VIDÉO - "Racisme anti-Français" : qui inspire la nouvelle formule choc de François Fillon ?

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DECRYPTAGE - En meeting à Caen, jeudi soir, François Fillon a dénoncé "toutes les formes de racismes, y compris le racisme anti-français". Une première pour le candidat. D'où vient cette idée ?

François Fillon n'avait jamais employé publiquement cette expression jusqu'ici. Jeudi soir, lors d'un meeting à Caen, le candidat de la droite a fustigé, au détour d'un discours dirigé contre le Front national, "tous les racismes, dont le racisme anti-français". Une formule relevée par de nombreux observateurs, tant elle était jusqu'ici absente dans les propos des responsables de la droite modérée. 

Copé précurseur

Un coup d'oeil aux archives montre qu'avant lui, peu de responsables de l'UMP puis des Républicains ont employé l'expression "racisme anti-français". Parmi ces quelques cas, on se souvient d'une tribune (et d'un livre) de Jean-François Copé, qui avait dénoncé en 2012 un "racisme anti-blanc". Le député-maire de Meaux y racontait le témoignage d'une mère de famille dont le fils avait été agressé, et qui, étant allée demander des explications auprès de l'auteur de l'agression, s'était entendue répondre : "Si t'es pas contente, casse-toi, la Gauloise".


Jean-François Copé en avait déduit qu'un "racisme anti-blanc" se développait "dans certains quartiers de nos villes, où des individus méprisent des Français qualifiés de Gaulois, au prétexte qu'ils n'ont pas la même religion, la même couleur de peau ou les mêmes origines qu'eux". A l'époque, la sortie du député avait suscité une vague de réprobation dans les rangs de la droite, dont la filloniste Valérie Pécresse. En pleine campagne pour la présidence de l'UMP face à Jean-François Copé, François Fillon lui-même n'avait pas condamné les propos de Jean-François Copé, mais il avait appelé à la prudence. Voici ce qu'il avait dit : 

A mon sens, il faut dénoncer toutes les formes de racisme simultanément. Ma volonté, ce n'est pas de dénoncer telle ou telle forme de racisme, parce qu'elles ne sont pas distinguables. Ma volonté, c'est de trouver des solutionsFrançois Fillon en 2012

Un thème du Front national

Après la polémique autour de Jean-François Copé, le terme n'a pas essaimé à droite, mis à part chez le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, pour qui "l'élite française" refusait alors de voir que "le racisme que connait certains de nos compatriotes peut aussi frapper des Français dont les parents et grands-parents sont nés en France". Même Nicolas Sarkozy n'avait pas eu recours à la formule lorsqu'il vantait les "ancêtres Gaulois" lors de la primaire de la droite, privilégiant le thème de l'assimilation. Et pour cause : le racisme anti-Français ou anti-blanc est plutôt un thème traditionnel du Front national.


Sur son blog, l'historienne Valérie Igounet, spécialiste de l'extrême droite, situe l'origine de l'expression à la fin des années 1970, sur une affiche de campagne de Jean-Marie Le Pen clamant : "Non au racisme anti-français". Elle est revenue régulièrement dans les campagnes du FN, à l'image de cette affiche récente du FNJ, l'organisation de jeunesse du parti de Marine Le Pen.

Une réalité aux yeux des militants de la droite conservatrice

Peu après les déclarations de Jean-François Copé de 2012, un sondage TNS Sofres montrait que 56% des Français pensaient qu'il existait bien un "racisme anti-blanc", notamment dans les quartiers populaires, même si, selon une étude récente de l'Ined, les manifestations d'un racisme de ce type resteraient largement minoritaires par rapport à celles du racisme dirigé contre l'immigration. Dans ce sondage, les plus convaincus étaient les sympathisants les plus à droite.


Pour illustrer ce "racisme anti-blanc" qu'il juge répandu, le Front national a évoqué des cas d'agressions voire de meutre, comme celui de Jérémy Rozes, 27 ans, en 2011 à Toulouse, tué lors d'une tentative de vol. Mais c'est surtout dans un tout autre registre que le "racisme anti-blanc" a fait florès récemment. La droite conservatrice s'est mobilisée contre le rappeur Saïdou, poursuivi pour un disque paru en 2010 sous le nom "Nique la France". Dans cette affaire, que la Cour de cassation a renvoyée devant la justice début mars, infirmant le jugement en appel favorable au rappeur, le philosophe Alain Finkielkraut avait notamment fustigé la "haine" des militants "antiracistes". Il s'était insurgé contre le premier jugement dans cette affaire, où la 17e chambre correctionnelle de Paris avait estimé que la notion de "racisme anti-blanc" ne recouvrait "aucune réalité légale, historique, biologique ou sociologique". 


Durant la campagne présidentielle, le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) a proposé une nouvelle extension de cette formule, l'attribuant à Emmanuel Macron après les propos sur la colonisation, "crime contre l'humanité". François Fillon, qui se décrit désormais comme le candidat "anti-système" qui brise les "tabous", a fini par la faire sienne à son tour. 

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François Fillon accueilli par un concert de casseroles à Caen

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