Sommes-nous prêts à réserver pour boire un verre, faire la queue pour déjeuner en terrasse ?

Sommes-nous prêts à réserver pour boire un verre, faire la queue pour déjeuner en terrasse ?
Emploi

NOUVEAU MONDE - Les restaurants et bars peuvent rouvrir à partir du 2 juin, mais en région parisienne, l'autorisation est limitée aux terrasses. Les consignes s'annoncent drastiques. Les clients vont-ils suivre ?

"Mardi à midi, ça va être Carpaccio au Stand, près de Montparnasse, avec mes copines. Et le soir on ira vers Strasbourg-Saint-Denis, là où sont les bars qu’on a l’habitude d’écumer." Gabrielle est Parisienne, elle a 22 ans. Elle a suivi le discours d’Edouard Philippe jeudi, pour une chose : savoir quand rouvraient les cafés et bars. Elle a hurlé de joie. "J’ai tellement envie de ce moment…  passer une heure, deux heures, une petite bouteille, refaire le monde avec les copines…. Moi, les bars et les terrasses, c’est 60% de ma vie", dit-elle en rigolant. 

Evidemment, pendant la période de confinement, elle a trouvé des pis-aller. Des apéros sur les pelouses du Trocadéro, chez les amis. Mais rien ne remplace pour elle les terrasses. "C’est un petit luxe : on n’a rien à faire. On peut prendre un mojito, puis une bière, et suivre avec un spritz ! Et puis avec ce temps, c'est quand même formidable !", dit-elle, en rigolant, pointant un autre "énorme avantage" : "c'est qu’il y a des toilettes !" D'ailleurs, elle se questionne : "Mais d'ailleurs... Ce sera ouvert les toilettes ?" 

Clarisse, la quarantaine, pourtant bonne pratiquante de terrasse alcoolisées, est plus modérée dans ses attentes : "Cela va être tellement pris d’assaut", dit-elle. "Déjà en temps normal trouver une place en terrasse c’est compliqué, mais là ça va devenir surréaliste. Je ne suis pas prête à faire la queue pour boire un verre, ça va tuer ces petits plaisirs qu'on pouvait se faire sous le coup de l'impulsion."  Gabrielle l'optimiste, Clarisse la prudente persuadée que ce nouveau monde sera loin de ressembler au premier... Mardi 2 juin et les jours d'après, que va-t-il se passer ?

Les clients vont-ils vraiment revenir ?

Les bars et restaurants rouvrent, c’est un fait. Mais comment vont réagir les consommateurs ? Seront-ils présents ?  Divers sondages l’ont montré ces derniers jours, les Français ont envie de retourner au restaurant, dans les bars. Ils sont attachés à ces établissements, à l’art de vivre que cela représente. Un sondage OpinionWay pour Serig, indique que 84% d’entre eux comptent fréquenter de nouveau les cafés, bars et restaurants. 13% des sondés comptent même rattraper le temps perdu en fréquentant ces lieux de vie plus souvent qu’avant. Dans les starting-blocs, ce sont tout particulièrement les 18-24 ans, les CSP+, les hommes et les Franciliens . Et, très souvent, un des motifs avancés est celui de soutenir économiquement le secteur.

La bonne volonté est là. Toutefois, les mêmes études tempèrent un peu cet engouement. Car tout cela ne ressemblera pas pour autant à la vie d’avant. "Les clients sortiront moins souvent, et même si pour l’instant, ils ne projettent de baisser le nombre de repas pris en salle que de 12%, ce recul finalement modéré peut-être sous-estimé par un public qui, une fois les réouvertures réalisées, limitera peut être davantage que prévu sa fréquentation qu’il ne l’imagine", indique ainsi la revue stratégie Food service & Covid 19 de Foodservice Vision. Car les Français prévoient aussi de modifier leurs habitudes concernant ces établissements. Même si 42% des consommateurs comptent reprendre les habitudes d’avant, une personne sur quatre attendra quelque temps avant de retourner dans ce type d’endroit, selon une étude menée par CHD expert, 

Lire aussi

Ces nouvelles mesures, éloignent encore de nous la possibilité de faire la fête- David Zenouda, représentant de la branche des cafés et brasseries à l'Umih

Et c’est un peu ce que craint David Zenouda, représentant de l’Umih (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie) pour les cafés et brasseries. Il a lui-même plusieurs établissements à Paris, qui représentent tous les cas de figure. Des bars de nuit comme le Next, rue Tiquetonne (2e), sans terrasse ; un bar à vin et tapas juste en face, avec une petite terrasse. Ou encore le Café A, établissement dont l’énorme attrait est une splendide terrasse près de la gare de l’Est, d’une contenance de 280 places.  

"Je suis à la fois satisfait que ça reparte – pour le moral c’était important que l’activité reprenne, mais aussi très déçu", souligne-t-il. "Car ces nouvelles mesures, éloignent encore de nous la possibilité de faire la fête. C’est comme si on nous disait qu’on était champions du monde, mais qu’on ne pouvait le fêter que dans un mois ! Cela génère une énorme frustration". Il pense à la fête de la Musique, aux bars de nuit et discothèques qui ne peuvent rouvrir tout de suite.

On ne le fait pas pour des raisons économiques, mais pour retrouver le moral- David Zenouda, représentant de la branche des cafés et brasseries à l'Umih

S’il voit surtout le volet restrictions, c’est que depuis ce vendredi matin, David Zenouda se penche sur des "détails" qui vont avoir leur importance. "S’il pleut, toute l’activité s’effondre. Faute de pouvoir se rabattre à l'intérieur, les gens vont partir en courant, on va se retrouver avec des impayés...  Et les toilettes ? On nous dit de ne pas utiliser les espaces clos, mais qu'est-ce qu'on fait pour les toilettes ? On nous parle de bon sens, mais parfois, on frôle le ridicule." 

Dans son plus grand établissement, David Zenouda prévoit de "limiter de moitié la capacité d’accueil et de privilégier les clients qui veulent dîner, sans doute en favorisant les réservations."  Il gardera un petit espace pour les personnes qui veulent juste boire un verre, et qui devront sans doute faire la queue pour cela. Il espère cependant que, une fois que tout sera lancé, les règles s'assoupliront. 

Pour les plus petits, deux établissements de type bar à vin, en face du théâtre Saint-Martin, l’option retenue est de s’étaler sur la rue ou les trottoirs, une mesure provisoirement favorisée par la Mairie de Paris. "Ça va générer d’autres soucis, comme les nuisances sonores pour les voisins… ", souffle l'entrepreneur.  

Toute l'info sur

Coronavirus : l'impact économique de la pandémie

"On s’attend à un raz- de-marée" : comment Pôle emploi peut faire face à la vague de chômeurs ?

Beaucoup de sueur, donc, pour rouvrir. Mais David Zenouda y tient. "Sincèrement, on ne le fait pas pour des raisons économiques, car ce ne sera pas forcément rentable", dit-il. "On le fait pour retrouver le moral. Que nos clients soient contents de venir". Alors oui, dans ce nouveau monde déconfiné, il faudra peut-être, maintenant, réserver. Faire la queue. Boire un verre au débotté sera peut-être compliqué. Mais le patron croit aux nouveaux comportements. "Les gens me surprennent, quand je vois les files d’attentes pour Ikea ou Zara... !"

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent