VIDÉO - Vincent Boileau-Autin, pionnier du mariage gay et candidat aux législatives

ÉLECTIONS LÉGISLATIVES 2017
DirectLCI
INTERVIEW - Vincent Boileau-Autin, premier homosexuel à s'être marié en France à Montpellier en 2013, se présente aux législatives en Amérique du Nord. Il brigue un mandat de député dans la 1re circonscription des Français de l'étranger. Ce chef d'entreprise à Montréal raconte à LCI les raisons qui l'ont poussé à se lancer en politique.

Il y a quatre ans, le 29 mai 2013, ils se disaient "oui" devant la maire de Montpellier et plusieurs centaines de personnes, dont la désormais ex-ministre de l'Éducation Najat Vallaud-Belkacem, qui pour l'occasion avait fait le déplacement en tant que proche du couple. Premiers homosexuels à avoir été mariés en France, peu après la promulgation de la loi sur le mariage pour tous, Vincent Boileau-Autin et son époux Bruno ont depuis déménagé à Montréal au Canada.


Si jusqu'alors il avait refusé de se lancer en politique, malgré de nombreuses sollicitations, le président de l'association Fierté Montpellier (jusqu'à septembre) a franchi le pas en décidant de se présenter aux législatives pour représenter les Français, non pas de l'Hérault, mais ceux d'Amérique du Nord, la 1ère circonscription des Français de l'étranger (États-Unis et Canada).

Dans cette circonscription détenue depuis 2013 par le député LR Frédéric Lefebvre, le Montpelliérain de 43 ans fait face à une concurrence acharnée. Pas moins de 19 candidatures, dont la sienne, ont été enregistrées. Il espère pourtant s'y faire entendre. Interrogé par LCI, "le premier marié gay de France" est revenu sur cet engagement qui couvait depuis un moment.

Je suis un mec de la vraie vie Vincent BOILEAU-AUTIN

LCI : Pourquoi êtes-vous candidat aux élections législatives ?

Vincent BOILEAU-AUTIN : Je suis un militant de longue date. Cela fait plus d'une décennie que je suis responsable associatif pour les droits humains et LGBT (ndlr : Lesbiennes, Gay, Bisexuels et Transgenres). J'avais envie d'œuvrer pour l'intérêt général. Cette candidature, ma candidature, je la veux citoyenne et indépendante. Je souhaite participer au renouvellement des visages dans la classe politique.

LCI : Vous vous présentez sans étiquette. Avez-vous été tenté de vous rallier au mouvement la République en Marche ?

Vincent BOILEAU-AUTIN : Je n'ai jamais eu envie de rejoindre quelque parti que ce soit. J'ai regardé du côté des initiatives citoyennes comme En Marche! ou le Mouvement des progressistes. Mais, avec les accords d'appareils de François Bayrou et Gérard Collomb qui ont poussé leurs propres candidats là où ils le voulaient, j'ai considéré qu'on se retrouvait à nouveau dans une politique d'arrangements, une vieille politique dont les Français ne veulent plus. J'ai donc pris la responsabilité de me présenter en tant que candidat libre, loin des pouvoirs financiers et des jeux de réseaux. Je suis un mec de la vraie vie, un citoyen comme tout le monde. Je sais ce que c'est d'être confronté à des revenus modestes et au chômage. Il y a beaucoup plus de Français moyens et dans la difficulté que de Français qui croulent sous les euros. Nombreux sont ceux coupés de cette réalité.

LCI : Que proposez-vous concrètement aux Français de l'étranger ?

Vincent BOILEAU-AUTIN : Nous portons avec ma colistière (ndlr : Élodie Brun-Mandon) une co-candidature, afin de faire en sorte que demain nous puissions siéger à deux, par alternance, et avec une indemnité parlementaire divisée par deux. Cela pourrait permettre qu'il y ait toujours un député sur place et l'autre au Parlement. La population serait alors plus représentée. Nous souhaitons aussi instaurer une vraie une parité entre société civile et professionnels de la politique. Mais pour que la société civile puisse émerger, il faut lui permettre d’être élue. Aujourd'hui, mener campagne coûte cher. Il faut trouver des solutions de financement.

