Coronavirus : "Nous assistons à la pire crise de toute l'histoire du tourisme"

Coronavirus : "Nous assistons à la pire crise de toute l'histoire du tourisme"

VACANCES - Confronté à la pire crise de son histoire, le secteur du tourisme se prépare à une saison estivale sous haute tension. Une filière aux abois avec des pertes estimées à 40 milliards d'euros en trois mois dans l'Hexagone.

L'été 2020 ne sera pas une saison touristique comme les autres, à la fois pour les vacanciers et les professionnels de ce secteur d’activité. Dans le top 5 des destinations touristiques mondiales, la France est de fait particulièrement exposée. "Nous assistons à la pire crise économique de toute l'histoire du tourisme", s'inquiète Didier Arino, directeur de ProTourisme, un cabinet d'étude spécialisé dans le tourisme. Du jour au lendemain, toute l'activité touristique mondiale a été interrompue, du jamais-vu. "Pour une entreprise comme le Club Med, qui a pourtant réparti les risques en s'implantant sur presque tous les continents, tous les villages ont dû fermer leurs portes durant plusieurs semaines. Le premier vient à peine d'ouvrir ses portes en Chine. Vous imaginez ?", alerte ce spécialiste.

Poids lourd de l'économie française, l'activité touristique est le premier créateur de richesse du pays, représentant 7% du PIB à l’échelle nationale, bien plus dans certains territoires. Le secteur touristique génère ainsi pour tous nos territoires près de 170 milliards d'euros chaque année de recettes touristiques, dont la moitié pendant le printemps et l'été. A cause de la pandémie, les pertes pourraient se chiffrer à 40 milliards d'euros sur trois mois, selon de premières estimations. Et les conséquences pour l'emploi risquent d'être dramatiques. "Le tourisme en France, c’est 2 millions d’emplois, en comptant les saisonniers. Et si l’on tient compte des emplois indirects, les commerces, les restaurants, les artisans, les producteurs etc., on peut aisément multiplier par deux ce nombre. Le tourisme est le seul secteur qui crée un emploi pour 80.000 euros de chiffre d’affaires. Si l’arrêt de l’activité se poursuit, on risque a minima d’avoir un million de chômeurs de plus", prévient Didier Arino.

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Coronavirus : l'impact économique de la pandémie

Rien que juillet-août, c’est 50 milliards d’euros de recettes touristiques à l'échelle nationale.- Didier Arino, directeur de Pro Tourisme.

Avant la pandémie, la saison touristique s'annonçait pourtant sous les meilleurs hospices. "Avant l'instauration du confinement, les réservations pour juillet-août étaient en hausse de 7% par rapport à l’an dernier. Au cours des dernières semaines, les professionnels du secteur réalisent en moyenne 5% des réservations qu’ils font habituellement. Avec toutes ces incertitudes, les gens attendent avant de réserver. Un grand groupe comme Accor, qui a 2 milliards d’euros de trésorerie et qui bénéficie du chômage partiel, va être en mesure d’encaisser le choc. Mais les petites entreprises, quant à elles, ne s'en relèveront pas", assure cet expert. "Si on leur permet de partir en vacances, les gens partiront. En France, 22 millions de personnes ne partent en vacances que l'été. Mais il ne faut pas tarder à donner les règles aux professionnels du tourisme, pour qu’ils s’organisent. Et il faudrait a minima que la saison puisse débuter le 15 juin, pour éviter une catastrophe économique", estime-t-il.

Les professionnels du secteur anticipent une baisse de l’activité touristique sur la période printemps-été qui sera d’au moins 40%. "Ce ne sera pas une saison touristique normale, c’est une évidence. Mais il vaut mieux avoir 60% d’activité que rien du tout, soutient Didier Arino. Rien que juillet-août, pour se faire une idée, c’est 50 milliards d’euros de recettes touristiques à l'échelle nationale". Avec l'arrêt de l'activité touristique, c'est aussi le tissu économique local qui est touché de plein fouet. A entendre ce spécialiste, il en va aussi de la survie de bon nombre de commerces dans les territoires ruraux. "Dans l'Aveyron ou en Ardèche, les commerces dépendent très largement du tourisme. Sans ce complément, le maintien de leur activité est directement menacée. Et avec elle, la survie à terme de bon nombre de vallées et de stations balnéaires", estime Didier Arino. 

