Baisse importante du chômage mais cela peut-il durer ?

DÉCRYPTAGE - Dans sa chronique "Les indispensables", Baptiste Morin s'est intéressé ce lundi 27 janvier 2020 aux chiffres du chômage de 2019.
Emploi

DÉCRYPTAGE - Le chômage a nettement baissé en 2019 en France, avec 120.700 demandeurs d'emploi sans activité en moins (-3,3%), la plus forte baisse depuis la crise de 2008, selon les chiffres publiés lundi par Pôle emploi. La baisse touche certaines régions plus que d’autres, les jeunes plus que les seniors, et les hommes plus que les femmes. Xavier Timbeau, directeur de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), nous explique pourquoi.

Les chiffres du chômage sont en baisse pour le 4e trimestre 2019, et c’est bon signe. Car cela confirme la tendance de l’année : l'embellie est bel et bien là. D’après les données publiées ce lundi par Pôle Emploi et la Dares, le chômage a nettement baissé en 2019 en France, avec 120.700 demandeurs d'emploi sans activité en moins (-3,3%). C’est la plus forte baisse depuis la crise de 2008, portée par les créations d'emplois.

Que recouvrent ces chiffres ? Quelles disparités cachent-ils ? Xavier Timbeau, directeur de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), les a scrutés avec nous et nous livre quelques enseignements. 

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Pourquoi les hommes plus que les femmes ?

Au quatrième trimestre 2019, les chiffres montrent que le nombre moyen de demandeurs d'emploi en catégorie A diminue plus chez les hommes (-1,9 %) que les femmes (-1, 4%). Comment expliquer cette différence ? "Ce décalage entre hommes et femmes est généralement dû à la structure de l’emploi", explique Xavier Timbeau. "Il faudrait regarder plus en détail, mais on sait qu’il y a un peu moins de destructions d’emplois dans l’industrie, qui recouvre plus souvent des emplois masculins. De la même façon, il y a beaucoup de créations d’emplois dans le bâtiment, qui est un secteur également plus masculin. Sans doute que les créations d’emplois dans les services - où il y a plus de femmes - sont moins dynamiques."

En revanche, l’économiste appelle à considérer les chiffres sur une année. "Et là, il n’y a pas de grande différence : sur un an, la baisse est de 3,2% pour les hommes et de 3,1% pour les femmes."

Pourquoi les jeunes plus que les seniors ?

Les jeunes sont davantage sortis du chômage que les plus de 50 ans. D’après les chiffres, en France métropolitaine pour ce 4e trimestre 2019, le nombre de chômeurs baisse ainsi de 2,2% chez les moins de 25 ans (- 1,4% sur un an) mais seulement de 0,9% chez les seniors (-2,1% sur un an). 

"Leurs problématiques sont différentes : d’abord, le taux de chômage des seniors est plus bas, et le problème est davantage de rester dans l’emploi", avance Xavier Timbeau. "Les jeunes, eux, commencent souvent par une période de chômage quand ils arrivent sur le marché du travail. Du coup, le taux de chômage des seniors est moins susceptible de baisser quand il y a des créations d’emplois : lorsqu'il y en a, ce sont les jeunes qui en profitent le plus."

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Réforme de l’assurance-chômage : fera-t-elle baisser le nombre de demandeurs d’emploi ?

Pourquoi certaines régions ont de meilleurs résultats ?

D’après les chiffres, au 4e trimestre 2019, le nombre moyen de chômeurs de catégorie A diminue dans toutes les régions de la France métropolitaine, sauf en Corse (+1, 6%). Cependant, dans le détail, des disparités existent : la région où le nombre de chômeurs baisse le plus est le Centre-Val de Loire (-3%), suivie du Grand Est (- 2, 4%) puis de Bourgogne-Franche-Comté et PACA (-2, 2%). "La baisse la plus forte du taux de chômage dans ces régions est un peu surprenante, car on pourrait s’attendre à ce qu’elle ait lieu davantage dans des zones dynamiques qui créent de l’emploi, comme les Pays de la Loire", explique Xavier Timbeau, qui invite à interpréter les chiffres avec précaution. 

"Il y a deux façons de faire réduire le chômage dans une région : c’est soit de créer des emplois, soit que les gens changent de région. Ces chiffres ne permettent donc pas de savoir si la baisse est liée à de la création d’emplois ou à des effets démographiques de gens partis travailler ou chercher ailleurs. D’autant qu’il y a aujourd’hui beaucoup de politiques pour faire bouger les gens, avec des primes de mobilité. Et ces mouvements ont aussi pour effet de faire moins de baisse de chômage dans les régions dynamiques, qui attirent."

Est-on dans une tendance de long terme ?

Cette baisse du chômage va-t-elle continuer ? Pour Xavier Timbeau, autant ces bons résultats sont dus à des effets conjoncturels - il y a plus d’emplois et donc les chômeurs en profitent, mais cela n’est pas vraiment dû à des mesures particulières -, autant il est possible de commencer à dire "qu'on  s’inscrit dans une baisse sur le long terme". "En effet, pour le chômage de catégorie A, B, C (c’est-à-dire avec des activités partielles), la baisse se produit depuis 2015 et est assez régulière", estime l’économiste. "Nous sommes tout de même dans une dynamique de réduction du chômage. Mais évidemment, si demain survient une crise et que la conjoncture se retourne, le chômage réaugmentera. Mais on peut tout de même considérer que nous sommes sur la bonne voie."

> Pour consulter le rapport de la Dares et de Pôle Emploi, c'est par ici

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