"Si on a envie d’y aller, on y va" : à 50 ans, elles ont totalement changé de vie et créé leur boîte

"Si on a envie d’y aller, on y va" : à 50 ans, elles ont totalement changé de vie et créé leur boîte

Emploi
BUSINESS WOMEN – Est-il difficile de changer totalement de vie professionnelle à plus de 45 ans ? De troquer 20 ans de salariat contre une casquette de chef d’entreprise ?A l'occasion des Universités de Force Femmes, qui ont eu lieu à Paris cette semaine, quatre femmes nous ont raconté leurs parcours.

Avoir plus de 45 ans. Quitter sa boîte. Être une femme : la conjonction de ces trois facteurs peut être difficile. Mais pourtant, à bientôt la cinquantaines, des femmes décident de remettre à plat toute leur carrière professionnelle. Voire, parfois, de changer totalement de vie. De tout recommencer. En créant leur société. 


Quatre femmes, rencontrées cette semaine à Paris aux Universités de Force Femmes, une association qui aide les femmes de plus de 45 ans dans la recherche d’emploi, nous racontent leur histoire, leur parcours et donnent leurs conseils avant de se lancer. 

Quatre femmes, quatre histoires

> Odile Dussaucy : "Si l’on a envie de créer quelque chose, il ne faut pas se dire : 'Je suis trop vieux'".

Sa boîte : Mes Sorties Culture,  un site web grand public qui permet de découvrir les musées et visites guidées partout en France ; et MS Culture, un site qui crée des événements culturels pour les entreprises.


Son parcours : J’ai une formation scientifique, rien à voir avec le tourisme ou la culture. J’étais responsable de production dans une société de compteur d’eau. En 2014, j'ai négocié une rupture conventionnelle, car je ne me sentais plus en phase avec mon métier. Je savais que je voulais créer une entreprise. A côté de cela, j’adore la culture, je pense qu’il faut permettre à chacun de s’approprier notre patrimoine. Mais j’ai toujours eu du mal à trouver ce qui pouvait exister comme visites guidées. J’ai cherché à combiner mes deux passions.


Les défis ? Je ne pense pas que ce soit lié à l’âge. J’ai en fait choisi un domaine dans lequel je n’avais aucune expérience. Il a fallu que je découvre tous les acteurs de cette filière, que j’acquiers une légitimité dans ce milieu. Et aussi que je me penche sur les problématiques de création d’une entreprise, ce qui n’est pas mince. Ma formation initiale comme ingénieur m’a cependant permis d’aborder les choses avec méthode.


Ses conseils ? Il ne faut pas rester seule, il faut surtout se faire accompagner et bien choisir le réseau ou la structure. Pour moi, la chose la plus difficile a été la comptabilité. Ces chiffres-là ne m’intéressent pas ! Et pourtant, il faut les maîtriser, c’est essentiel pour établir un business plan.


Des regrets ? Aucun regret ! Si l’on a envie de créer quelque chose, il ne faut pas se dire : '"Je suis trop vieux'". Si on a envie d’y aller, on y va. Parce que personne n’ira à votre place.

> Sylvina Pipa : "On m'a dit : 'A 45 ans, on peut encore trouver, mais après 50 ans, c’est compliqué".

Son entreprise : Wellbuy, un cabinet de conseil spécialisé en achats, créé en 2015.


Son parcours ? Petite fille, je rêvais d’avoir mon entreprise à 50 ans. Mais je suis partie vers le salariat, j’ai travaillé une dizaine d’années dans une banque, une quinzaine en achat. A 45 ans, je négocie et sors d’une entreprise. A l’époque, je suis en contact avec un chasseur de têtes qui me dit : "A 45 ans, on peut encore trouver, mais après 50 ans, c’est compliqué." Je me suis donc dit que c’était le moment de créer ma société. Je voulais faire des achats. J'ai développé cela pour les entreprises puis les collectivités territoriales. J’apporte à mes clients du public mes techniques privées, j'aime cette idée de passerelle.


Les défis ? Cela n’a pas été évident de me vendre, de parler de moi. Il parait que les femmes ont ce "syndrôme de l’imposteur", qu’elles doutent davantage de leurs capacités. Alors qu’il faut devenir son propre commercial, et ça, c’est un métier ! Mais je n’ai pas eu de problèmes liés au fait d’être une femme. A l’inverse, comme j’évolue dans un milieu plutôt masculin, je sens une bonne écoute, il y a une reconnaissance que je n’avais pas en tant que salariée : ils trouvent que c’est courageux, audacieux".


Ses conseils ? Il ne faut pas oublier que la création est difficile. Cela demande un très gros investissement, d’être à l’écoute. Cela prend du temps. On ne se rend même pas compte à quel point le statut de salarié est confortable. Il ne faut pas rester dans son coin. Je me suis tournée vers trois réseaux, qui ont été complémentaires : Initiatives, BGE, et Force Femmes. J’insiste sur le fait d’être forte. Il est essentiel d’être bien soi-même. Car on a beau être soutenue, on est seule face à soi-même, et on n’imagine pas à quel point… Même mes amies très proches me disaient "Mais c’est quoi ta dernière lubie ?". Cela veut tout dire !


