Après le confinement, cette entreprise a pris une décision radicale. Elle nous explique

L'équipe de LiveMentor à Athènes.

RETOUR D'EXPÉRIENCE - Déjà rodée au télétravail, la start-up LiveMentor a décidé d'abandonner ses bureaux parisiens et de passer en tout télétravail. Elle opte pour des mini-bureaux en région et une semaine à l'étranger de temps en temps pour la cohésion des équipes.

Le confinement a été une rampe de lancement. Et les voilà prêts à décoller. Exit les bureaux ! Tous en télétravail ! Chez LiveMentor, une start-up parisienne qui propose un accompagnement pour les créateurs d’entreprise 100% en ligne, la crise du coronavirus a été l’occasion d’une remise à plat totale de l’organisation, d’un remaniement des priorités, notamment économiques. Et le prétexte à un nouveau départ. 

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Coronavirus : l'impact économique de la pandémie

"Le télétravail est dans nos pratiques depuis le début", explique à LCI Anaïs Pretot, directrice générale et co-fondatrice de cette société d’une cinquantaine d’employés, lancée il y a trois ans et demi. Leur activité : du coaching en ligne pour "des entrepreneurs qui ne sont pas à Paris, des femmes à domicile." Du dématérialisé pour les clients, mais aussi pour les salariés : Les développeurs étaient déjà totalement en télétravail et pour les autres, la flexibilité est de mise. 

"Une fois validée la période d’essai pour les plus jeunes, chacun peut se mettre en télétravail", détaille la directrice. "En moyenne, c'est un ou deux jours par semaine, avec des situations très variables : cela va d'une demi-journée par semaine à 15 jours tous les mois." Mais la société continuait de garder des bureaux à Paris, près du Père-Lachaise, dans lesquels les collaborateurs venaient quand ils le souhaitaient.

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Est-ce qu’on ne pourrait pas faire autre chose, qui ferait plus plaisir au staff ?- Anaïs Pretot, co-fondatrice de LiveMentor

Et, c'est pendant ces deux mois longuement maturés, que la décision a été prise, radicale : lâcher totalement les bureaux. Le projet était dans les cartons depuis un moment, mais la crise a été le coup d’envoi. "Différents éléments de réflexion ont été pris en compte", indique Anaïs. "D’abord, une anticipation économique. Tous les chefs d’entreprises sont en train de revoir leur feuille de route sur les prochaines années. Les bureaux nous coûtent 20.000 euros par mois et, après les salaires, c'est notre deuxième poste de dépenses. Des bureaux qui n'ont pas été utilisés depuis le mois de mars et qui ne le seront pas avant septembre, car nous ne voulons pas faire de réunions en présentiel avant." 

La jeune entrepreneuse raconte : " Nous nous sommes demandés : 'Est-ce qu’on en tire tant que cela de bénéfices ? ' C’est un investissement colossal pour nous. Est-ce qu’on ne pourrait pas faire autre chose, qui ferait plus plaisir au staff ?"

Un argument économique qui fait basculer

Argument économique sûrement, mais aussi adaptation aux besoins : "Avoir un bureau à soi, cela n’apporte pas vraiment grand-chose. Il faut avoir un espace qui correspond à ce qu’on veut y faire." Et louer des espaces de coworking quand il y a besoin, cela revient "cinq à six fois moins cher". D'autant que pour une jeune société, les locations de bureau sont hyper contraignantes : "Ce sont des baux de 3, 6 ou 9 ans, donc peu adaptés pour une entreprise qui grossit vite, et dont les besoins changent."

Les fondateurs ont pris la température auprès des salariés. "Il y a eu trois tendances", résume la directrice générale. "Une partie veut rester en télétravail total. Certains ont même décidé d’aller vivre en Afrique du Sud ou à la campagne pour éviter les transports ; une partie a toutefois émis le besoin d’être dans des endroits pour se retrouver de temps en temps, sans que cela ne soit forcément à Paris." Et c’est là que le plan prend forme : la société lâche ses bureaux parisiens, et va ouvrir des "hubs régionaux", des pôles où les salariés qui le souhaitent pourront se retrouver. "Pour l’instant, on a un point à Aix-en-Provence. Une vingtaine de salariés va s’installer là-bas, avec un mix de télétravail et de coworking, qui permettra de se retrouver pour faire des choses pour lesquelles il y a vraiment du sens à être ensemble. On va aussi garder un petit coworking à Paris, quelques places nécessaires quand on devra voir des partenaires… "

C’était tellement dans notre ADN qu’il n’y a eu aucun impact sur notre productivité- Anaïs Pretot, co-fondatrice de LiveMentor

Travailler sans bureaux, Livementor l’a déjà expérimenté, dans le passé. En attente de nouveaux locaux, l'entreprise avait décidé de délocaliser l'activité... "à Athènes, une ville pas trop chère en Airbnb", raconte Anaïs Pretot. "Nous avions loué trois appartements. Cela nous a permis de tester pendant un mois le fait d’être complètement déportés, avec des personnes restées à Paris, d’autres à Athènes, et d’autre encore chez elles. Il n’y a eu aucun impact sur notre productivité." Expérience un brin extrême, loin du séminaire d’entreprise au Bahamas, mais ultra stimulante pour les salariés, d’un moyenne d’âge d’une trentaine d’années. 

"Je pense que le Covid-19 a montré deux choses", analyse Anaïs Pretot. "La possibilité du télétravail, et le fait qu’on pouvait créer de la richesse ailleurs sur le territoire, en offrant un cadre de vie beaucoup plus sympa aux employés. Quand on voit que certains ont pu se retrouver confiné dans 10 m2 à Paris, on se dit qu’il y a d’autres options possibles. "

Qualité de vie et l'impact écologique

Anaïs parle de "re-régionalisation" mais aussi de l’impact des entreprises sur l'écologie, la qualité de vie des salariés et même les salaires."En tant qu’employeurs, je pense qu’on a une responsabilité", répète-t-elle. Les bouchons parisiens sont propices à la réflexion. "Quand je vois le matin la porte de la Chapelle... Je me dis qu'au moins 40% des personnes dans ces bouchons ne sont pas obligées de venir tous les jours au bureau. Autant de stress occasionné pour ceux qui n'ont pas le choix" comme les petits salaires, les soignants et autres métiers en première ligne.

Chez LiveMentor, tout va très vite.  Certains salariés ont déjà filé à Aix, d’autres sont en train de le faire. La nouvelle organisation semble bien lancée. "On attend d’avoir les trois pôles vraiment installés, et par la suite, il va falloir qu’on instaure une routine de moments pour se retrouver à certains endroits. Comme le staff sera partout, il faudra créer des moments concrets, par exemple quatre appartements dans une ville raisonnable en terme de budget, et ceux qui veulent venir viennent, et cela crée un superbe engouement. C’est plus efficace que tous les séminaires de teambuilding."

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