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Des mesures pour sauver la filière

Lors de sa conférence de presse dimanche 19 avril, le Premier ministre a néanmoins appelé à la prudence. "Je crains qu'il ne soit pas raisonnable d'imaginer voyager loin à l'étranger très vite", a-t-il dit. Edouard Philippe estime que le transport aérien ne pourra pas "reprendre dans de bonnes conditions rapidement". En outre, "les conditions d'entrée ou de ré-entrée sur le territoire national" seront probablement "assez exigeantes vis-à-vis de ceux qui arrivent de l'étranger", a-t-il souligné. A ce stade, aucune date précise n'a été donnée sur la reprise d'activité du secteur touristique. 

Plusieurs mesures ont déjà été prises par l'exécutif pour aider le secteur à surmonter cette crise. Pour les voyages annulés durant la pandémie, le remboursement des activités touristiques se fait désormais sous forme d'avoirs et pour une période 18 mois. Une mesure destinée à éviter la disparition brutale d'agences de voyage, qui devraient sinon rembourser les voyages réservés avant la crise. A court terme, certaines entreprises pourront également bénéficier d'annulations de charges, comme l'a annoncé le chef de l'Etat, dans le cadre d'un plan de soutien spécifique au secteur. Le chef du gouvernement tiendra début mai un comité interministériel dédié au secteur, où seront examinées des mesures indispensables pour faciliter la reprise dans le courant de l'été. Il s'agira notamment de financer "en matière de normes sanitaires dans un certain nombre de sites" a-t-il détaillé. 

Des propositions seront formulées par le comité de filière tourisme, qui se réunira le 28 avril. Le tourisme s'est vu jusqu'à présent attribuer 1,26 milliard d'euros de prêts garantis par l'Etat via la Banque publique d'investissement (Bpifrance), soit "11,45%" des 11 milliards d'euros accordés au total. Selon l'exécutif, 27.000 entreprises du tourisme ont obtenu un accord formel pour un montant total de 2,4 milliards d'euros, et des dossiers équivalent à 1,1 milliard d'euros sont en cours d'instruction. Emmanuel Macron doit s'entretenir jeudi matin avec les acteurs du tourisme et de l'hôtellerie.

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Vers un tourisme franco-français

En dépit du manque de visibilité pour le secteur du tourisme, celui-ci se prépare néanmoins doucement à une reprise d'activité pour l'été prochain, qui nécessitera évidemment une adaptation, en particulier au plan sanitaire. "Certains établissements feront sans doute le choix de ne pas ouvrir cet été, en raison des normes sanitaire qui vont être annoncées par le gouvernement, car cela coûterait plus cher que de rester fermer", prévient Didier Arino. Ceux qui partiront devraient rester dans l'Hexagone et peut-être même privilégier la voiture pour se déplacer. 

Les hôtels et lieux touristiques nationaux pourraient de ce fait capter cette saison une grande partie des neuf millions de Français qui passent habituellement leurs vacances d'été à l'étranger. Le secrétaire d'Etat a ainsi appelé mardi à faire de la destination France "la destination prioritaire des Français". Toutefois, il semble difficile de compenser les dix-sept millions de touristes étrangers qui se rendent en France habituellement à cette période de l'année.

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Un marasme à l'échelle mondiale

La crise de l'activité touristique est mondiale. Et aucun pays n'est épargné. Un véritable tsunami pour l'économie mondiale, quand on sait qu'un emploi sur dix en dépend dans le monde et que le secteur génère à lui seul plus de 7.860 milliards d’euros de chiffre d’affaires, selon les chiffres du cabinet World Travel & Tourism Council. Soit 10,4 % du produit intérieur brut (PIB), à l'échelle mondiale. De même, nombre d’économies dépendent des flots de touristes. A eux seuls, les 200 millions de touristes chinois généreraient pas moins de 277 milliards de dollars (250 milliards d’euros) dépensés par an, selon l’organisation mondiale du tourisme UNWTO.

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