Emmanuel Macron président : ces 5 hasards de la vie politique qui l'ont mené à l'Elysée

ÉLECTIONS LÉGISLATIVES 2017
BARAKA – Si l'idée pouvait sembler farfelue il y a encore un an, Emmanuel Macron est devenu ce dimanche le 8e président de la République. Comment en est-on arrivé là ? Si une part de mérite lui revient, force est de constater qu’il a bénéficié d’une suite d’événements particulièrement favorables, et pour le moins difficiles à anticiper.

Souvenez-vous l’été dernier. Le 30 août 2016 exactement, Emmanuel Macron remet sa démission à François Hollande. Très vite, la rumeur de la prochaine candidature de l’ex-ministre de l’Économie à l’élection présidentielle circule, jusqu’à devenir un secret de polichinelle. Le 16 novembre 2016 survient l’annonce officielle, à grands renforts de couverture médiatique. "Cela ne m’affecte pas", réagit alors le Premier ministre, Manuel Valls, arguant qu’il faut "refuser les aventures individuelles" et privilégier "une expérience qui a été éprouvée par le temps" pour gouverner . Dans un sourire condescendant, Jean-François Copé, lui, va jusqu’à dénoncer un "fake".  De quoi donner un goût de revanche éclatante à celui qui, dimanche soir, a remporté l'élection présidentielle avec 66% des voix. Mais il convient, tout de même, de relativiser cette victoire, au regard des étapes qui ont jalonné la campagne. Des étapes rétrospectivement improbables. Voire très improbables.

1. Sa nomination au ministère de l’Économie

Emmanuel Macron n'avait jamais brigué de poste exigeant qu'il se soumette au vote des électeurs, déclinant même une candidature dans sa ville natale d’Amiens lors des municipales de 2012. Cela devait constituer un écueil rédhibitoire. Son arrivée à Bercy, fin août 2014 dans le gouvernement Valls 2, figure ainsi un premier coup d’éclat. Alors âgé de 36 ans, l’énarque avait passé douze ans en tout et pour tout au sein du Parti socialiste, pour finir par être affublé du surnom de "Mozart de l’Élysée", en tant que conseiller, lors des deux premières années du mandat de François Hollande. Ce proche de Jérôme Cahuzac parvient, grâce à sa proximité avec le Président, à souffler le poste à de nombreux éléphants du parti. Sans cela, et la quasi-démission d'Arnaud Montebourg, alors titulaire du poste, il n'aurait jamais été sur le devant de la scène de la politique et n'aurait jamais pu imaginer être candidat à la présidentielle.

2. Le renoncement de François Hollande

Début décembre 2016, sa popularité en berne et les sombres perspectives économiques poussent François Hollande à annoncer qu'il ne briguera pas un deuxième mandat à l'Elysée. Une première dans l'histoire de la Ve République pour un président sortant, dans laquelle Manuel Valls a largement sa part. Ce dernier se lance dans la course à la primaire socialiste un mois après l’annonce de candidature d’Emmanuel Macron. Au-delà des sondages défavorables, ce sont bien ces deux débordements conjugués sur sa droite qui conduisent François Hollande à sa décision, laissant ainsi le champ libre à son ex-ministre de l'Economie. Comble de l’ironie : c’est celui qui fut son premier lieutenant, au moment où il préparait en coulisses sa réélection, qui lui a finalement piqué la place, en contribuant, au passage, à l’implosion du PS. Résigné, le président de la République ira jusqu’à ne pas soutenir publiquement Benoît Hamon. Ce qui est revenu à soutenir officieusement celui qui lui avait planté le décisif coup de couteau dans le dos.

3. Les résultats inattendus des primaires ouvertes de la gauche et de la droite

Le pari restait pourtant loin d’être gagné pour Emmanuel Macron. Car, au départ, le tableau qui se dessine dans les sondages lui laisse peu de chances. Si les études d’opinion avaient vu juste, Alain Juppé et Manuel Valls auraient représenté leurs partis respectifs. Deux figures plus ou moins centristes, qui auraient considérablement réduit l’espace électoral d’En Marche !. Sauf que, l’exercice n’étant désormais plus réservé aux seuls militants, les résultats ont produit la situation exactement inverse. La droite s’est tournée vers son aile droite, avec François Fillon, avant que la gauche ne privilégie son aile gauche, en la personne de Benoît Hamon. C’est précisément là que le boulevard a commencé à s’ouvrir. 

4. L’affaire Penelope Fillon

Le dernier véritable obstacle se nommait en fait François Bayrou, qui attendait, tapi dans l’ombre, pour surgir. Mais c’est finalement une personnalité méconnue, Penelope Fillon, à travers les révélations d’emplois fictifs présumés du Canard Enchaîné, qui a tout bouleversé. Si nombre d’électeurs de droite parmi les plus modérés pouvaient encore hésiter à délaisser François Fillon pour se tourner vers un candidat plus centriste, les affaires ont achevé de les convaincre. Longtemps, François Bayrou a espéré un retrait de François Fillon au profit d’Alain Juppé, afin de se rallier à ce dernier. Mais il n’est jamais venu et, dans ce temps de latence, Emmanuel Macron a fini par susciter une adhésion que le Béarnais ne pouvait plus négliger. François Bayrou n’a plus ensuite eu d’autre choix, actant, par son ralliement à Emmanuel Macron, celui de toute la droite modérée au candidat d’En Marche .

5. La "remuntada" de Jean-Luc Mélenchon

Restait la gauche, certes laminée par la division, ce qui avait déjà offert à Emmanuel Macron un premier socle électoral important, mais il y a eu autre chose. Et il est permis de douter du fait que l’ex-conseiller de François Hollande ait anticipé l’impressionnante remontée dans les sondages de Jean-Luc Mélenchon, crédité au mieux de 11% dans les sondages au moment de la victoire de Benoît Hamon à la primaire. La vague qui a porté la France Insoumise jusqu'à 19% a d’autant plus constitué une aubaine que la figure de Jean-Luc Mélenchon est bien plus clivante que celle d’un Benoît Hamon. Dépeint par certains comme un bolivariste, un populiste et/ou un anti-européen, Jean-Luc Mélenchon ne pouvait pas piquer de voix à Emmanuel Macron, chassant plutôt sur les terres de Benoît Hamon et d’autres indécis désabusés. Au contraire : toutes les voix de gauche modérée pouvant éventuellement encore lui revenir lui sont revenues. Ces voix qui craignaient, par-dessus tout, l’hypothèse d’un second tour Fillon-Le Pen. Ainsi, c’est seulement dans les dernières semaines que le coup tenté par Emmanuel Macron est devenu totalement imparable. Jusqu'au 7 mai.


Suivez toute l’actualité sur notre page dédiée à l’élection présidentielle


Découvrez comment votre commune a voté sur nos pages résultats de l’élection présidentielle.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

La présidence Macron

Plus d'articles

Lire et commenter