Des regrets ? Aucun ! On fait des rencontres magiques quand on est créateur. J’ai rencontré des hommes et des femmes fabuleux, de tous âges."

> Marie Molon-Philippon : "On m'a vite dit : 'avec ton parcours, il n’y a pas de place pour toi, sauf celle du boss !'".

Son entreprise : Design Culture, un développeur de projets artistiques et ludique, notamment dans les centres commerciaux, créé en 2014.


Son parcours ? J’ai une formation d’historienne de l’art, et je travaillais dans une grande foncière, qui construisait notamment des centres commerciaux. Je l’ai quittée en 2012, par rupture conventionnelle. J’avais  55 ans. Je me suis dit : "Je suis à un âge où je veux me faire plaisir." Mon rêve était de rentrer dans une fondation. Sauf qu’on m’a très vite dit : "Avec ton parcours, il n’y a pas de place pour toi, sauf celle du boss, celui qui te fera passer l’entretien."  Et c’est un fait : à 45 ans, on a un parcours, un CV, une expérience. Cela a été ma petite désillusion. Et puis je me suis lancée dans un master d’ingénieur culturel, qui m’a donné l’idée de développer les animations artistiques et ludiques dans les centres commerciaux car les gens y vont aussi pour vivre une expérience. J’avais déjà les contacts. Mon travail a été de développer ma niche." 


Les défis ? Comme j’étais déjà dans le milieu, je n’ai pas eu de problème de crédibilité. Il m’a fallu en revanche développer le côté commercial, faire en sorte que les clients s’engagent. D’autant qu’ils ont souvent tendance à faire davantage confiance à des grosses structures établies. Il faut être organisé, multi-casquettes, maîtriser le juridique, le commercial. L’âge a plutôt été un atout pour moi : cela m’a donné une stature, une expertise, un repérage dans la société professionnelle. Et le fait d’être une femme ne m’a pas gêné, au contraire : cela peut être un atout, on apporte sa fantaisie, son côté artistique."


Ses conseils ? Beaucoup de femmes, parce qu’elles ont vécu un divorce ou une séparation, veulent changer de job et se lancer.  Non ! Au contraire, il faut sécuriser son environnement quand on se lance dans la création d’entreprise, être bien dans sa tête, parce que cela demande toute son énergie. Je crois aussi que ce n’est pas fait pour tout le monde. Il faut le dire. Il faut une certaine force, une grande discipline, on est pris 7 jours sur 7. C’est un chemin de vie."


Des regrets ? Aucun ! Sauf celui de ne pas l’avoir fait plus tôt !  Je suis très heureuse, j’ai acquis une grande autonomie, j’en tire une grande satisfaction."

En vidéo

Entrepreneurs : les militants du savoir-faire français

> Catherine Blot : "La chance du créateur d’entreprise est de réaliser ce qu’il a envie de faire"

Son entreprise ? La Fabrique du retail, créée en 2015, société de conseil et d’accompagnement des jeunes créateurs dans leur diffusion commerciale. 


Son parcours ? Je travaillais depuis 20 ans dans le monde du luxe. C’est un univers qui me passionne. Mais je trouvais qu’il devenait un peu galvaudé. J’avais l’impression de perdre un peu mon âme, j’étais à la recherche de plus d’authenticité dans les relations humaines, de qualité de travail. J’avais envie de retourner aux racines du luxe. Bref, j’étais en plein questionnement existentiel ! L’événement déclencheur a été une séparation. Et en 2013, j’ai quitté cette entreprise. Je voulais apporter les bonnes pratiques du luxe aux métiers d’art, être dans une relation plus directe avec les créateurs. J’avais 50 ans, je me suis dit qu’après, ce serait trop tard. J’ai monté ma boîte. J’ai aussi été très rapidement sollicitée dans l’enseignement, ce qui m’a permis d’assurer mes arrières.


Les défis ? La vraie problématique est d’arriver à tout gérer en même temps. Il faut être comptable, juriste, aller sur le terrain. Il faut réussir à équilibrer toutes ces taches, ne pas se décourager. J’ai recherché cette indépendance, mais elle n’est pas facile ! Les réseaux, comme Force Femmes, sont des appuis."


Ses conseils ? Tout le monde n’est pas capable de créer son entreprise, il faut être accompagné. Et avant de se lancer, il faut voir si l’on peut s’appuyer sur quelqu’un de solide. Il faut sécuriser, ne pas se lancer sans avoir mesuré le pour et le contre. Et ne pas écouter les sirènes négatives, venant des gens qui projettent leurs propres angoisses. Enfin, par rapport à la vie que j’avais avant, il m’a été très utile de réécrire mon storytelling, de me réapproprier mon histoire, pour donner du sens à mon action."


Des regrets ? Non ! Je suis encore en phase de développement, je ne gagne pas ce que je gagnais précédemment, mais ça grimpe, et je fais ce que j’ai envie ! C’est ça, la chance du créateur d’entreprise : réaliser ce qu’on a envie de faire."

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