Dans le secteur très touché des transports, un petit patron hésite à passer au chômage partiel "pas si simple"

Face au coronavirus, des centaines d'entreprises sont au bord du gouffre. Dans l'Oise, celles du transport ne sont pas épargnées par cette crise.
Emploi

TÉMOIGNAGE - Quelque 900 entreprises impactées par la propagation du coronavirus ont demandé à bénéficier de mesures de chômage partiel. En Haute-Savoie, Vincent Chevallay gérant de la société de transport Gavot-Léman, voit les courses s’annuler les unes après les autres. Il nous raconte.

Les conséquences du coronavirus s’enchaînent. Parfois où on ne les attendait pas. Et au bout de la roue, des entreprises sont en pleine difficulté. En Haute-Savoie, Vincent Chevallay, gérant de  l'entreprise de transport de voyageurs Gavot-Léman, voit les trajets s’annuler les uns après les autres depuis la semaine dernière. Au point de mettre son entreprise en difficulté.

"Toutes les classes de neige du mois de mars ont été annulées", raconte-t-il à LCI. "Quant aux voyages linguistiques, ils ont aussi tous été annulés ou reportés, même ceux qui n’ont pas été interdits par le ministère." Des séminaires annulés ou reportés, des voyages d’adultes, y compris en mai, tombent, jour après jour, comme des dominos. "Cela s’ajoute à une saison compliquée niveau enneigement : on avait déjà eu pas mal d’annulations de sorties de ski…", souffle Vincent Chevallay.

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L’agenda n’est pas encore totalement blanc, car sa société a plusieurs volets. "L’hiver, nous avons aussi une activité "station de ski", qui n’est pas impactée, heureusement", confie le gérant. "Le problème, c’est que pour le reste, nous n'avons pas de vision à long terme : nous travaillons avec des agences qui ne nous disent pas vraiment que c’est annulé, car elles-mêmes ne le savent pas, mais nous recommandent de faire comme si le voyage n’avait pas lieu, de ne pas engager de frais sur les réservations de parking... Nous sommes tous dans le flou et naviguons à vue, sans aucune prévision,  d’autant que le gouvernement ne donne pas de date d’éventuelle levée des mesures". Ce qui, d'ailleurs, ne résoudra pas pour autant le problème, tant la psychose est grande : "Même si dans deux semaines, les activités sont à nouveau autorisées, cela ne veut pas dire que tout ce qui a été annulé va reprendre. Certains vont en effet plus loin que la règle, par précaution. C’est le cas d’un voyage scolaire qui devait aller au Futuroscope, qui vient d’être annulé." 

Au final, le bilan est raide : "Sur une journée, en moyenne, c'est 50% du chiffre de la partie transports occasionnels qui disparaît". Lourd pour cette petite entreprise de 12 salariés, qui a déjà tenté de s’adapter comme elle pouvait. "Nous avons demandé à ceux qui avaient pas mal de congés payés en stock s’ils voulaient les prendre cette semaine. Deux sont partis en congés. D’autres ont travaillé 15 h ou 20 h cette semaine, mais seront tout de même payés aux 35 heures."

Pour les salariés, c'est une perte sèche- Vincent Gavot, de Gavot-Leman

Avec cette économie ralentie, Vincent Chevallay a pensé au chômage partiel. Même si ce serait inédit pour lui. Il s’est renseigné via son syndicat professionnel, la Fédération nationale des transports routiers de voyageurs. Mais pour l’instant, cela lui parait compliqué. "On nous dit qu’une des conditions pour pouvoir avoir droit au chômage partiel est qu’il faut que les congés des salariés des années précédentes soient épurés. Il faut aussi que les salariés aient toutes leurs formations à jour, alors que les centres de formation sont complets six mois à l’avance. Il faut, enfin, demander une autorisation à la direction du travail, qui prend un délai de 15 jours pour étudier le dossier." 

