Municipales 2020 : abstention historique et confinement jettent le doute sur le second tour

Municipales 2020 : abstention historique et confinement jettent le doute sur le second tour
Élections Municipales 2020

1ER TOUR - Avec 54,5% d’électeurs qui ne se sont pas déplacés dimanche, l’abstention atteint un niveau record pour des élections municipales en France. La crainte de la pandémie de coronavirus a déstabilisé le scrutin, au point que des responsables politiques appellent désormais au report du second tour ... Et donc des élections municipales.

Le jeu en valait-il la chandelle ? C'est la question que de nombreux responsables politiques et citoyens se posent au soir du premier tour des élections municipales, dimanche 15 mars. Un scrutin marqué par une abstention historique. Du jamais vu dans l'histoire récente, pour ce scrutin : 53,5% d'abstention, soit 17 points de plus qu'en 2014. Si la baisse de la participation est une constante au fil des scrutins, cette abstention massive du premier tour était clairement liée à la pandémie de coronavirus qui sévit sur le territoire. 

Le doute s'est installé avant même les résultats du premier tour, dimanche soir. Alors que les partis politiques semblaient presque unanimes, jeudi, à réclamer le maintien des élections malgré la situation sanitaire, les nouvelles mesures restrictives annoncées vendredi soir par Edouard Philippe, dont la fermeture de tous les lieux accueillant du public, et l'explosion de la pandémie sur le territoire, ont fait voler en éclat le consensus sur la question en l'espace de quelques heures. 

Des responsables politiques ont émis des doutes avant le scrutin

L'exécutif lui-même avait semblé hésiter, jeudi, à ce sujet, avant qu'Emmanuel Macron ne tranche, sur la base du Conseil scientifique chargé de la crise sanitaire, en faveur du maintien du premier et du second tour. "Le Conseil scientifique nous a confirmé que le premier tour pouvait se dérouler demain en respectant strictement les consignes", avait déclaré vendredi soir Edouard Philippe, sans pour autant mentionner le second tour, prévu le 22 mars - une perspective lointaine à l'aune de la propagation du Covid-19. 

Dans la foulée, plusieurs responsables politiques ont mis en cause, à la veille même de ce premier tour, le maintien des élections. "Compte tenu des décisions graves annoncées ce soir par le Premier ministre, il est incompréhensible de maintenir les élections municipales demain et dimanche prochain", a déclaré le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, auprès de La Voix du Nord. "Nos concitoyens ont besoin que les décisions prises soient cohérentes."

A gauche, le patron du PS, Olivier Faure, a également affirmé, vendredi soir, que son mouvement n'avait "jamais été consulté quant à un éventuel report des élections". "Si le gouvernement a d'ores et déjà pris la décision de reporter le second tour, il est alors inconséquent d'avoir maintenu le premier", a-t-il estimé dans un communiqué. 

Les interrogations se sont exprimées au sein même de la majorité. L'entourage de François Bayrou, proche soutien d'Emmanuel Macron, a confirmé à LCI que le patron du Modem avait appelé le chef de l'Etat à annuler les élections, au motif qu'il était incohérent de fermer les restaurants tout en appelant à aller voter. Selon nos information, des cadres de la majorité ont également appelé ouvertement à un report. 

Le second tour en ligne de mire

Des interrogations à haute voix qui ont pu contribuer à semer le trouble auprès des électeurs, déjà profondément inquiets des suites de la pandémie et de l'ampleur des mesures prises pour tenter de l'endiguer. D'autant qu'un groupe de 17 médecins , urgentistes, réanimateurs et infectiologues, a appelé, juste avant l'élection, au report de cette dernière, pour les mêmes motifs. 

A l'aune de cette première journée de scrutin et de cette participation minimale, les responsables politiques multipliaient, dimanche, les appels à reporter le second tour des élections municipales.

Le député Debout la France Nicolas Dupont-Aignan devait également tenir une conférence de presse en début de soirée afin de demander un report du second tour compte tenu de l'évolution de la situation sanitaire. 

"Si la décision est prise de reporter le second tour, nous l'appuierons sans difficulté, a également indiqué Jordan Bardella (RN), dimanche soir sur le plateau de TF1, une position confirmée quelques minutes plus tard par Marine Le Pen dans une déclaration à la presse. Un souhait également formulé, sur ce plateau, par le maire LR de La Garenne-Colombes Philippe Juvin, également chef de service des urgences à l'hôpital Beaujon. Ce dernier a estimé que la situation nécessiterait même le confinement de la population française. 

Le patron d'EELV Yannick Jadot a appelé sur TF1 le chef de l'Etat à "faire prévaloir la santé publique sur toute autre considération", et à reporter le second tour. "Il n'y aura plus possibilité de faire campagne, je l'appelle à faire cohésion nationale."

En vidéo

Jadot

Toute l'info sur

Coronavirus : la pandémie qui bouleverse la planète

La progression du Covid-19 dans le monde

Le député LFI Jean-Luc Mélenchon  a demandé à l'exécutif de réagir vite. "Si le gouvernement doit décider que le confinement a lieu, que le deuxième tour n'a pas lieu, il doit prendre ses dispositions le plus tôt possible pour que tout le pays puisse s'organiser en connaissance de cause", a-t-il déclaré. 

Le scénario pourrait bien se produire. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a indiqué dimanche soir que les experts scientifiques seraient interrogés "sans doute mardi" sur l'opportunité d'un second tour. "Nous aurons, sous la houlette du Premier ministre, une consultation des partis politiques" à ce sujet, a également indiqué, sur TF1, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye. Depuis Le Havre, Edouard Philippe a promis que les mesures comportant un éventuel report du second tour serait prises "dans un esprit de consensus républicain". 

Problème : selon les constitutionnalistes, le code électoral est formel et ne permet pas de dissocier un premier tour d'un second. En cas d'annulation du second tour, c'est tout le scrutin qui devrait être reporté, avec un nouveau vote des électeurs. Pour cela, le Parlement devrait voter en urgence une loi la semaine prochaine. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent