Déjà 40.00 candidats pour aller aider les agriculteurs, mais de nombreuses questions

Déjà 40.00 candidats pour aller aider les agriculteurs, mais de nombreuses questions
Emploi

AUX CHAMPS - Le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume a lancé mardi matin un "appel à l'armée de l'ombre des hommes et des femmes qui n'ont plus d'activité" pour aider les agriculteurs. Un site a été lancé pour ceux qui veulent proposer leur main d’œuvre. Déjà 40.000 candidats sont inscrits.

40.000 candidats, en 24 heures. L’appel à mobilisation fonctionne, pour l’instant. Cela suffira-t-il au monde agricole ? Le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume a lancé mardi matin un "appel à l'armée de l'ombre des hommes et des femmes (qui) n'ont plus d'activité" en raison de la crise liée au Covid-19, les invitant à "rejoindre la grande armée de l'agriculture française". En ce printemps, le secteur est en effet en quête de main d'oeuvre pour des multiples travaux, allant de la récolte des fruits et légumes, aux semis de printemps ou à la taille de la vigne et des arbres fruitiers.  Une façon pour le gouvernement d’appuyer l’appel à l’aide des agriculteurs, relayés par la FNSEA, le principal syndicat du secteur. 

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Déjà des candidats

Au premier bilan, mercredi, les bonnes volontés commencent donc à répondre présent. D’après Jérôme Volle, viticulteur en Ardèche et président de la commission emploi à la FNSEA, "plus de 40.000 personnes se sont inscrites" sur le site desbraspourtonassiette.wizi.farm. Derrière tout cela, "au moins 24.000 fiches très bien renseignées", avec le profil, la disponibilité, la zone géographique. Les 16.000 autres candidats potentiels ont sans doute été victimes, selon lui, du succès de l'opération : "II y a eu un bug informatique, à un moment donné. Dans l'après-midi, il y a eu un rush qui a été compliqué à gérer". Ces personnes vont être recontactées pour compléter leur fiche.

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Des doutes et des incompréhensions

L’appel aux bras a donc été entendu. Mais si des dizaines de milliers de personnes se manifestent, affleurent aussi nombre de questionnements, comme en témoignent les commentaires sous notre appel à témoignage publié sur Facebook. Une incompréhension, des doutes, des craintes parfois sur la sécurité. Félix juge "contradictoire la déclaration du ministre" : "On ne peut déjà pas aller voir un membre de notre famille, alors comment pourrions-nous donc aller aider ou travailler pour des agriculteurs qui ne sont pas nos voisins direct ?" "On nous dit pas de footing pas de promenades, mais allez bosser dans les champs ? C’est réfléchi comme suggestion", écrit aussi Elisabeth. Julien non plus ne comprend pas. "On ne doit pas aller travailler et on nous met en chômage partiel, mais il faudrait encore aller aider ailleurs ?"

Certaines réactions montrent aussi que le message a parfois été mal compris et confondu avec un appel à bénévolat. Ainsi, Marie s’insurge : "On se moque de qui ? On nous dit restez chez vous, et d'un autre soyez bénévoles pour les agriculteurs ? Dans un autre contexte oui, avec plaisir, mais là on a le malheur de sortir on se fait verbaliser si notre attestation est mal remplie." Tout comme Eric, qui voit un "retour des kholkozes" : "Vous n’avez pas le droit de travailler dans votre boite... Mais vous devriez aller bosser gratis dans les champs."

Quelques-uns, cependant, manifestent leur soutien à la filière. "Nous avons toujours besoin d'agriculteurs c'est grâce à eux que nous mangeons et ils ne comptent pas leurs heures respect pour eux", écrit ainsi Renée. Certains sont prêts, mais se questionnent. Comme Carole, qui veut bien apporter son aide : "Mais comment faire ? Mon gendre est vigneron, je ne peux pas me rendre sur son domaine distant de 120 kilomètres, ça m’est interdit, confinement oblige."

Non, ce n'est pas du bénévolat

Autant d’interrogations – et d’approximations - que le monde agricole souhaite dissiper. Car non, il ne s’agit pas de bénévolat, mais bien de salariat, pour pallier le manque de main d’œuvre saisonnière étrangère, bloquée aux frontières. Venue traditionnellement de Roumanie, Pologne, Espagne ou Maroc, elle représente environ un tiers des 200.000 saisonniers, qui travaillent sur trois mois. Christiane Lambert, président de la FNSEA a ainsi détaillé les besoins mardi soir : "On a besoin de 50.000 personnes en mars, 80.000 en avril et 80.000 en mai".

Principaux foyers de demandes : les travaux de récoltes de fruits et légumes, notamment dans le Sud-Est et le Sud-Ouest, mais aussi "le nord de la France, avec les endives". Ils'agit aussi de conduire des engins, d'"éclaircir" les arbres fruitiers ou encore de finir la taille de la vigne. 

Et ce travail est bien sûr payé : les salaires proposés correspondent en moyenne au Smic, avec des heures sup’ payées 25% de plus à partir de la 36e h et 50% en plus au-delà de la 43e heure. 

L'idée, c'est de trouver des gens à proximité, d'éviter les déplacements- Jérôme Volle, viticulteur, vice-président à la FNSEA

L’autre question, est celle du confinement. Là encore, l’idée n’est pas de traverser toute la France pour offrir ses services. Mais de trouver des gens à proximité, d'éviter les déplacements. On essaie de privilégier des employeurs du même territoire que les personnes qui se sont inscrites", a ainsi souligné Jérôme Volle, indiquant qu'il y a des candidats "sur tout le territoire".

Parmi les candidats, "évidemment, on a des gens du monde rural, des gens aussi qui sont venus dans leur résidence secondaire ou chez des amis, et aussi des gens dans le péri-urbain (…) On comprend que certains ont envie d'aller à la campagne ou d'aller travailler dans l'agriculture, parce qu'étant confiné, ça permet de se dégourdir. Nous, on rappelle qu'on est dans une activité professionnelle, économique et que les gens qui s'inscrivent doivent prendre cela en considération", a-t-il ainsi averti. Et comme toute entreprise, les employeurs s’engagent à assurer la sécurité et l’hygiène des travailleurs. 

L'appel aux Français à consommer des produits de saison

Reste que si les bras sont là, une autre vraie crainte des exploitants est celle de l’absence de consommateurs. Beaucoup d’agriculteurs craignent en effet de ne pas pouvoir écouler leurs marchandises, après la fermeture des marchés. Ainsi, en début de semaine, les producteurs de fraises et d’asperges ont lancé un véritable cri d’alarme : en ces temps de confinement, les consommateurs délaissent ces produits printaniers. Jean Bélenguier, agriculteur provençal dans les Bouches-du-Rhône, explique ainsi à l'AFP : "La peur réelle est de devoir jeter des fraises. Le marché de gros en France et à l'étranger est quasiment inexistant depuis une semaine. On passe vraiment un appel aux gens d'acheter les produits français pour qu'on ne se retrouve pas à jeter". William Mourier, qui travaille dans un magasin de fruits et légumes, lui aussi dans les Bouches-du-Rhône, explique : "Les asperges et les fraises souffrent le plus. Ce sont des produits de fête, des produits du printemps, mais aujourd'hui avec ce qui se passe avec l'épidémie, les gens n'ont pas le cœur à ça".

La mobilisation se fait cependant, petit à petit, à tous les niveaux de la chaîne alimentaire. Depuis la fermeture des marchés, une partie de la grande distribution a annoncé se mobiliser pour écouler les stocks des producteurs locaux, et relaient des campagnes de communication pour appeler les Français à consommer des fruits et légumes de saison – et français.

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