Vote FN : après les attentats, Paris a-t-il si bien résisté qu'Anne Hidalgo le dit ?

Élections Européennes 2019

ELECTIONS - La maire de Paris a salué, au soir du premier tour des régionales ce dimanche, les résultats "remarquablement faibles" du Front national dans les arrondissements touchés par les attentats de novembre. Relativisant un peu rapidement une progression notable des troupes de Marine Le Pen…

Parisiens, votre maire est fière de vous. Au soir du premier tour des élections régionales dimanche, Anne Hidalgo a diffusé ce message : "Félicitations aux Parisiens qui ont une fois de plus maintenu le FN très en-deçà de ses résultats nationaux avec moins de 10% des suffrages". Et de souligner, trois semaines après les attentats meurtriers qui ont endeuillé Paris : "Le peuple de Paris a défié la peur en répondant dans les urnes avec une dignité qui déjoue la stratégie des terroristes et qui m'inspire une immense fierté". Est-ce vraiment aussi simple ?

Les quartiers visés par les attaques du vendredi 13 novembre, ce sont les 10e et 11e arrondissements. Le fameux cœur "bobo" de la capitale. Qui n'a dans l'ensemble, en effet, pas voté ce dimanche différemment de ses habitudes, plaçant la tête de liste socialiste Claude Bartolone nettement en tête (avec respectivement 39,47% et 40,05% des suffrages) et donnant un score supérieur à leurs moyennes nationales aux écologistes d'EELV (15,9%1 et 14,71%), ainsi qu'à la gauche rouge (la liste de Pierre Laurent dépasse les 10% dans le 10e arrondissement et les frôle dans le 11e). Un quinté dont l'ordre est en ligne avec les municipales de l'an dernier et les régionales de 2010, depuis lesquelles EELV a néanmoins perdu beaucoup de plumes qui semblent avoir garni le score du PS.

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Le FN gagne 70% de voix dans les arrondissements concernés

Mais Anne Hidalgo a-t-elle raison de "saluer les résultats remarquablement faibles du FN dans les bureaux de vote des quartiers ciblés lors des attentats du 13 novembre" ? Oui, si l'on compare le score de l'extrême droite dans ces arrondissements (7,30% et 7,49%) à sa moyenne nationale (27,2%). Si l'on s'en tient aux résultats globaux dans la capitale, les Parisiens ont d'ailleurs été effectivement fidèles à leur réputation, en maintenant le FN sous la barre des 10%.

Toutefois, en laissant entendre que les événements récents n'ont eu aucun effet sur le vote FN dans les quartiers visés par les attentats, la maire passe sous silence un fait : il y a engrangé une forte progression. Entre 2010 et 2015, le parti de Marine Le Pen est en effet passé dans le 10e arrondissement de 1074 voix pour Marie-Christine Arnautu (au premier tour), à 1811 ce dimanche pour Wallerand de Saint-Just. Soit un bond de 68,6%. Dans le 11e, le gain est de 70%, de 1864 à 3165 voix. C'est certes trois fois moins que les 170% gagnés au niveau national, mais ce n'est pas un "non-effet". Et dans le 19e arrondissement, qui jouxte ces quartiers et qui avait aussi été concerné par les attentats de janvier (les frères Kouachi étaient issus de la fameuse "filière des Buttes Chaumont"), le FN est d'ailleurs passé de 6,6 à 10,38%. Dépassant la fameuse barre des 10%, comme dans sept autres arrondissements. Aux régionales précédentes comme aux dernières élections (les municipales de l'an dernier), aucun ne l'avait franchie.

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