Pourquoi vote-t-on moins aux législatives qu'à la présidentielle ?

DÉMOBILISATION - Depuis que les élections législatives suivent l'élection présidentielle, la participation s'effrite, et les électeurs ont tendance à vouloir donner une majorité à l'exécutif pour gouverner. Une vérité de la Ve République qu'on devrait retrouver, dimanche 11 juin, alors que les premières estimations de l'abstention la donnent à environ 50%.

2002, 2007, 2012. Depuis 2000 et l'instauration du quinquennat, les élections législatives ont systématiquement moins intéressé que l'élection présidentielle. En 2002, 64% des électeurs s'étaient déplacés aux urnes, après une abstention historique au premier tour de l'élection présidentielle, occasionnant notamment l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour. En 2007, ils étaient 60% au premier et second tour, accusant une érosion de plus de 24 points par rapport au scrutin présidentiel. En 2012, après une présidentielle à 80% de participation en moyenne, les législatives n'avaient intéressé que 55 et 57% des électeurs inscrits.

La démobilisation s'annonce moindre

Les législatives de 2017 ne devraient pas déroger à la règle, alors que le second tour de la présidentielle a mobilisé un peu moins de trois électeurs sur quatre. "On s'est risqué à une estimation dans notre dernière étude, et on arrive à 63% de participation. Ce sont des niveaux pas si bas que ça, la décote est plus basse que d'habitude", faisait observer Emmanuel Rivière, de l'institut Kantar Sofres, auprès de LCI. "Si ce chiffre est confirmé, c'est que cette nouvelle ère, qui a fait 'dégager' les Manuel Valls, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et autre François Hollande, se poursuit."

Reste que les prédictions de l'institut semblent optimistes par rapport aux premiers indicateurs du dimanche 11 juin, où l'on a décompté 40% de participation à 17h, et donc, un désintérêt certain pour le vote législatif. "C'est lié au phénomène de personnalisation de la présidentielle. Un phénomène qui favorise la scénarisation et le storytelling." De quoi favoriser le développement de personnalités telles que celles d'Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon...


Un affaissement limité qu'Emmanuel Rivière voit comme une réplique de l'élection présidentielle. "Au-delà de ceux qui veulent concrétiser leur vote à Emmanuel Macron, on compte les électeurs LR, qui veulent prendre leur revanche après la déconfiture de leur candidat, ceux de la France insoumise, qui estiment qu'ils ne sont pas passés loin, et ceux du Front national, qui restent fidèles à leur parti."

La République en marche, prime à la tranquillité

Reste que, malgré la mobilisation d'une partie de l'électorat, les forces politiques arrivées derrière Emmanuel Macron à la présidentielle peinent à garder leur électorat éveillé. Ainsi, selon l'étude Kantar Sofres OnePoint du 30 mai pour LCI, à peine plus d'un électeur mélenchoniste sur deux reporterait sa voix sur un candidat de la France insoumise, le 11 juin. "Il peut y avoir un effet de déception vis-à-vis du score de la présidentielle, sans négliger l'incompréhension née du refus de Jean-Luc Mélenchon d'appeler à voter Emmanuel Macron au second tour ou devant le spectacle de la désunion avec le Parti communiste", avance Emmanuel Rivière. Résultat, les sondages promettent à peine mieux qu'un groupe parlementaire aux Insoumis, malgré des intentions de votes jamais atteintes aux législatives par le Front de gauche.

Est-ce à dire, alors qu'une vague de députés La République en marche pourrait déferler sur l'Assemblée nationale (la plupart des projections donnent en effet une large majorité absolue au parti présidentiel), que les Français ont peu de convictions politiques ? "Les citoyens sont politisés dans le sens où ils ont un intérêt pour la politique, on le voit avec le suivi des campagnes, et qu'ils participent au scrutin. Mais ils ne sont pas ancrés au point d'avoir une affiliation partisane. On n'a plus ce phénomène où vous étiez communiste du premier tour de l'élection présidentielle au second tour des législatives."

"Laissons-le aller au bout"

Il faut donc aller plus loin et trouver un certain pragmatisme dans l'attitude des citoyens au moment d'expliquer la déferlante de marcheurs : "Tout le monde n'est pas archi-convaincu par Emmanuel Macron, mais l'est encore moins par l'hypothèse de cinq ans de débats politiques supplémentaires. L'idée d'une cohabitation passe assez mal et génère de la lassitude. Il y a alors un effet d'acquiescement de la part des citoyens, qui dit : laissons-le aller au bout." Un comportement observé dès lors que les élections législatives suivent la présidentielle. En 1981 et 1988, François Mitterrand avait ainsi pu dissoudre l'Assemblée nationale pour la colorier à son goût. Un phénomène nommé "fait majoritaire", qui veut qu'on donne au Président élu les moyens de mener sa politique. Et qui se déroula de cette façon en 2002 (Chirac), 2007 (Sarkozy) et 2012 (Hollande). 


Avec une limite, toutefois. "Le 1er tour de 2007 laissait entrevoir une très large majorité pour l'UMP. Mais plusieurs semaines de présidence Sarkozy ont suffi pour rappeler qu'avoir des députés de gauche à l'Assemblée, ça pouvait être bien, aussi." Sans parler de cette séquence épique entre Jean-Louis Borloo et Laurent Fabius, où le ministre de l'Economie bafouillait sur la TVA sociale voulue par Nicolas Sarkozy. Une bourde dont on dit qu'elle aurait coûté "des dizaines de députés à l'UMP"... et son poste à Jean-Louis Borloo.

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