"77% d'entre eux ne vont pas se verser de salaire" : les avocats tirent la sonnette d’alarme

"77% d'entre eux ne vont pas se verser de salaire" : les avocats tirent la sonnette d’alarme
Emploi

EN DANGER - Avec la fermeture des tribunaux et le confinement, les avocats ont vu leur activité s'écrouler. Le Conseil national du barreau livre un état des lieux de la profession et demande au gouvernement un plan d’urgence.

80% ont déjà perdu la moitié de leur chiffre d’affaires. Quatre cabinets sur sont dix aujourd’hui à l’arrêt. Les avocats paient un lourd tribut au confinement. Avec les tribunaux fermés, c’est tout un pan de leur activité qui s’écroule. Pour la première fois, une enquête du Conseil national du Barreau permet de faire le point sur cette situation inédite. 

Preuve de l’envie de témoigner, ce sont plus de 10.000 avocats qui ont répondu en quelques jours à l’enquête lancée par l’institution. Et les chiffres sont confondants, détaillés par Me Jean-Michel Calvar, bâtonnier du barreau de Nantes, sur le site du CNB. "41% des avocats ont totalement arrêté toute activité , 56% ont partiellement arrêté", détaille-t-il. "Pour 66% des sondés, l’activité a été réduite de plus de la moitié. Quant aux possibilités de facturations, 90% d’entre eux indiquent qu’elles se sont réduites de 50 à 0%."  Une chute drastique du chiffre d’affaires qui, alors que rien ne se profile à l'horizon, n’est évidemment pas sans conséquences. 

Pour faire face, une très grande majorité des sondés (71%) ont recouru au chômage partiel, 46% ont essayé de mettre en place un fonctionnement en télétravail, 1% ont eu recours à des mesures de licenciement. Par ailleurs, ce sont 77% des avocats hors salariés qui déclarent qu’ils vont renoncer à leur rémunération, de manière partielle ou totale ; un tiers vont tenter d’obtenir un étalement des crédits, un tiers recourir à des prêts de trésorerie. Enfin, 2% optent pour une déclaration de cessation des paiements. 

Mais les principaux obstacles à la continuité de l’activité ne dépendent pas d’eux : pour 84% d’entre eux, l’obstacle principal est la fermeture totale ou partielle des institutions, tribunaux, greffes, nécessaires pour avancer dans l’activité. Autre écueil majeur pointé du doigt, le dysfonctionnement des services postaux, qui paralyse l’activité. "Par ailleurs, nous n’avons aucune visibilité sur les plans de continuité des juridictions", souligne le bâtonnier. "C’est une évidence. Chaque juridiction a fait son plan de continuité à sa sauce, soit 164 juridictions, qui nous mettent dans l’embarras car il n’y a pas de fil conducteur."

En vidéo

Grève des avocats : les tribunaux engorgés

Lire aussi

Inquiétudes sur l'avenir

Toute l'info sur

Coronavirus : l'impact économique de la pandémie

L’avenir, lui, est bien sombre. Les circonstances actuelles font que 28 % envisagent une nouvelle orientation de l’activité dominante du cabinet. Mais surtout, plus d’un avocat sur 4 indiquent penser à envisager de changer de métier. 5% envisagent la fermeture définitive du cabinet, 6% une retraite anticipée. "En additionnant l’envie de changer de métier, celle de prendre une retraite anticipée, ou fermeture, cela fait un grand nombre d’avocats à s’interroger sur leur maintien dans la profession", constate Jean-Michel Calvar. "Il ne faut pas demain un barreau réduit de moitié, nous serions dans une situation indigne pour la France."

"Nous voyons l’état de gravité extrême dans lequel sont nos confrères", insiste Christiane Féral-Schuhl, présidente du CNB. "Ce sondage, qui donne une photographie de la profession, doit nous interroger : l’on y voit des avocats quasiment seuls, prenant souvent sur leurs propres économie, perdant leur travail, qui vont assumer seuls la crise". Et le déconfinement qui se profile ne laisse pas présager d'horizons dégagés : "Cela ne doit pas être un mirage", poursuit la présidente. "Les tribunaux sont à l’arrêt et en ordre dispersé. En déléguant aux juridictions le déconfinement, la ministre a pris le risque d’assurer une justice à 164 vitesses, autant qu’il y a de juridictions en France. Nous craignons que les conditions du déconfinement judiciaire soient tout autant disparates : 164 modes de déconfinement." 

Le CNB va s’entretenir jeudi avec la Garde des sceaux, et compte bien l’alerter sur la situation, ainsi que sur "la réponse de l’Etat insuffisante". Le CNB demande en effet un "plan de sauvegarde d’urgence" : "Le libéral n’est pas à l’abri des accidents de la vie, et le Covid est un accident de la vie. Il nous faut des aides adéquates", argumente la présidente. La profession demande notamment une exonération des charges sociales. "De la même manière, nous sommes nombreux à penser que la période estivale ne peut pas être une période sans esquifs après deux mois de confinement. Les avocats se préparent à de très lourdes secousses, dont les justiciables feront les frais."

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent