Socialisme dans l’Ouest : une génération chasse l’autre

Socialisme dans l’Ouest : une génération chasse l’autre

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POLITIQUE – Dans son livre La Rose et le granit, le socialisme dans les villes de l’Ouest, le journaliste Thierry Guidet analyse les causes du basculement à gauche en 1977, et dresse le bilan des actions accomplies, alors qu’une nouvelle génération se profile.

Changement en vue. Les prochaines élections municipales vont voir sortir de la scène une génération au PS : ces hommes politiques qui, en 1977, sont arrivés au pouvoir à Nantes, Rennes, Angers, Brest, faisant basculer à gauche un Ouest traditionnellement conservateur. Dans son livre La rose et le granit, le socialisme dans les villes de l'Ouest, le journaliste Thierry Guidet décrypte les traces qu’a laissées le socialisme dans ces régions. Interview.

Metronews : Quel est le profil de ces "Conquérants" de 1977 ?
Thierry Guidet : "Ces politiques sont d’abord des hommes, tous d’origine modeste. La plupart ont été des militants, avec une forte expérience de syndicalisme : Jean-Marc Ayrault est passé par le mouvement rural de la jeunesse chrétienne, Francis Le Blé à Brest, Jean Monier à Angers ont eu des responsabilités à la CFTC la CFDT… Tous ont aussi un double héritage, chrétien et laïc."

Quelles sont les particularités du socialisme dans l’Ouest ?
"Les socialistes ont petit à petit conquis tous les postes : Département, Région, autour du slogan "Changer la ville, changer la vie". Ils ont pour priorité le cadre de vie, la démocratie locale. A La Roche-sur-Yon, Jacques Auxiette, propose ainsi la mise en place de dix-sept commissions municipales ouvertes à toute la population. Mais si le discours est très idéologique, les nouveaux maires découvrent vite le principe de réalité : pour durer, il faut faire ses preuves de gestionnaires. Cela passe par des compromis : on ne gouverne pas qu'avec ses amis. Jean-Marc Ayrault dresse les contours d'un "socialisme du grand large", où ouvriers et chefs d’entreprise peuvent avoir une "convergence d’intérêts". C’est le sens de la construction de l’Institut de recherche Jules-Verne à Nantes, dans lequel la Région s’est fortement engagée."

Ce socialisme présentait-il d'autres spécificités dans sa gestion municipale ?
"Les socialistes ont eu des politiques urbaines innovantes. Ainsi, la gauche nantaise a eu un rôle précurseur en relançant le tramway dans les années 1980, à une époque où les transports en commun étaient décriés. De la même façon, la culture a été utilisée par Jean-Marc Ayrault comme un levier pour redonner le moral à une ville qui venait de perdre ses chantiers navals : la Folle journée, la troupe de théâtre Royal de Luxe, ont donné du retentissement à la cité des ducs. Aujourd’hui, ces choix ne sont plus remis en cause."

Qui sont les "héritiers" de cette tendance?
"La présence de quelques femmes, comme la candidate Johanna Rolland à Nantes, Nathalie Appéré à Rennes ne doit pas occulter le fait que le milieu reste masculin. Ce sont des trentenaires, qui ont fait de bonnes études, mais restent issus d’un milieu modeste. A la différence de la génération précédente, ils ont une assez longue expérience politique, ont été adjoints, conseiller régional… Ce ne sont pas des révolutionnaires : ils assument l’héritage socialiste. Ils 'vendent moins de rêve' que leur prédécesseur, et sont habitués à penser en réalistes. Jacques Auxiette, président de Région, le dit : "On est passé de changer la vie à faciliter la vie.""
 

> La rose et le granit, le socialisme dans les villes de l'Ouest, de Thierry Guidet. 17 euros, aux éditions de l'Aube.

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