Pourquoi Marine Le Pen veut rebaptiser le FN après les législatives

GRANDE MUE - Après la victoire d'Emmanuel Macron à la présidentielle dimanche, Marine Le Pen et Florian Philippot ont annoncé une "transformation profonde" du Front national. Selon le numéro 2 du FN, il va notamment changer de nom. Comment interpréter cette évolution ?

Avec près de 11 millions de voix recueillies dimanche, Marine Le Pen a certes perdu le second tour de la présidentielle, mais elle a permis au Front national d'engranger le plus grand nombre de voix de son histoire, soit près de 4 millions de plus qu'au premier tour. Une preuve que la candidate est capable d'élargir considérablement sa base en allant chercher, bien au-delà du seul ralliement de Nicolas Dupont-Aignan ou d'autres "gaullistes" revendiqués, des déçus du premier tour, de la droite classique à la gauche radicale.


Sur ce plan, l'annonce faite par la candidate, puis détaillée par son numéro 2, Florian Philippot, dimanche soir sur TF1, n'est pas vraiment une surprise :

Le Front national, qui s'est engagé dans une stratégie d'alliance, doit profondément se renouveler afin d'être à la hauteur de cette opportunité historique. Je proposerai d'engager une transformation profonde de notre mouvement afin de constituer une nouvelle force politiqueMarine Le Pen

Changement de vitrine

Plus clairement, Florian Philippot a indiqué peu après que le FN allait "profiter de cette dynamique de rassemblement et se transformer en une nouvelle force politique qui, par définition, n'aura plus le même nom". 

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Philippot : "Le FN va évoluer et se transformer en nouvelle force politique qui n'aura plus le même nom"

Les deux responsables du FN ont donné la première raison de cette mue qui devrait, selon un ténor du parti, être mise en œuvre "après les législatives" : il s'agit de casser l'image actuelle du FN pour permettre à de nouveaux soutiens et électeurs, convaincus de la "normalisation" du parti, de le rallier sereinement. Il s'agit aussi de créer un pont entre l'actuelle extrême droite et les tenants du souverainisme, de droite comme de gauche. "Les patriotes contre la mondialisation", résumait dimanche soir la patronne du FN, qui affiche une ambition similaire à celle d'Emmanuel Macron : recomposer la vie politique en éliminant les "vieux partis" traditionnels. 


L'autre intérêt de cette transformation est de montrer que le mouvement rompt, une pour toutes, les liens avec le passé incarné par son fondateur, Jean-Marie Le Pen. Avant sa campagne, le parti avait déjà amorcé cette évolution en évacuant le fameux logo de la flamme de la campagne présidentielle. Une flamme héritée du Mouvement social italien (MSI), un parti fondé en 1946 par d'anciens responsables fascistes italiens, qui était "aussi caractéristique que la faucille ou le marteau pour le PCF", nous avait indiqué Wallerand Saint-Just en septembre dernier. Pour le trésorier du FN, en revanche, la disparition du nom "FN" était loin d'être d'actualité. "Pour le moment, on n'a jamais trouvé mieux, d'autant que le mot 'nation' revient au goût du jour", assurait-il. 

Guerre de chapelles en vue ?

La stratégie a manifestement évolué, du moins dans l'état-major du FN. "Le nom Front national a eu ses limites et son histoire", résumait dimanche soir un cacique. Durant sa campagne, Marine Le Pen a appelé plusieurs fois de ses vœux à une "Alliance patriote et républicaine", forte de son rapprochement avec Nicolas Dupont-Aignan. L'ébauche d'une nouvelle dénomination ? Un conseil stratégique devrait se tenir dès mardi pour envisager l'avenir.


Reste à savoir si ce changement de nom sera du goût des militants, notamment les "historiques". Dimanche soir, le plus ancien d'entre eux a déjà sonné l'alerte générale. "Il faut rester fidèle aux fondamentaux du Front national", a averti Jean-Marie Le Pen, qui ne souhaite pas que l'on touche un cheveu du nom qu'il a créé. Et de prévenir que "seul le Congrès" du parti pourrait permettre d'entériner un tel changement de nom. Pour l'heure, une seule nouvelle appellation mentionnant le terme "patriote" a été déposée à l'INPI. "L'union des patriotes" a été enregistrée le 31 mars dernier par un certain Gérald Guérin... qui est un proche de Jean-Marie Le Pen. 

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