Macron président : arrivera-t-il à gagner les législatives pour avoir une majorité ?

LÉGISLATIVES 2017 - Bien qu'élu président avec 66% des voix, Emmanuel Macron doit encore obtenir une majorité de députés pour faire passer ses lois. La chose lui sera-t-elle facile ? Eléments de réponse.

A peine élu, Emmanuel Macron a du pain sur la planche. Elu avec 66% des voix, le Président Macron doit désormais trouver une majorité avec laquelle gouverner. Evidemment, l'enjeu est d'importance. Si En Marche! n'obtient pas une confortable majorité, Emmanuel Macron pourrait voir son quinquennat transformé en chemin de croix. Reste que le nouveau chef de l'Etat a au moins l'avantage d'entamer la campagne législative avec des chiffres assez séduisants.


Notre sondage Kantar Sofres One Point indique que le nouveau président de la République arrive en tête des intentions de vote au premier tour des élections législatives (24%). Une projection Opinionway en date du 3 mai lui prédisait un groupe de députés En Marche ! situé entre 249 et 286 députés.


Des chiffres à prendre avec des pincettes. Notre sondage indique en effet que 49% des Français souhaitent aussi qu'il y ait une majorité à l'Assemblée. Quant à celui d'Opinionway, il a été réalisé avant le second tour, ne donne aucune chance à la gauche anti-libérale de s'unir avec l'aile gauche du PS et les écologistes, donne un bonus automatique aux députés sortants et ne prend pas en compte les spécificités de chaque circonscription.

Une majorité relative

Ces 249 à 286 députés constitueraient une majorité confortable, mais pas absolue. Pas de quoi effrayer Emmanuel Macron, qui, malgré les appels du pied sur sa gauche, a déjà prévenu qu'il prendrait des décisions relatives au Code du Travail "par ordonnances, afin de procéder de manière rapide et efficace." 


Pour le reste, dans cette configuration plus que fragile, le travail législatif nécessiterait une agilité de tous les instants, devant agréger, selon les textes proposés, des voix qui viendraient de la droite ou de la gauche. Pour celui qui avait réussi à faire avaliser sa loi éponyme par bon nombre de députés de droite, s'appuyer sur des alliés de circonstance ne semble pas un obstacle infranchissable. 

Une majorité absolue

Evidemment, pareille hypothèse faciliterait grandement le travail du néo-Président. Mais l'émergence de quatre blocs politiques de poids comparables (France insoumise, En Marche !, Front national et Les Républicains) au premier tour de l'élection présidentielle laisse songeur devant sa crédibilité. En investissant aussi tardivement et pour moitié des candidats issus de la société civile et donc pas forcément rompus aux exercices de campagne électorale, Emmanuel Macron a choisi la difficulté.


Au moins pourra-t-il compter sur un certain nombre de personnalités, de Christophe Castaner à Richard Ferrand en passant par Anne-Marie Idrac ou Marie-Anne Montchamp. Si certains d'entre eux devraient bel et bien être reconduits candidats, que dire des autres ? Difficile de s'épancher davantage sur cette perspective avant le début de la campagne pour les législatives. Emmanuel Macron devrait en tout cas compter sur les troupes du MoDem : Le Figaro assurait vendredi, à deux jours du duel final face à Marine Le Pen, qu'il s'était déjà entendu avec François Bayrou sur 90 circonscriptions, dont 50 gagnables.

Une coalition

Officiellement, il ne veut pas en entendre parler. Pas question pour Emmanuel Macron de jouer la coalition afin de gouverner : "Ni Les Républicains ni le PS ne sont dans la majorité présidentielle", expliquait l'encore candidat sur RTL, vendredi 5 mai. Y compris pour ceux qui ont ouvertement exprimé leur sympathie ou leur volonté de participer à son mouvement ? En cas de majorité trop courte, Emmanuel Macron aura forcément besoin d'alliances de circonstance pour faire avancer son projet. Et pourrait bien avoir besoin de gens tels que Manuel Valls, si ce dernier est élu. L'ancien Premier ministre, en même temps qu'une bonne partie de l'aile droite du PS, n'a eu de cesse d'appeler les siens à aider à former une majorité présidentielle : "Le PS devra prendre ses responsabilités", ce qu'il a déjà fait en engageant des démarches pour épargner les candidats d'En Marche ! au scrutin du 11 juin.


Encore faut-il être élu, dans un contexte où les amis de Manuel Valls seront confrontés sur leur gauche à la France insoumise et, sur un positionnement comparable au leur, à un candidat d'En Marche !. Reste une solution : enlever l'étiquette PS et embrasser l'écusson d'Emmanuel Macron, comme ce dernier le lui réclame, sans demander "à personne de déchirer sa carte". Le même raisonnement pourrait également valoir pour Les Républicains, qui n'ont pas manqué de se diviser sur les consignes de vote à avoir au second tour.

Une cohabitation

Les battus du premier tour de l'élection présidentielle s'accrochent à cette hypothèse, de Jean-Luc Mélenchon, qui s'est dit "prêt à gouverner ce pays si [il obtient] la majorité", aux Républicains, qui ont nommé chef de file François Baroin, lequel clame haut et fort ses ambitions : "Si les Français veulent une alternance sans équivoque, ils choisiront un gouvernement de droite et de centre-droit. Dans ce cas-là, je suis disponible pour diriger le gouvernement." Pour les troisième et quatrième forces de l'élection présidentielle, de coalition il n'y aura pas. Et le Parti socialiste ? En interne, le parti de Solférino, dont le chef de file sera tout de même le Premier ministre Bernard Cazeneuve, ne se fait pas d'illusions, rapporte Le Monde


Si la France insoumise ou Les Républicains parviennent à obtenir une majorité de siège et s'imposer au gouvernement Macron, les pouvoirs du président en seraient considérablement amoindris. Il pourrait éventuellement freiner les politiques mises en place par son Premier ministre, soit en refusant de signer des ordonnances, soit en saisissant le Conseil constitutionnel sur tel ou tel projet de loi. Une hypothèse qui ne s'est plus vue en France depuis la victoire de Lionel Jospin aux élections législatives de 1997.

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