Alain Griset, ce chauffeur de taxi, grand défenseur de l’artisanat, qui devient ministre

Alain Griset, ancien président de l'U2P, nouveau ministre délégué auprès des PME.
Emploi

PORTRAIT - Alain Griset, désormais ex-président de l'Union des entreprises de proximité, fait son entrée au gouvernement comme ministre délégué aux petites et moyennes entreprises. L’homme a été chauffeur de taxi pendant 40 ans. Itinéraire d'une ascension sociale quasi exemplaire.

C’est un homme de l’ombre. Mais c’est surtout un homme de terrain. De proximité. Alain Griset, qui fait son entrée au gouvernement comme ministre délégué aux petites et moyennes entreprises, est encore inconnu du grand public. Et pourtant, ces ors de la République, il les a de plus en plus arpentés, ces dernières années, en temps que président de l'Union des entreprises de proximité, un syndicat qui est, avec le Medef et la CGPME, la 3e organisation patronale à participer aux négociations nationales avec les syndicats de salariés. Alain Griset, ou l’homme qui illustre, peut-être malgré, lui, une ascension sociale exemplaire, et un parcours qui illustre un ardent défenseur de la cause artisanale. 

Alain Griset, 65 ans, est originaire du Nord, de Faches-Thumesnil, près de Lille. Milieu modeste : son père ouvrier métallurgiste, sa mère qui s’arrête de travailler après la naissance de ses enfants. Lui, très jeune, passe son permis taxi, se lance dans le métier de taximan, monte sa boîte, à 21 ans. Une vocation survenue par "hasard de la vie", comme il le raconte en 2012 dans une interview à Nord-Eclair. "J'ai rencontré quelqu'un qui avait une entreprise de taxi et m'a proposé d'y travailler comme standardiste", raconte-t-il. "C'était juste après avoir 'brillamment' raté mon bac, en 1972. J'ai travaillé le temps nécessaire pour passer mon permis de conduire puis mon examen de taxi à 21 ans. Et je me suis installé à mon compte très vite, au bout d'un an. C'est ainsi que je pouvais répondre à mes aspirations du moment et assumer mon rôle de père de famille."

Un porte-parole des artisans

Petit à petit, il prend des responsabilités. Il s’engage, assez vite, dans un syndicat, "parce qu'à l'époque, tout le monde le faisait", raconte-t-il. "La profession de taxi est très organisée collectivement." De fil en aiguille, il est élu en 1989, à 36 ans à la Chambre de métiers et de l'artisanat du Nord. Il y est le plus jeune élu, en devient président, et de là déroule toute une carrière de représentations et de mandats divers, au niveau départemental, régional, et bientôt national. Il est ainsi élu en l’an 2000 président de l'Assemblée permanente des chambres de métiers et de l'artisanat , puis devient en 2016 président de l'Union des entreprises de proximité (U2P).

En entrant à l’U2P, il avait "pris un premier engagement" : "Celui de tout faire pour que les artisans, les commerçants, les professionnels libéraux, cette France qui se lève tôt et qui crée l’emploi, soit mieux entendue par ceux qui nous gouvernent." Et c’est d’ailleurs un peu le fil rouge de son parcours, à la tête de quelque organisme qu’il soit : être un porte-parole des artisans et défendre leurs revendications, comme il le rappelait à la Voix du Nord en 2016.

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Autant dire que le poste de ministre des PME au gouvernement a été taillé pour lui. Ou que l’homme incarne bien la fonction. Il aura en effet, aux côtés de Bruno Le Maire, la responsabilité d'aider les petites et moyennes entreprises à survivre après la crise sanitaire. Une forme de consécration pour ce Nordiste, qui, sollicité par l’AFP, a fait part de sa "très grande émotion" devant ce "grand honneur". Un parcours et une ascension, qu’il est intéressant d’éclairer avec sa réponse, en 2012, à ce journaliste de Nord-Eclair qui lui demandait si une telle ascension était encore possible : "Je pense que globalement, mon exemple est quelque chose qui peut être appliqué à des dizaines de milliers d'hommes et de femmes du secteur dans ce pays. On a un million d'artisans en France aujourd'hui. La moitié d'entre eux a commencé en tant qu'apprentis. Dans ce secteur d'activité, l'ascension sociale est facile et accessible. Commencer apprenti, devenir salarié, monter son entreprise, devenir chef d'entreprise... On fait partie des métiers où c'est encore possible. L'artisanat est un secteur dans lequel on peut réussir." 

Réussir, et encore plus aujourd'hui, disait-il. Car pour lui, paradoxalement, rater son bac est peut-être ce qui lui a permis d'aller si loin. "Si j'avais réussi mon bac F1 en fabrication mécanique, je serais entré en 1974 dans la grande industrie. Je pense que j'aurais eu beaucoup de risques d'être au chômage", analyse-t-il. "Dans notre secteur d'activité, l'artisanat, les difficultés économiques existent, bien sûr, mais on a beaucoup de chance d'avoir son destin en main et quand vous avez cette chance, vous êtes maître de votre avenir. On a de très belles réussites, ce n'est pas marginal."

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