"Vague verte" : à quoi ressemble une ville gérée par EELV, comme Grenoble ?

Grenoble est la seule ville de plus de 100 000 habitants dirigée depuis 2014 par un maire écologiste. Quel est le bilan d'Éric Piolle au bout de six ans ? Rencontre avec les Grenoblois et l'élu EELV.
Élections Municipales 2020

ECOLOGIE - Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Tours... Les municipales de 2020 sont historiques pour les écologistes, qui ont remporté de nombreuses grandes villes. Mais à quoi ressemble la gestion écolo ? Zoom sur le laboratoire d'EELV, Grenoble, dirigée depuis 2014 par Eric Piolle.

La vague verte a balayé les principales métropoles française. A l'exception notable de Paris, des candidats EELV ont remporté des victoires historiques, dimanche 28 juin, à Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Tours, Poitiers ou encore Annecy. A Marseille, la coalition de gauche désormais majoritaire est conduite par une personnalité, Michèle Rubirola, issue du mouvement écologiste. 

A quoi pourrait ressembler la gestion écologiste dans ces grandes villes ? La plus grande municipalité verte à ce jour est Grenoble, laboratoire écologiste depuis 2014 sous la houlette d'Eric Piolle, largement réélu dimanche soir. 

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La ville du vélo

Les "autoroutes à vélo", mises en place depuis 2017, constituent la réalisation la plus marquante du bilan d'Eric Piolle à Grenoble. L'objectif était notamment de créer sous la mandature environ 40 km de pistes cyclables sur quatre grands axes baptisés "Chronovélo" et permettant de relier d'autres communes en quadrillant la métropole du nord au sud et d'est en ouest. La concept "d'autoroutes à vélo" a d'ailleurs inspiré d'autres villes, dont Paris, où Anne Hidalgo a aménagé durant le déconfinement des pistes cyclables sur des axes traversants, qui devraient être pérennisées sous la nouvelle mandature. La proposition a également été avancée à Strasbourg par la nouvelle maire EELV Jeanne Barseghian, ainsi qu'à Tours, ville conquise par l'écologiste Emmanuel Denis.

Un centre-ville sans voitures

Dans le laboratoire grenoblois, les écologistes ont appliqué une autre revendication ancienne, à savoir la création d'une zone de faible émission (ZFE) - la plus grande de France - dans le centre-ville afin de lutter contre la pollution. La circulation y est interdite aux poids-lourds et aux utilitaires polluants, de nombreuses rues ont été rendues piétonnes et la vitesse est limitée à 30 km/h dans la quasi-totalité du centre-ville. Le diesel doit également être banni à l'horizon 2025. 

Ces initiatives ont valu à Grenoble une 2e place - derrière Paris - au classement des agglomérations qui luttent le mieux contre la pollution de l'air. A Strasbourg, Jeanne Barseghian a défendu, de la même manière, l'interdiction progressive du diesel ainsi que la création d'une ZFE à l'échelle de la métropole. 

Le bilan de ces mesures à Grenoble a été jugé contrasté. Les mesures de pollution réalisées ont pointé une réduction des émissions dans les zones de circulation restreinte, mais un report a été constaté dans d'autres zones, notamment en périphérie de la ville, où les conditions de trafic se seraient aggravées. Les détracteurs du maire écolo ont notamment brandi une étude du fabricant de GPS TomTom faisant passer Grenoble de la 10e à la 4e position des villes les plus embouteillées de France. 

L'opposition a également dénoncé une conséquence sur les petits commerces, qui auraient subi la réduction du trafic au centre-ville. Un sujet d'ailleurs pointé dans un rapport de préconisations remis à la ville par un panel de citoyens tirés au sort, même si la question de la revitalisation du centre-ville semble antérieure aux mesures de réduction de la circulation. En 2019, la ville en a tiré un plan spécifique pour redynamiser les commerces. 

Votations citoyennes

Eric Piolle avait fait du renouvellement de la démocratie locale l'un des axes de sa campagne en 2014. Parmi les premières mesures prises par la municipalité figuraient la réduction de 25% des indemnités et celle de 78% des frais de bouche des élus municipaux. 

L'autre chantier était la mise en place de la votation citoyenne. L'idée était de permettre à une pétition rassemblant plus de 2000 signatures d'être débattue en conseil municipale, et le cas échéant de déboucher sur une mesure soumise au vote des Grenoblois. Selon un bilan dressé par Reporterre, seules trois pétitions ont toutefois vu le jour durant ce mandat, pour s'opposer à des décisions prises par la municipalité. En outre, l'équipe municipale reproche au gouvernement d'avoir mis un coup d'arrêt à l'expérimentation. Le tribunal administratif a en effet annulé en mai 2018 la mesure après avoir été saisi par le préfet de l'Isère, déclarant "illégale" la procédure d'interpellation et de votation citoyenne

Un plan d'économies et une dette stable

Après son arrivée à la tête de la municipalité, Eric Piolle a dû faire face à une situation budgétaire particulièrement complexe, marquée notamment par une dette très élevée. Loin des présupposés sur la gestion d'une ville par les écologistes, le maire de Grenoble s'est refusé à augmenter les impôts locaux, déjà élevés, et a engagé un plan d'économie de 14 millions d'euros en 2016 pour éviter "une mise sous tutelle" de la commune. Un "plan de sauvegarde" des services publics locaux a été mis en place, avec notamment, à la clé, la fermeture de deux bibliothèques municipales - un coup dur pour le maire écologiste. 

A l'arrivée, l'endettement de la ville a très peu diminué dans la ville, mais il est stabilisé. La gestion grenobloise s'affiche ainsi à la 18e place sur les 20 plus grandes communes de France, dans le classement établi par l'Ifrap, think tank libéral. Ce dernier pointait début 2020 la forte dette par habitant, qui place Grenoble en 4e position des villes les plus endettées, et en seconde position des villes où l'endettement sera le plus difficile à résorber, derrière Paris. 

Les détracteurs du maire fraîchement réélu dénonçaient également le manque d'initiatives sur le plan de l'attractivité économique de la ville. Sur ce plan, les multiples classements réalisés dernièrement se suivent et ne se ressemblent pas, plaçant Grenoble tantôt dans le trio de tête, tantôt en queue de peloton des métropoles les plus attractives de France. 

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