VIDÉO - De Gaulle président ! Comment 7 des 11 candidats se réapproprient le général

Élections Européennes 2019

LE GÉNÉRAL CONVOQUÉ - Dans cette campagne hors du commun, il n'est pas un jour sans que soit invoqué le nom du général de Gaulle. Au moins la moitié des candidats à la présidentielle s'en réclame, et les deux tiers le citent à l'envi. Et pourtant les Français n'ont manifestement pas identifié, pour l'heure, leur sauveur.

On serait presque tenté de paraphraser de Gaulle. Faut-il "sauter sur sa chaise comme un cabri" en criant "De Gaulle, de Gaulle, de Gaulle" pour pouvoir prétendre incarner l'ancien président français ? Car, à quelques longueurs du premier tour d'une élection présidentielle, on a rarement vu autant de candidats, et à des intervalles aussi réguliers, invoquer l'héritage du libérateur de la France pour défendre leur programme. Comment leur en vouloir ? Après tout, François Hollande reconnaîtrait lui-même, selon un indiscret du Figaro, que "tout président de la République a été, est ou sera gaulliste."

Selon notre recensement, pas moins de sept candidats sur les onze en lice ont invoqué directement la mémoire du Général, qu'ils se classent à droite ou bien à gauche sur l'échiquier politique.  Parmi les rares à ne pas s'en revendiquer, le socialiste Benoît Hamon, qui moquait récemment ceux qui "cherchent un peu la figure la plus proche de l'homme providentiel, même quand ils ne sont pas gaullistes pour un sou." 

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Hamon : "Tout le monde cherche la figure la plus proche de l'homme providentiel"

Entre les "gaullistes" revendiqués de longue date et ceux qui citent le général de Gaulle en exemple pour appuyer leur argumentaire, LCI a recensé quelques séquences qui nous disent pourquoi ces candidats adorent employer cette référence qui parle à tous les Français et à l'imaginaire collectif.

Marine Le Pen en fille adoptive de De Gaulle

Héritière d'un parti fondé en partie par des opposants farouches au général de Gaulle, dans le contexte de la guerre d'Algérie, Marine Le Pen a fait du rapprochement avec l'héritage gaulliste l'un des piliers de la "dédiabolisation" du Front national depuis qu'elle en a pris la tête. Le maître d'oeuvre de cette bouture, Florian Philippot, "est un gaulliste obsessionnel", ajoute le politologue et enseignant Thomas Guénolé, sollicité par LCI. "Quand son père avait tendance à faire l'apologie de Pétain, Marine Le Pen fait référence à De Gaulle."

Dans cette campagne, les référence de Marine Le Pen à De Gaulle sont nombreuses, de la célébration de l'esprit de "résistance" à l'euroscepticisme revendiqué. Mais c'est surtout à De Gaulle premier président de la Ve République que la candidate FN se réfère, comme dans cet extrait où elle célèbre sa conception de "l'Etat".

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Le Pen : "Le général de Gaulle disait, la France sans l'Etat ça merdoie"

Plus récemment, une référence à De Gaulle par la candidate FN pour justifier l'idée que "la France n'est pas responsable du Vel d'Hiv'" a créé une forte polémique, notamment chez des gaullistes outrés par cette réutilisation de la doctrine gaulliste à l'égard du régime de Vichy à quelques jours de l'élection présidentielle. 

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Nicolas Dupont-Aignan en fils spirituel de De Gaulle

Chez le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, la référence gaulliste n'est pas nouvelle. Le candidat de Debout la France a même construit son discours sur cet héritage. Le gaullisme, disait-il dans une tribune à l'automne dernier, "est une idée neuve au XXIe siècle." Dupont-Aignan voit en De Gaulle le père des institutions françaises, la garant de l'indépendance nationale mais surtout une vision de la politique économique et sociale du pays. Il le résumait ainsi dans Marianne en novembre 2016 en s'en prenant à François Fillon : 

François Fillon est une imposture gaulliste. Le gaullisme, ça commence par l’indépendance nationale. On ne peut pas se dire gaulliste si l’on est soumis à Bruxelles. C’est aussi le rassemblement des Français autour d’un projet social- Nicolas Dupont-Aignan

Dans la séquence suivante, il expliquait aussi que "l'élection présidentielle voulue par De Gaulle, c'est le choix par le peuple français de celui qui va incarner la France."

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Dupont-Aignan, "l'élection présidentielle voulue par De Gaulle"

Jean-Luc Mélenchon en héritier géopolitique, mais pas seulement...

