"Beaucoup de tristesse et de déception" : ces entreprises contraintes de mettre la clé sous la porte

"Beaucoup de tristesse et de déception" : ces entreprises contraintes de mettre la clé sous la porte
Emploi

FAILLITES - Le confinement a très souvent mis à mal la trésorerie des entreprises. Avec la crise économique qui se profile, beaucoup se posent la question de continuer ou non.

Alors oui, l’activité reprend. Mais souvent cahin-caha, contraintes sanitaires obligent. Les clients ne sont plus forcément autant au rendez-vous qu’avant, et après le confinement, beaucoup de chefs d’entreprise se retrouvent en grande difficulté économique. Les questions douloureuses se posent alors : faut-il emprunter pour relancer la machine, même sans savoir si le renouveau économique sera au rendez-vous ? Ou vaut-il mieux tout jeter, en rayant d'un trait de longues années de travail acharné ?

A Wattignies, dans le Nord, David Waxin, cofondateur d’un magasin d’ameublement et de décoration, a fait son choix : il renonce. Ses employés sont en train de préparer le départ : 300 mètres carré d’entrepôt à vider avant la fin du mois, des étagères à démonter, des meubles à évacuer… "C’est la fin", constate David Waxin, interrogé par TF1 dans le reportage en tête de cet article. "C’est quand même beaucoup de tristesse et de déception." 

"S’endetter pour combler la dette ne nous semblait pas logique"- David Waxin, fondateur d'un magasin d'ameublement

Mais les comptes sont là, plombés par la crise du coronavirus : 7.000 euros de charges à payer chaque mois sans aucune rentrée d’argent. Emprunter pour passer la crise, David n’a pas voulu. "S’endetter pour combler la dette ne nous semblait pas logique", raconte-t-il. Tout doit donc disparaître dans son entreprise. Pour ne pas trop jeter, il donne tout ce qu’il peut à une association. "Cela fait mal au cœur", dit un client. "C’est triste, comme pour toutes les entreprises qui vont devoir mettre la clé sous la porte à cause du Covid." 

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Mais à Pornic, en Loire-Atlantique, Benoit Monier fait le raisonnement inverse : il veut s'accrocher. Il y croit. Il est dirigeant d’un espace de loisirs qui a rouvert il y a quelques jours. Son complexe sportif est flambant neuf, sorti de terre il y a un an. C'est sans doute pour cela qu’il est prêt à s’endetter pour ne pas devoir mettre la clé sous la porte. Son entreprise a besoin de 60.000 euros pour passer la crise. Avec son associé, ils ont demandé un prêt garanti par l’Etat, mais la banque refuse pour l'heure de le leur accorder. 

"On ne perd pas espoir, on est là, on se bat, on est une entreprise jeune, dynamique, on est sportifs, on ne lâchera pas", raconte Benoit Monier. Ils peuvent compter sur le soutien de leurs clients, présents en nombre depuis l’ouverture. Mais sans le soutien de la banque, les prochaines semaines seront plus que compliquées : l’entreprise n’aurait pas le choix, elle devrait fermer.

Des modèles fragilisés

Car la crise a mis à mal beaucoup d’entreprises, des PME mais aussi des grands groupes, souvent mal en point avant la crise, que le coronavirus a emportées. Ainsi début juin, le fabricant et distributeur de chaussures JB Martin, 120 salariés, basé en Ile-et-Vilaine, a été placé en liquidation judiciaire. "C'est une page qui se tourne pour la chaussure à Fougères", a indiqué à l’AFP Yannick Desneux, délégué syndical CFDT. "On était malade avant le Covid, on avait des pertes importantes en 2019 mais le Covid ne nous a pas permis de faire remonter de la trésorerie rapidement." 

Plusieurs entreprises du secteur de la distribution, comme Camaïeu, La Halle ou Conforama, sont elles aussi d'ores et déjà en grande difficulté, avec des milliers d'emplois menacés, tandis que le constructeur automobile Renault prévoit de supprimer 15.000 emplois dont 4.600 en France, la crise ayant renforcé des difficultés préexistantes. Aux Etats-Unis, la faillite de grands groupes a aussi révélé la fragilité d’un modèle économique basé sur une financiarisation à l’extrême et un endettement massif. Ces dernières semaines, ce sont Hertz, numéro deux de la location de voitures aux Etats-Unis, JC Penney,  chaîne de grands magasins, ou encore Flybe, transporteur aérien, qui se sont déclarés en faillite.

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En France, après le plan d'urgence de plus de 100 milliards d'euros mis en place depuis le début de la crise, le gouvernement prépare désormais des plans de soutien spécifiques pour les secteurs les plus affectés. Mais si Bruno le Maire, le ministre de l’Economie, a indiqué que l’Etat prenait "toutes les mesures dans tous les secteurs", il a aussi déjà prévenu que des faillites et licenciements seraient inévitables malgré le soutien public.

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