"Révolté", enfariné et giflé : Manuel Valls, une si difficile campagne

ÉLECTIONS LÉGISLATIVES 2017
PLUS C'EST GROS - Anti-système, "révolté", puis giflé et enfariné... La campagne de Manuel Valls aura été d'une grande difficulté. Au soir du premier tour de la primaire de la Belle alliance populaire, retour sur un exercice cahotique.

Ç'aura été une des tentatives de Manuel Valls pour donner une direction à sa campagne. Faire oublier ses deux ans et demi à Matignon, teintés de coups de force politiques et de politique sociale-libérale qui auront fait largement bouder les sympathisants socialistes. Pourquoi ne pas tenter, alors, de se présenter en candidat anti-système ? Quitte à ce que Manuel le candidat contredise le Valls Premier ministre et s'emmêle les fils pendant les premières semaines de sa campagne.

"Révolte" et 49-3, le retournement de veste qui ne passe pas

Ainsi, sa campagne à peine entamée, Manuel Valls annonçait le 15 décembre qu'il voulait supprimer le 49-3, dont il aura pourtant fait usage à six reprises, pour deux lois différentes, honnies par les plus à gauche de ses sympathisants : la loi Travail, qui a flexibilisé les conditions de licenciement, et la loi Macron, qui a notamment mis en place le travail dominical. Une mini-bombe lâchée au milieu de la campagne pour "désamorcer" le débat mais qui avait largement fait pouffer ses contempteurs.


Au même moment, il parlait de sa candidature comme d'une "révolte". Un vocabulaire choisi pour plaire aux sympathisants de gauche déçus par le Parti socialiste, répété jusqu'à son passage décevant dans "L'Emission politique" (faibles audiences et téléspectateurs moyennement convaincus).

Les sondages et Manuel Valls, une relation... compliquée

Autre épine dans le pied de Manuel Valls : les sondages : alors que les derniers scrutins (élection américaine, référendum sur le Brexit et primaire de la droite) ont démontré les lacunes de l'exercice, le Premier ministre se trouvait piégé. Régulièrement donné en tête des intentions de vote, Manuel Valls n'assume pas sa position. Etre numéro 1, par les temps qui courent, n'est pas la position la plus confortable qui soit. 


Ainsi, mardi 10 janvier, en déplacement dans le Puy-de-Dôme, il s'en était est pris, une fois n'est pas coutume, aux journalistes. La raison de ce petit surplus d'adrénaline ? Une question sur ses difficultés de son début de campagne. "Ne brûlez pas les étapes, respectez les étapes et respectez les Français [...]. La primaire, c'est une élection directe par les Français, comme l'élection présidentielle, ce n'est pas joué. Les Français ne veulent pas se laisser imposer un choix", lance l'ex-Premier ministre.


Pourtant, quand on lui oppose un sondage le donnant perdant au second tour face à Arnaud Montebourg voire Benoît Hamon, la réplice est cinglante : "Vous vous êtes trompés, pas que vous d'ailleurs, sur tous les pronostics passés, sur tous les scrutins qui ont eu lieu un peu partout dans le monde et en Europe [...] et en France aussi. Je n'aurai pas la cruauté de vous ressortir vos analyses et la Une d'un certain nombre de vos journaux concernant la primaire de la droite." Comment lui donner tort ?

Le retour de l'autorité

Mais rien à faire, ça ne prend pas : si ses déplacements suscitent de l'émotion, elle ne va pas dans son sens. Houspillé par une militante après un meeting, il est ensuite enfariné le 22 décembre à Strasbourg. Un incident auque il répond avec humour : "Je le prends bien, c'était sans gluten." Mais ses meetings souffrent de la comparaison avec Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon ou encore Benoît Hamon, ou la foule est nettement plus nombreuse. Pinnacle de ces difficultés : la légère gifle que lui adresse un jeune Breton aux idées régionalistes, alors qu'il est en déplacement à Lamballe. 


Ce n'est que lors des trois débats avec ses concurrents que Manuel Valls sortira de l'ambiguïté qu'il a lui même construite. Interrogé sur le bilan du quinquennat Hollande, il "assume" et ne cache pas sa "fierté" d'y avoir contribué. Il fait valoir sa légitimité à endosser le costume de président, fort de son expérience de Premier ministre et d'homme d'Etat, se montrant à l'aise sur les sujets régaliens, tels que la lutte contre le terrorisme et la confrontation éventuelle avec Donald Trump. Lors de son dernier meeting, au Trianon à Paris, le 20 janvier, il était interrompu par des militants anti-49.3. Sa réponse ? "On veut me faire mettre un genou à terre mais je suis debout". Reste à savoir si le retour aux fondamentaux sera suffisant pour lui.

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VIDÉO - Valls chahuté en plein meeting par des militants anti-loi Travail

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La candidature de Manuel Valls

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