A gauche aussi, un candidat invoque l'esprit de l'ancien président, mais dans le domaine spécifique des relations internationales. A plusieurs reprises, Jean-Luc Mélenchon a revendiqué l'héritage "de De Gaulle et de Mitterrand" pour justifier sa position non-alignée vis-à-vis des Etats-Unis et de la Russie. Comme ici : 

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Mélenchon : "Ma vision est plus proche de celle d'un De Gaulle ou d'un Mitterrand"

"Jean-Luc Mélenchon se revendique mitterrando-gaulliste sur les affaires internationales", confirme Thomas Guénolé. "Mais cela va plus loin. Observez ses discours lors des meetings, et l'intonation de sa voix. Il a littéralement copié l'élocution du général de Gaulle. Vous y trouverez peut-être une raison pour laquelle une partie des Français lui voient une stature présidentielle". 

François Fillon, gaulliste de "l'austérité"

Chez François Fillon, les références au gaullisme sont fréquentes et anciennes. En atteste la sortie malheureuse contre Nicolas Sarkozy durant la campagne de la primaire à droite : "Qui imagine Charles de Gaulle mis en examen ?"

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Accusé par Nicolas Dupont-Aignan d'être un "faux gaulliste", le candidat de la droite peut malgré tout s'en revendiquer. Comme le souligne le politologue Thomas Guénolé, "Charles de Gaulle est arrivé au pouvoir en 1958 avec un programme d'austérité et une dévaluation à travers l'instauration du nouveau franc". Sur ce plan, le projet de François Fillon, présenté par ses opposants comme "une purge", peut apparaître comme un héritage. Le candidat le disait lui-même récemment dans Valeurs Actuelles : "Toutes proportions gardées, nous sommes en 1958, au moment du retour du général de Gaulle. J’arrive avec un plan puissant qui peut redonner de la croissance, de l’emploi, de l’espoir concret à la vie des Français". Autre proximité affichée avec De Gaulle : les relations internationales, avec, comme pour Jean-Luc Mélenchon, le choix du "non alignement." 

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Fillon, un "combattant balafré" comme De Gaulle

Emmanuel Macron, le De Gaulle "ni gauche ni droite"

Emmanuel Macron n'invoque pas le gaullisme pour défendre son projet. Bien au contraire : il critiquait récemment ceux qui se réclament "de façon intempestive d'une politique purement gaullienne alors que la France a changé". Pour autant, il n'a pas hésité ici ou là à se référer à "cette grande figure qui a redonné sa fierté et sa force à notre pays." 

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Emmanuel Macron : "Il est intempestif de se réclamer d'une politique gaullienne"

Attaqué par François Fillon, Emmanuel Macron s'est également appuyé ces derniers jours sur un discours du général de Gaulle critiquant le système partisan pour y voir une justification de son choix du "ni gauche ni droite".  

Enfin, après la polémique lancée sur la colonisation, "crime contre l'humanité", Emmanuel Macron avait opté pour une surprenante pirouette gaullienne : "Je vous ai compris !" 

Asselineau, "le deuxième De Gaulle"

Ainsi surnommé par certains de ses partisans, le patron de l'Union populaire républicaine cite à l'envi le premier président de la Ve République et reprend certaines de ses maximes : le "machin" pour qualifier l'ONU, cette phrase qui veut qu'un "patriote aime son pays [quand] un nationaliste déteste le pays des autres", ou "le vrai sujet de l'élection présidentielle, c'est l'indépendance de la France." Mais l'UPR, lit-on sur le site du parti, ne "revendique" pas l'étiquette gaulliste, essentiellement parce que "cet adjectif a été récupéré par tant de responsables politiques [aux] analyses les plus anti-gaullistes qui soient" qu'il en a perdu toute signification. Ce qui ne l'empêche pas de dresser un parallèle entre l'action gaullienne et son projet.

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François Asselineau : "De Gaulle disait que le vrai sujet de la présidentielle, c'est l'indépendance de la France"

Cheminade, "gaulliste de gauche"

Chez le candidat de Solidarité et citoyenneté, la recherche de filiation est assumée, et la formule, utilisée sans cesse par les journalistes pour le qualifier, provient directement du doyen de la présidentielle, qui, le 20 mars face à Jean-Jacques Bourdin, se présentait comme "de gauche comme Jaurès et de droite comme de Gaulle : je suis un gaulliste de gauche". Chantre du nucléaire, préoccupé par "l'occupation culturelle" et résolument opposé à la mondialisation financière, Jacques Cheminade cite aussi la diplomatie gaullienne comme un exemple.

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Jacques Cheminade : "Je suis un gaulliste de gauche"

Figure tutélaire ou inspirateur politique, le général continue donc d'influer sur la politique française et ses animateurs, y compris par ceux qui souhaitent en finir avec un régime politique qu'ils jugent dépassé et dont le premier président de la Ve avait été le maître d'oeuvre. 

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