Faire travailler plus les Français après le confinement ? La mise au point de Bruno Le Maire

Faire travailler plus les Français après le confinement ? La mise au point de Bruno Le Maire
Emploi

DÉBAT - Le ministre de l’Economie, invité de Franceinfo ce jeudi matin, a évoqué la reprise et la crise économique qui se profile. Mais il a exclu l’hypothèse de faire travailler davantage les Français à l'issue du confinement.

Non, travailler davantage ne sera pas la solution. En quelques mots ce matin, le ministre de l'Economie a clos un débat ouvert depuis quelques jours par certains politiques et dirigeants, évoquant cette piste de devoir "travailler plus" pour sortir de la crise. Après le 11 mai va se mettre en place une reprise de l’activité dont Bruno Le Maire, invité jeudi matin sur Franceinfo, a exploré les enjeux. Comment relancer l’activité économique ? Faire revenir la croissance ? 

Depuis quelques semaines, politiques et dirigeants ouvrent ainsi le débat sur le fait de faire travailler davantage les Français. Une hypothèse qu’a tout de suite exclue Bruno Le Maire. "Si je peux me permettre, ce n’est pas le problème qui va se poser", a-t-il dit. "Il faut être lucide. Le problème qui va se poser est le risque de voir demain des commerces qui tournent à moitié, et se dire 'qu’est-ce que je fais de mes serveurs ?', des industries qui vont tourner à 70% de leur régime", parce qu’il y a moins de demandes ou parce que les conditions sanitaires ne permettent d’ouvrir qu’une ligne de production sur deux, "et se dire qu’est-ce que je veux pour mes ouvriers ?'" "Il est bon de se poser les bonnes questions", a poursuivi le'hôte de Bercy. "Comment je maintiens l’emploi ? Comment je fais travailler toute la main d’œuvre ? C’est ça la bonne question !"

Car sur l’avenir, si le ministre veut faire repartir la machine, c'est en "garantissant une croissance durable" : "La relance doit être verte, respectueuse de l’environnement, et l’idée n’est pas de faire travailler plus les Français, mais que tous les Français doivent travailler", a-t-il répété. "Le jeune qui va arriver demain sur monde du travail, ce monde du travail qui aura changé, ne croyez-vous pas que ses parents sont inquiets ? Il faut garder son sang-froid et bien voir que le problème n’est pas de faire travailler plus les Français, mais bien trouver un travail pour chacun. C’est ça le problème. "

Il faudra accepter de se retrousser les manches pour pouvoir gagner plus, travailler plus- Bruno Retailleau sur France inter

Une manière de fermer le débat relancé ces derniers jours par Bruno Retailleau, le chef de file des sénateurs LR. "La France va avoir le choix entre le relèvement et l'affaissement", a-t-il estimé sur France Inter mercredi. "Je ne connais pas dans l'Histoire de cas où on puisse traverser une épreuve et s'en relever sans un surcroît d'effort". Et ce surcroît d’efforts, devrait, dans la tête du sénateur, être porté en partie par les travailleurs, notamment en augmentant le temps de travail hebdomadaire. 

"Il faudra accepter de se retrousser les manches pour pouvoir gagner plus, travailler plus", a ainsi assumé le sénateur, pour qui il faut "sortir du mensonge asséné aux Français depuis des années, en leur faisant croire qu’en travaillant toujours moins, on pouvait garder des services publics de très grande qualité, et qu’on pouvait améliorer son niveau de vie. Je pense que la durée hebdomadaire n’est plus le bon pas de temps pour le temps de travail, et que pendant une année il faudra accepter de travailler jusqu’à 37 heures par semaine, aux alentours de 1.700 heures à l’année, avec un quota d’heures supplémentaires autour de 300 heures."

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Le Medef avait mis les pieds dans le plat

Mi-avril, le Medef avait déjà lancé le débat, vite refermé face à l'hostilité des syndicats et de la gauche. Dans un entretien au journal Le Figaro, le patron des patrons, Geoffrey Roux de Bézieux avait jugé qu'"il (faudrait) bien se poser tôt ou tard la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise économique et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire". Car "l'important, c'est de remettre la machine économique en marche et de reproduire de la richesse en masse, pour tenter d'effacer, dès 2021, les pertes de croissance de 2020", indiquait le patron. 

"Cette proposition de travailler plus, c'est totalement indécent", s'était indigné dimanche sur France 2 le numéro 1 de la CFDT Laurent Berger, tandis que plusieurs syndicats ont critiqué une initiative "déplacée". Devant la bronca, Geoffrey Roux de Bézieux avait réagi sur Europe 1, estimant qu’une augmentation du temps de travail "ne peut se faire que dans le dialogue social avec les syndicats, par entreprise : j'ai lu leur réponse, donc le débat est clos d'une certaine manière, puisqu'ils ont tous répondu plus ou moins fortement qu'il n'en était pas question". Mais ne perdant pas le fil : "On peut espérer qu'après l'été ou en septembre, des entreprises auront du retard de production à rattraper", avait-il poursuivi. "Et l'idée était de travailler plus pour gagner plus, pas de travailler plus pour gagner moins, comme je l'ai lu", avait-il ajouté, espérant trouver "quand même un espace de discussion à la rentrée" avec les syndicats.

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Ce mercredi, lors d'une audition devant la mission d'information Covid-19 à l'Assemblée nationale, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a de son côté expliqué qu'il n'y avait pas "eu besoin", "pour l'instant", de déroger à la durée du travail jusqu'à 60 heures hebdomadaires, comme le permet une ordonnance prise fin mars. Même les secteurs les plus chargés (santé, médico-social, agroalimentaire) arrivent selon elle à fonctionner sans cela. 

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