Présidentielle 2017 : Taubira hantée par l'élimination de Jospin en 2002

Présidentielle 2017 : Taubira hantée par l'élimination de Jospin en 2002
Élections Municipales 2020

ARCHIVES - Christiane Taubira est de retour sur la scène politique pour "peser" sur la présidentielle de 2017. Tout en appelant à l'union de la gauche. Une position guidée par le traumatisme de l'élimination de la gauche en 2002.

Quel sera le rôle de Christiane Taubira, ex-ministre de la Justice et icône d'une partie de la gauche, en 2017 ? Si ses intentions sont encore floues,  elle ne tire pas sa révérence. Dans un entretien à Libération ce lundi, celle qui sera, lundi soir, la première invitée politique de Yann Barthès dans "Quotidien", sur TMC, promet de "s'engager fortement dans la campagne"... Sans pour autant se déclarer candidate. 

Elle appelle solennellement la gauche à "s'unir" pour éviter qu'elle ne soit éliminée dès le premier tour par le FN, et épargne curieusement François Hollande, à la différence d'Arnaud Montebourg ou de Benoit Hamon. Comment expliquer sa position ambigüe ?

Les fantômes du passé

D'une certain façon, il semble que Christiane Taubira n'en ait jamais fini avec le 21 avril 2002. Lorsque Libération évoque cet épisode qui vit la gauche éliminée du premier tour de la présidentielle au profit de Jean-Marie Le Pen, l'ex-garde des Sceaux s'agace d'ailleurs. 

Interrogée sur sa responsabilité dans l'échec de Lionel Jospin - elle avait recueilli 2.32% des voix, soit quatre fois le nombre de voix qui manquaient au socialiste pour se qualifier au second tour - elle se sent obligée de se justifier. A nouveau. 

Etes vous allés demander aux autres candidats de l’époque s’ils étaient responsable de l’élimination de Lionel Jospin ? Etes vous allés demander au candidat socialiste de se justifier sur sa campagne ?- Christiane Taubira

Pour elle, la responsabilité de 2002 n'est pas la sienne mais celle du Parti socialiste et de Lionel Jospin. Et cela vaut pour 2017 :  "Si la gauche est dans cet état de délabrement aujourd’hui", dit-elle, "c’est parce qu’en 2002, on a cherché un bouc émissaire au lieu de se demander ce qui s’était passé. Depuis, le PS n’a fait aucune analyse politique de cette défaite".

Un angle d'attaque que l'ancienne candidate à la présidentielle ressasse en vérité depuis quinze ans. Christiane Taubira n'a jamais accepté de porter - du moins seule - la responsabilité de la défaite de la gauche. Voici ce qu'elle affirmait déjà au lendemain de ce 21 avril, quand le camp socialiste l'accusait d'avoir, avec Jean-Pierre Chevènement, "dispersé" les voix de la gauche : 

Ce serait traiter les électeurs de façon bien frivole, bien méprisante et bien irresponsable. J'ai fait une campagne claire, sur des positionnements sans ambiguïté, avec un programme précis- Christiane Taubira

Une vieille rancœur entre Taubira et Jospin

Autre angle d'attaque : en janvier 2010, elle laissait entendre, chez Mediapart, que sa candidature n'était pas forcément vue d'un mauvais œil par le camp socialiste à l'époque. "On sait que tu ramènes des voix qu'on n'aurait pas autrement", lui aurait confié François Hollande, alors patron du PS. "Le problème de fond est que personne ne m'a jamais proposé de discussions programmatiques", dit-elle. 

Des propos qui alimentent une vieille et insurmontable rancœur entre Christiane Taubira et Lionel Jospin. Dans son ouvrage Le mystère Taubira (Plon, 2015), Caroline Vigoureux raconte cette scène où l'ancien Premier ministre socialiste croise par hasard Jean-Michel Baylet, le patron des radicaux de gauche (PRG), dans un restaurant, fin 2013. "Il faut que Christiane [Taubira] cesse de dire dans tout Paris que je l’ai eue au téléphone pendant l’élection présidentielle pour lui dire de ne pas se retirer", s'emporte Lionel Jospin plus de onze ans après les faits. "C’est un mensonge, je n’ai jamais dit ça, je ne l’ai jamais eue au téléphone. C’est à cause d’elle que j’ai perdu les élections, c’est à cause des radicaux de gauche."

Le passé ressassé

Il existe malgré tout un point commun entre Christiane Taubira, Lionel Jospin, et tous ceux qui furent les acteurs de la présidentielle de 2002 : aucun n'a digéré cet épisode. Tout en plaidant non coupable, Christiane Taubira se surprenait, en 2010, à refaire le scénario de ce scrutin que personne n'avait vu venir. " Si on m'avait dit qu'il y avait un risque, si avait discuté et si on m'avait convaincue, j'aurais pu me retirer pour faire une campagne active aux côtés de Jospin", confiait-elle à Mediapart

Rien d'étonnant, donc, à ce que l'ex-ministre de François Hollande s'y reprenne à deux fois avant de torpiller le bilan de la gauche au pouvoir. Car, comme elle l'affirme, "la gauche risque de disparaître, et pour un moment". Au profit, peut-être, du Front national. 

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