#NuitDesBarricades : qui sont ces "antifascistes" anti-Macron et anti-Le Pen qui ont semé la pagaille dimanche soir ?

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DÉCRYPTAGE –Sitôt les résultats du premier tour de l’élection présidentielle annoncés, plusieurs centaines de manifestants "antifascistes" ont lancé une "nuit des barricades" qui a provoqué plusieurs affrontements avec les forces de l’ordre à Paris et dans plusieurs villes de France. Focus sur un mouvement diffus.

Certains ont cru à une surprise, une erreur majeure des instituts de sondage, jusqu’au bout. C’est-à-dire jusqu’à l’annonce des résultats, dimanche soir à 20h. D’autres les avaient anticipés. C’est notamment le cas de ces manifestants rassemblés à l’appel d’associations dites "antifascistes" dès dimanche après-midi. Un organisateur avait ainsi appelé au préléable" à venir manifester "contre Marine et contre Macron"… À Paris, mais aussi à Nantes, à Rouen, à Bordeaux ou à Rennes, ces rassemblements ont dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre. Bilan de la soirée, selon la préfecture de police : 143 interpellations, dont 29 ont fait l’objet d’une garde à vue, 6 policiers et 3 manifestants blessés. Sans oublier les nombreuses dégradations, de mobilier urbain, mais surtout de vitrines d’agences bancaires.

La dernière fois que ces "antifacistes" se sont signalés, c’était il y a une semaine, en marge du meeting au Zénith de Paris de Marine Le Pen. Déjà, des projectiles, dont des cocktails molotov, avait été lancés sur les forces de l’ordre. Mais la véritable résurgence de ce mouvement, en vogue dans les années 1980 et, moins nettement, durant la décennie suivante, remonte plutôt à la mort de Clément Meric, miliant "antifa" tué sous les coups de skinheads  le 5 juin 2013. Un évènement qui avait donné lieu à une importante manifestation (6000 personnes selon la police) qualifiée "d’extrême gauche", qui avait alors regroupé la plupart de ces associations militantes. Lesquelles sont donc revenues sur le devant de la scène lors du mouvement Nuit Debout, puis à l’occasion de cette campagne, laissant voir une évolution assez lointaine du siècle dernier.

Finis les looks "redskin" et le rock alternatif, place à un ensemble hétéroclite, sans codes communs, si ce n’est une volonté affirmée de lutter par tous les moyens contre la mouvance d’extrême droite. Cela passe beaucoup, depuis les années 2000, par un travail de veille sur internet. Des sites comme REFLEXes, Fafwatch ou La Horde recensent ainsi les activités et l’idéologie des "Jeunesses nationalistes révolutionnaires". Ce qui crée de nouvelles frictions. 


"Les mouvements sociaux sont redevenus agités, indiquait à LCI, début avril, Benoît Scheckenburger, le responsable du service d’ordre de Jean-Luc Mélenchon. Derrière le discours de dédiabolisation, l’extrême droite effectue un partage des rôles. On voit réapparaître, durant cette campagne, Serge Ayoub et toute la mouvance skin. La droite identitaire vient physiquement essayer de perturber nos rassemblements, à fréquence régulière. Et la désespérance fait qu’une partie de l’ultra-gauche autonome vient casser lors des manifs."

Interrogé en 2013 par Les Inrocks sur la nature exacte de ce mouvement "antifasciste" 2.0,  Gilles Vergnon, auteur de L’antifascisme en France, de Mussolini à Le Pen (Presses universitaires de Rennes), insistait sur sa désorganisation : "Il n’y a que des groupes autonomes, ville par ville. Ils sont chacun maîtres de ce qu’ils font et vont puiser sur des sites des nourritures type 'comment faire un groupe antifa', 'comment copier le logo', 'comment trouver des textes à recopier', en gros des boîtes à outils dans lesquels chaque groupe puise, sans qu’il y ait de structure nationale derrière." Puis de circonscrire ainsi son champ d’expression : "C’est une mouvance qui postule un antifascisme radical, c’est-à-dire qu’il n’est pas question d’avoir des alliances larges contre le Front national : ils ne s’allient ni avec la droite modérée ni avec la gauche du gouvernement.”

Un message, mettant en conséquence du monde dans le même sac, que l’on a entendu dimanche soir en marge des manifestations et des heurts. "On est venus protester contre la mascarade que représente cette élection, a, par exemple, déclaré à l’AFP un de ces militants, sous couvert d’anonymat. Tous les principaux candidats, Macron, Fillon, Le Pen, ne sont là que pour perpétuer le règne de l’oligarchie qui confisque le pouvoir et vole les richesses au peuple. Ils n’ont aucune légitimité, il y a donc une crise de représentativité grave en France." Interrogé sur ce que les manifestants comptaient faire, à court ou moyen terme, l’homme a répondu : "On ne sait pas encore, on va improviser." Même le sens de l’anticipation a ses limites.


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