Cette candidature, c'est la continuité de mon actionVincent BOILEAU-AUTIN

LCI : Vous briguez par exemple un mandat sans les ressources d'un parti politique derrière vous. Comment faites-vous pour financer votre campagne ?

Vincent BOILEAU-AUDIN : Mon financement de campagne repose sur des appels au don, faits de manière récurrente. La campagne évolue au fil de l'eau, en fonction des moyens de celles et ceux qui nous soutiennent.

LCI : Presque tous les candidats jouent la carte "citoyenne". Ne craignez-vous pas d'en pâtir ?

Vincent BOILEAU-AUDIN : C'est toujours le risque mais mon parcours parle pour moi. Cette candidature, c'est juste la continuité de mon action. La notion "citoyenne" est une terminologie à la mode mais moi, mon engament est dans la durée. Et puis, vous savez à un moment les masques tombent. À Montpellier, le maire issu des rangs du PS (ndlr : Philippe Saurel) a joué cette carte-là. Aujourd'hui, on sent une forme de déception.

Montpellier, cela aurait été l'opportunisme Vincent BOILEAU-AUTIN

LCI : Aujourd'hui, vous partagez votre vie entre Montpellier et Montréal. Pourquoi avoir préféré la 1re circonscription des Français de l'étranger à votre ville natale ?

Vincent BOILEAU-AUTIN : Montpellier, cela aurait été de l'opportunisme. J'aurais pu y obtenir l'investiture de mouvements à la mode, du type En Marche!, et être presque garanti d'être élu. Si c'était une ambition personnelle, j'aurais pu le faire à Montpellier.J'aurais été un parachuté parmi les parachutés. Cela n'a pas été mon choix. Là, je ne le fais pas par ambition mais par conviction. Mon époux travaille à Montréal. C'est là-bas que je suis au plus près de celles et ceux qui peuvent me faire confiance demain. En quelque sorte, je remets les compteurs à zéro et je peux me confronter à une nouvelle expérience. Cela me permet de capitaliser en expérience, d'avancer des idées et de créer des débats.

LCI : Vos revendications ne sont-elles pas noyées dans le flot de candidatures ? On dénombre pas moins de 18 adversaires dans votre circonscription...

Vincent BOILEAU-AUTIN : C'est difficile, mais j'ai ma motivation et mon obstination avec moi. Mes idées finiront par passer et les gens les auront en tête. C'est comme la vie de tous les jours, elle est faite d'obstacles. Je n'ai pas de soucis particulier avec ça. Après il serait malhonnête de ma part de dire que je ne bénéficie pas de la visibilité d'avoir été le premier marié homosexuel de France, mais je ne m'en sers pas.

Hollande n'est pas allé au bout de ses promessesVincent BOILEAU-AUTIN

LCI : Vous êtes président de l'association Fierté Montpellier, défendant les droits LGBT. Cette candidature est-elle aussi une manière de porter un message ?

Vincent BOILEAU-AUDIN : Je veux être clair là-dessus, il ne s'agit pas d'une candidature LGBT mais je sais que je porte cette image auprès du public. Je n'en rougis pas. J'ai un parcours et, contrairement à d'autres, je ne le renie pas. Je l'assume pleinement. Ayant été un militant, je serais bien maladroit et mal inspiré de ne pas la porter.

LCI : Quel regard portez-vous sur l'évolution des droits LGBT depuis votre mariage en mai 2013, le premier entre homosexuels sur le sol français ?

Vincent BOILEAU-AUDIN : Je regrette, qu'après la loi sur le mariage pour tous, François Hollande ne soit pas allé au bout de ses promesses. Il aurait du en faire plus, en poussant la procréation médicalement assistée (PMA) ou en levant l’interdiction des soins funéraires aux personnes vivant avec le VIH. Promettre, c'est agir. Reculer, c'est trahir.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter