Chômage partiel : la grande distribution a-t-elle le droit d‘y recourir dans de telles proportions ?

Chômage partiel : la grande distribution a-t-elle le droit d‘y recourir dans de telles proportions ?

INFLATION - Alors qu'elles semblent avoir peu ou pas souffert de la crise sanitaire, les enseignes de la distribution feraient aujourd'hui un usage massif du chômage partiel. Les syndicats s'insurgent, l'exécutif, lui, se dit vigilant.

Depuis le premier confinement du printemps, toutes les entreprises de France ont accès à des mesures de soutien économique, chômage partiel en tête, pour compenser la baisse d'activité causée par la pandémie. C'est le cas pour l'essentiel des entreprises dont l'activité s'est arrêtée, ou a été durablement affectée par le confinement, et par l'urgence sanitaire. Mais ça l'est aussi pour de grandes entreprises, à l'activité pourtant essentielle, restées ouvertes, et qui en font un usage dont les chiffres donnent un peu le vertige. 

L'exemple le plus voyant, c'est celui de la grande distribution. Pour les super et hypermarchés, ce confinement n'est pas une copie du premier : il leur est aujourd'hui interdit d'ouvrir les rayons de produits jugés non-essentiels, et l'impact en est sûrement mesurable. Difficile pour autant de les juger en mauvaise santé. Chez Carrefour par exemple, on affichait au premier semestre un bénéfice de 1,25 milliard d'euros, en hausse de 162 millions d'euros par rapport à 2019. Si les temps sont compliqués, difficile d'estimer l'entreprise en difficulté.

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82% des salariés de Carrefour au chômage partiel

Car si le chômage partiel vient amortir les effets d'une baisse d'activité, ici la règle de trois semble ne pas tomber juste. En France, la grande distribution emploie plus de 660.000 salariés. De grandes surfaces qui considèrent généralement que les rayons non-alimentaires (habillement, loisir, ameublement, électronique…) dont la très grande majorité sont considérés comme non-essentiels, représentent en moyenne entre 15 et 20% de l'activité des grandes surfaces. Un calcul qui se vérifie aujourd'hui : selon le président d'Intermarché/Netto, Thierry Cotillard, le reconfinement et l'interdiction de vendre ces produits ont entraîné une baisse d'activité de 15% environ et de 20% de la fréquentation dans les enseignes du groupe.

Comment expliquer alors que, chez Carrefour par exemple, le chômage partiel concerne aujourd'hui 78.000 personnes, soit 82% des 95.000 salariés du groupe en France ? Certes, ce chômage n'est sollicité que pour une partie du temps de travail des employés concernés, mais il semble au global aller plus loin que les seules pertes mécaniques dues à la fermeture des rayons non-essentiels. D'autant que le recours au chômage partiel semble concerner aussi les magasins de proximité, dont les ventes sont pourtant peu touchées par le confinement.

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La CGT des hypermarchés Carrefour s'était insurgée vendredi contre le recours au chômage partiel dans les magasins du groupe, estimant que la direction voulait "profiter de l'aubaine financière pour réaliser des économies substantielles sur le dos des contribuables". Dans le détail, les situations varient. "Certains sont à 50% notamment au textile, la majorité à 10%", détaille Patrice Auvinet, délégué CGT dans un Carrefour d'Angers, qui conteste "l'utilisation des subventions et impôts pour pallier la baisse de chiffre d'affaires" après "des résultats très bons en début d'année quand on était les seuls ouverts pendant le premier confinement". Surtout, lui rappelle que la fermeture des rayons non-essentiels est aussi amortie par le click&collect, voire par des procédés directement gérés en magasin. "On continue de vendre des jouets aux clients qui le demandent", explique-t-il, "le client nous dit ce qu'il veut, on va chercher le produit et on l'apporte à l'accueil."

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La Chronique éco : trop de chômage partiel dans la grande distribution ?

À la CFDT, Laurent Berger dit comprendre que la grande distribution use du chômage partiel, mais s'inquiète des ricochets possibles d'une utilisation si massive. Ces mesures ont "un coût pour les finances publiques" et sont "l'illustration d'une dépense dont on aurait pu s'exonérer", explique le leader syndical, qui craint à l'avenir un effet boomerang qui verrait par exemple le gouvernement imposer des restrictions sur l'assurance chômage pour faire des économies. Des restrictions qui viendraient frapper des entreprises qui elles ont un besoin vital du soutien de l'état. "Je dis attention, il y avait peut-être moyen, en tout cas sur certains magasins, de faire autrement", a-t-il expliqué. 

Pour sa part, la ministre du Travail Élisabeth Borne a rappelé dimanche que le secteur avait bien droit à ce dispositif, puisqu'il est confronté à l'arrêt d'une partie de ses activités, et qu'elle préférait "que les salariés soient en activité partielle plutôt que licenciés". Pour autant, a souligné la ministre, le gouvernement "vérifiera que les demandes présentées sont justifiées", de manière à ce que la grande distribution obtienne "ce qui est légitime, et pas plus".

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