"Un danger" : commerçants et députés partent en guerre contre "l'Amazonisation" de la France

Un entrepôt d'Amazon à Brétigny-sur-Orge.
Emploi

PETITION - Les commerçants de France, soutenus par des députés et des associations, se mobilisent contre l’implantation par les géants Amazon et Alibaba de nouveaux entrepôts en France. Selon eux, ils représentent une menace pour le commerce de proximité, déjà fragilisé par la crise du coronavirus, et les emplois qui en découlent.

Les commerces fermés, la vente en ligne a explosé. C’est l’un des effets du confinement sur la manière de consommer des Français, et par ricochet, sur l’équilibre précaire du commerce de proximité. Ce lundi, dans une tribune publiée dans Libération, intitulée "Quel commerce voulons-nous ?", la Confédération des commerçants de France, des députés, sénateurs et associations, lancent l'alerte pour sauver ce commerce de proximité, menacé, selon eux, par des géants contre Amazon ou Alibaba. Dans une pétition "Oui aux commerces de proximité, non aux entrepôts Amazon", ils appellent aussi à la prise de conscience des consommateurs.

En effet, expliquent-ils, la crise sanitaire du Covid-19 a eu des conséquences "dévastatrices" : 70% des commerces de proximité ont dû fermer pendant huit semaines. Parmi les grands gagnants : des vendeurs comme Amazon, "qui en tirait profit avec une hausse de 83 % de chiffre d’affaires supplémentaire en avril, en grande partie sur des produits non essentiels", mais aussi "2,5 millions de nouveaux clients en mars, une hausse de 71% du trafic." Et c’est contre cette multinationale, mais aussi son équivalent chinois Alibaba, qu'ils mettent en garde : "Amazon ne crée pas d’emplois il en détruit et met en danger des milliers de commerces !", assènent les signataires.

Un petit commerce, "garantie de qualité de vie et le lien social"

Le commerce de proximité -fleuristes, marchés, métiers de bouche...- représente environ 600.000 entreprises, 20% du PIB, soit 1,2 million de salariés et 3 millions d’actifs. Il s’agit d’emplois non délocalisables dont le tissu est composé à 95% de très petites entreprises, principalement situées en centre-ville. Elles participent, rappellent les signataires, à "la qualité de vie" et "au lien social dans nos villes et villages." 

Un commerce qui, depuis déjà quelques décennies, se désagrège à la suite du développement intensif des zones périphériques au travers des hypermarchés, des grands centres commerciaux ou des centres de marques. Les deux mois de confinement ont été un coup dur de plus. Et c'est peu dire que la stratégie "d’expansion rapide et massive d’Amazon" et d'Alibaba inquiète : huit à onze projets de plateformes logistiques  sont sur les rails. "Une situation d’autant plus inacceptable que ces projets sont menés en toute opacité. Le nom d’Amazon n’est transmis aux habitants et aux commerçants qu’à la fin de la procédure de concertation et souvent lorsque les délais de recours juridiques arrivent à terme", affirme le texte.

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Les grands projets d'expansion des plateformes

Pour rappel, l’ancien secrétaire d’Etat au Numérique, le député Mounir Mahjoubi, avait déjà alerté l'an passé sur la destruction d’emploi locaux provoqués par Amazon, dans une étude intitulée "Amazon, vers l'infini et Pôle emploi !". Il avait ainsi estimé que depuis 2007, l’année de la première implantation d’Amazon en France, plus de 6.500 emplois avaient été détruits et que 1.900 établissements avaient fermé leurs portes dans le seul secteur de la mode. Sur cette base, les signataires de la tribune ont fait leurs calculs : "Un doublement de sa surface de stockage et de son activité pourrait donc porter ces destructions à plus de 15.000 emplois".

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Outre la destruction d’emplois, les détracteurs d’Amazon jugent que la multinationale est "destructrice pour la ruralité, le lien social et la vitalité des bourgs", mais aussi qu’elle est "totalement contraire à l’urgence écologique", en organisant la vente massive de produits importés, ou encore "qu’elle échappe aux règles fiscales du territoire français".  "Nous ne voulons pas que la France ressemble aux USA où l'e-commerce a détruit 270.000 emplois en 10 ans. Nous voulons au contraire que l’art de vivre à la française perdure, et continue de permettre les échanges de proximité et les relations humaines de qualité au quotidien" martèle la pétition, qui avait recueilli 70.000 signatures à la mi-journée. 

Les signataires, qui comptent des figures politiques connues comme Delhpine Batho, députée et ancienne ministre de l’Ecologie, ou encore David Belliard, président des écologistes au Conseil de Paris, Yannick Jadot, député européen, Matthieu Orphelin, député du Maine-et-Loire, demandent donc au gouvernement l’adoption d’un moratoire sur les projets d’entrepôts et méga-centres de tri du e-commerce.

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