Si le dossier est accepté, la règle du chômage partiel veut que l'employé soit rémunéré à 70% de son salaire, payé par l’employeur. L’employeur, lui, touche une indemnité de 7, 65 euros de l’heure. Ce qui, évidemment, est loin de compenser la perte générale. "Sachant qu’un salarié payé  13 euros de l’heure a un coût de revient pour l’entreprise de 26 euros", précise Vincent Chevallay. "Ce n’est pas facile pour l’employeur, mais ça ne l’est pas plus pour le salarié : il perd 30% de son salaire, et les heures supplémentaires et les primes habituelles qu'il pouvait avoir, liées à ses déplacements, ne sont pas prises en compte. C’est une perte sèche."  Et pour le salarié, c’est loin d’être des vacances : "30% des heures chômées, ça veut dire qu’on peut leur demander de venir travailler deux heures par jour. Il nous reste tout de même des transports scolaires à assurer matin et soir, donc ce n’est pas une mesure qui peut leur permettre de partir une semaine dans leur famille."

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Coronavirus : l'activité économique au ralenti dans l'Oise

Les transports scolaires, cela occupe six chauffeurs sur 10, trois heures par jour- Vincent Gavot, de Gavot-Leman

Vincent a un peu évoqué le sujet dans son entreprise. "On commence à en parler. Pour l’instant, on va tout faire pour y échapper, on espère que l’activité redémarrera assez vite. On fonctionne avec des congés payés, on essaie de trouver un équilibre." Car lui garde un semblant d’activité avec le transport scolaire. Précaire évidemment. "Les transports scolaires, cela occupe six chauffeurs sur 10, trois heures par jour", précise-t-il. Mais il pense aussi aux collègues spécialisés dans le transport linguistique qui, eux, voient toute leur activité s’effondrer. "Cela va être catastrophique pour eux."  

Mais tout est tellement changeant qu'il se prépare lui aussi au pire. Notamment en regardant ce qui se fait en matière de transport scolaire dans les autres départements. "Il me semble que dans l’Oise, les transports scolaires ont été annulés", dit-il. "Si les marchés publics ont été traités en délégation des service public,  il n’y a rien qui prévoit une indemnisation pour les entreprises sous-traitantes. Il faut donc espérer que ça n’aille pas jusque-là." Dans le reportage en tête de cet article, deux entreprises de transport de l'Oise sont à l'arrêt. Elles ont perdu jusqu'à 90% de leur activité et placé leurs salariés en chômage partiel. Pour William Noirtin, directeur des cars Stepa à Margny-lès-Compiègne, si d'ici deux mois, l'Etat ne les aide pas à faire face aux problèmes de trésorerie, il faudra mettre la clé sous la porte. 

Dans ce contexte hyper sensible, tout se joue au jour le jour. "On va attendre le plus longtemps possible, tant que la situation financière le permet", répète Vincent Chevallay. "Après il faudra certainement que l'on se mette autour de la table avec les banques pour revoir nos échéances. Nous avons de gros investissements sur le matériel, sur les véhicules, qu’ils roulent ou pas, et toutes les charges fixes qui tombent. Il va donc certainement falloir négocier avec elles sur les échéances." Le patron se donne encore deux trois jours pour les contacter.

Un impact "sévère" sur l'économie

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Vendredi, d’après les chiffres du ministère du Travail, ce sont 900 entreprises qui avaient déposé un dossier pour passer en activité partielle, ou chômage technique. "Nous nous attendons à une importance beaucoup plus grande que cela et nous ferons face, ce qui permet de préserver l’emploi", a indiqué la ministre Muriel Pénicaud lors d’une conférence de presse ce lundi matin. Elle a d’ailleurs annoncé de nouvelles mesures d’assouplissement : le délai d’autorisation de 15 jours est rapporté à 48 heures, le remboursement de l’Etat, de 7, 58 euros, est monté au niveau du Smic, à 8, 04 euros. L’impact sur l’économie française est en effet "sévère", a indiqué de son côté le ministre de l’Economie Bruno Le Maire. D’après les derniers chiffres, les traiteurs font face à une baisse de chiffre d’affaires de 60%, l’hôtellerie de 30 à 40%, et la restauration de 25% . Sont aussi touchés les secteurs automobile, aérien, ainsi que la mode et le luxe. 

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