, je démissionnerais", a-t-elle assuré. Sur un ton moins sévère, sur LCI, Eric Woerth, sans trop vouloir donner de leçon, faisait valoir qu'"à sa place, [il] tirerai[t] sans doute les conséquences de ça."

"Maintenant il faut refaire l'UMP, c'est-à-dire la vraie alliance de la Droite et du Centre et vraisemblablement ouvrir un dialogue démocratique avec Emmanuel Macron et Edouard Philippe", a suggéré Dominique Bussereau, président du Département de la Charente-Maritime et ancien ministre des Transports. "Nous devons tout refonder et tout rebâtir. En présentant des idées vraiment nouvelles, en nous élargissant et en parlant enfin aux Français !", a abondé le député Guillaume Peltier sur Twitter.

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Rachida Dati réagit aux résultats des Républicains

Notre mouvement devra repenser sa ligne politique, il devra rassembler plus largement." Gérard Larcher

Le président du Sénat, Gérard Larcher, estime lui aussi que ce résultat impose aux Républicains "une remise en question profonde". "Notre mouvement devra repenser sa ligne politique, il devra rassembler plus largement. Il devra exprimer plus clairement la diversité des sensibilités qui le compose. Il devra repenser son projet pour mieux répondre aux demandes et aux attentes des Français", écrit-il dans un texte publié sur Twitter.

"La droite doit désormais refonder son projet autour de questions économiques, sociales et environnementales. Nous devons tous prendre conscience que le conservatisme sociétal et les questions identitaires seules ne nous permettront jamais de gagner l'élection présidentielle", a déclaré à l'AFP  le 2e vice-président du parti, Damien Abad. Frédéric Lefebvre, ancien cadre du parti désormais passé à Agir, est même allé encore plus loin : selon lui, "ce soir, LR est mort". 


En 1999, Nicolas Sarkozy avait déjà réalisé un piètre score aux élections européennes, en recueillant 12,82% des voix. Il avait alors cédé la direction du parti. Laurent Wauquiez devra-t-il en faire de même ? 

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