Première rencontre Macron-Trump aujourd'hui à Bruxelles : ce qui les rapproche (un peu), ce qui les sépare (beaucoup)

(IN)COMPATIBILITÉ – Le président français Emmanuel Macron et son homologue américain Donald Trump se sont rencontrés pour la première fois ce jeudi à Bruxelles en marge du sommet de l’Otan. Examen d’une relation qui, de prime abord, a tout pour être distante tant les deux hommes semblent opposés.

Tout semble les opposer, et pourtant. Emmanuel Macron, 39 ans, et Donald Trump, 70 ans, qui ont (au moins) en commun d’avoir été récemment élus à la tête de leur pays à la surprise générale, se sont rencontrés pour la première fois ce jeudi à Bruxelles en marge du sommet de l’Otan. Au cours d’"un long déjeuner", les deux hommes devaient, selon l’administration américaine, prendre le temps de "comparer [leurs] opinions". Et peut-être de se rapprocher un peu ? Rien n’est moins sûr tant ce tête-à-tête dans la capitale belge apparaissait surtout comme un face-à-face entre des chefs d’Etat à l’idéologie et aux choix politiques antipodiques. Tour d’horizon de ces éléments qui les rapprochent (un peu) et de ceux qui les séparent (beaucoup).

CE QUI LES RAPPROCHE

Des outsiders qui ont chamboulé le jeu politique

L’un était (est toujours ?) considéré comme un clown, l’autre comme un technocrate dont le passé de banquier devait rendre impossible l'accession à la fonction suprême. Tous deux trop inexpérimentés pour beaucoup, Donald Trump et Emmanuel Macon - qui n'avaient jamais été élus auparavant - ont pourtant réussi leur pari de s’emparer du pouvoir. Un point d’ailleurs relevé il y a peu par un responsable de la Maison-Blanche, sous couvert d’anonymat : "Donald Trump a été très impressionné par Emmanuel Macron (…) Cela a clairement été une très belle victoire électorale". Et cette source de souligner que, malgré leurs divergences, les deux dirigeants sont "des outsiders qui transcendent les barrières politiques traditionnelles".

Une connaissance commune du privé

Au cours de leur conversation, Donald Trump et Emmanuel Macron ont peut-être évoqué leur connaissance respective de l’entreprise et du milieu des affaires. Animateur télé à ses heures et magnat de l’immobilier, le premier a consacré sa vie à l’érection de son empire familial : la Trump Organization. Plus jeune et bénéficiant donc d’une moindre expérience en la matière que son aîné, le second a néanmoins passé une bonne partie de sa vie professionnelle dans le privé lui aussi ; au sein de la célèbre banque d’investissement Rotschild d’abord, à la tête d’une éphémère start-up ensuite. 

La lutte contre Daech et le terrorisme

À peine quatre jours après l'attentat perpétré à Manchester et dans un lourd contexte de terrorisme international, la lutte contre Daech devait être l'un des principaux sujets de discussion des deux hommes. Donald Trump et Emmanuel Macron partagent la volonté d'accroître les moyens de sécurité, notamment en matière de renseignement. De quoi, donc, se montrer unis. Après les récentes frappes américaines en Syrie consécutives à l'attaque chimique de Khan Cheikhoun, le leader français avait déjà salué la rapidité d'action des Etat-Unis.  

Un goût plus ou moins prononcé pour la malbouffe

Le parallèle n’a rien d’évident mais les présidents américain et français semblent partager une certaine appétence pour la "junk-food". Dans le documentaire "Les coulisses d’une victoire", diffusé sur TF1 au lendemain du second tour de la présidentielle, les Français ont ainsi pu découvrir le goût de leur nouveau chef d’Etat pour un produit phare de l’industrie agro-alimentaire, qualifié de "sorte de grand-père de la malbouffe" dans les colonnes de M le mag, l’hebdomadaire du Monde : le cordon bleu. Même chose ou presque avec les petits chocolats – "des saloperies" selon Brigitte Macron – dans un autre extrait montrant l’après-débat contre Marine Le Pen. Ces (légers) excès font cependant pâle figure face à ceux du locataire de la Maison-Blanche, qui raffole notamment de hamburgers, de chips ou de poulet frit.

CE QUI LES SÉPARE

Un protectionniste contre un "libre-échangiste"

En matière d’économie, le dirigeants français et américain ne font pas les mêmes constats et, surtout, ne préconisent pas les mêmes solutions. Partisan des barrières douanières, Donald Trump incarne un protectionnisme assumé quand, à l’inverse, Emmanuel Macron prône les bienfaits du libre-échange et de la mondialisation, dans laquelle la France doit selon lui "prendre sa place". Jugeant que la relation entre les deux hommes allait être "compliquée", la correspondante de CNN en France, Melissa Bell, estimait le 7 mai dernier que celui qui était encore candidat d’En Marche "représente l’ordre mondial que Trump critique : un consensus basé sur l’idée de valeurs partagées plutôt que la poursuite étroite d’esprit d’intérêts personnels". 

Une ouverture au monde diamétralement opposée

Comme en économie, Emmanuel Macron et Donald Trump sont aussi antagonistes en termes d’ouverture au monde, et notamment à l’immigration. Tandis que le milliardaire républicain s’est en partie fait élire pour sa promesse d’ériger un mur sur l’ensemble de la frontière américano-mexicaine et qu’il a, une fois au pouvoir, voulu interdire l’entrée des musulmans de certains pays aux Etats-Unis, l’Amiénois de naissance vante l’intégration et la coopération entre pays d’Europe. "À l’illusoire efficacité présentée par l’idée de retour aux frontières nationales, nous préférons le renforcement de l’action européenne", assurait le candidat sur le site internet de son mouvement.

L'écologie et la défense de l'environnement

L’Elysée l’a reconnu : le sujet du climat, sur lequel Donald Trump ne s'est pas clairement prononcé depuis son arrivée à la tête des Etats-Unis (il avait multiplié les déclarations hostiles à l’environnement pendant sa campagne), "sera le plus compliqué" du G7 prévu vendredi en Italie. Nul ne doute qu’Emmanuel Macron, soucieux de voir ratifié l’accord obtenu en France lors de la COP21, a abordé ces questions avec son homologue américain au cours de leur déjeuner.  

Des façons de communiquer pour le moins différentes

L’un court-circuite les médias traditionnels en s’exprimant via Twitter, est abonné aux gaffes et multiplie les changements de position, l’autre donne l’impression d’être à l’aise avec la presse, de peser chacun de ses mots et de verrouiller sa communication : s’agissant de leur parole publique, là encore, Donald Trump et Emmanuel Macron semblent en tout point opposés. Comme Barack Obama avant lui avec Pete Souza, le président français est par ailleurs suivi par une photographe "officielle", la talentueuse Soazig de la Moissonnière, qui marche dans ses pas depuis plusieurs mois et scénarise les coulisses de sa vie. Le style du trentenaire rappelle d’ailleurs beaucoup celui du 44e chef d’Etat américain. Presque autant qu’il le sépare de celui du 45e…

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Première rencontre Trump-Macron à Bruxelles : ce qu'ils ont pu dire l'un de l'autre

Plusieurs thèmes au menu de leur rencontre

Plusieurs thèmes devaient être au menu de leur déjeuner : l’avenir de l’Alliance atlantique, le G7 de vendredi et samedi en Italie, les crises régionales (Syrie, Ukraine, Corée du Nord...), le terrorisme – d’autant plus depuis l’attentat de Manchester – ainsi que des questions bilatérales entre la France et les Etats-Unis, notamment économiques.

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