Dans deux régions test, les chômeurs vont devoir tenir un "journal de bord" à partir de vendredi

Emploi

EXPLICATIONS - Deux régions vont expérimenter, à partir du 1er novembre, un "journal de la recherche d'emploi", une sorte de "journal de bord" numérique tenu par les chômeurs. L'idée avancée : les accompagner au plus près. Mais les syndicats craignent que ce ne soit un outil de contrôle de l'intensité de la recherche d'emploi.

Imaginez… Un carnet, un crayon, et un peu d’introspection. Inspiré, vous racontez, sur le papier, votre vie de chômeur. Vos démarches. Vos problèmes. Vos cas de conscience… Et si bientôt, tous les chômeurs tenaient un journal de bord retraçant leurs aventures quotidiennes ? 

Une expérimentation allant (presque) dans ce sens va être lancée dans deux régions, en Bourgogne-Franche-Comté et Centre-Val-de-Loire. Selon l’arrêté publié au Journal officiel mercredi, elle se déploie d’abord, à partir du 1er novembre, en  Indre et Haute-Saône, puis, à compter du 1er janvier 2020 en Indre-et-Loire, Eure-et-Loir, Doubs, Nièvre, Territoire de Belfort et Jura, et enfin, à partir du 1er février 2020 dans le Cher, Loiret, Loir-et-Cher, Côte-d'Or, Yonne et Saône-et-Loire.

Evidemment, la démarche est bien moins romantique que l’intitulé ne peut le laisser entendre. Oubliez le journal de bord du grand navigateur, ou du carnet intime, il s’agit en fait d’un "journal de la recherche d’emploi", qui sera numérique. Chaque mois, à l'occasion de la mise à jour de leur situation, les chômeurs devront renseigner leurs actes de recherche d’emploi, ou "tout ce qui est relatif aux actions engagées et réalisées en matière de formation, de préparation et de recherche d'emploi ou de création, de reprise et de développement d'entreprise", précise le décret de mise en application voté en juillet 2019.

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La mesure, votée en septembre 2018 dans le cadre de la loi "Avenir professionnel", avait alors suscité des inquiétudes, notamment des syndicats, qui y voyaient un nouvel outil de contrôle des chômeurs. Côté politique, Jean-Luc Mélenchon avait dénoncé  en juin 2018 le caractère infantilisant de la mesure : "Voilà le chômeur équipé d'un petit carnet, comme un enfant à l'école", avait critiqué le député de La France insoumise en séance à l'Assemblée. "On va vérifier dans le carnet s'il a bien fait son travail, s'il a bien téléphoné, répondu aux mails qu'il ne peut d'ailleurs plus recevoir parce qu'il n'a plus d'abonnement !". Il y voyait la résurrection d'un "livret ouvrier", ce document obligatoire qui permettait aux autorités, au XIXe siècle, de suivre la main d'oeuvre dans tous ses déplacements. 

Une critique rejetée en bloc à l’époque par la ministre du Travail Muriel Pénicaud : "D'abord, ce n'est pas un carnet", avait-elle répondu sur LCI. "Cette expérimentation est venue des conseillers de Pôle Emploi, qui affirmaient qu'ils perdaient beaucoup de temps à prendre connaissance de la situation du demandeur". Avec ce journal de bord faisait-elle valoir, "au début de l'entretien, ils sauront déjà où l'on en est. Ce sera du temps gagné pour affiner la stratégie. C'est pour pouvoir aller plus vite". Lors de ses vœux à la presse en 2019, le directeur général de Pôle emploi, Jean Bassères, avait réaffirmé que ce "journal de bord" n’était "pas un élément de contrôle". "Si on le réussit, vous aurez une qualité de dialogue entre un conseiller Pôle emploi et les demandeurs d'emploi en face de lui qui sera largement améliorée", disait-il, avançant aussi que cela permettrait de "repérer le découragement ou les personnes qui cherchent tous azimuts sans méthode".

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Le texte de la convention 2019-2022 de Pôle Emploi, récemment approuvée par son conseil d'administration, indique que ce journal permettra à Pôle emploi "de mieux détecter l'évolution de la situation et des besoins des demandeurs d'emploi, afin d'y répondre plus rapidement et plus efficacement, avec l'appui de solutions d'intelligence artificielle". Il précise encore que "ce journal est utilisé à des fins d'accompagnement des demandeurs d'emploi : il n'est pas un outil de contrôle de l'intensité de la recherche d'emploi". Les demandeurs d'emploi pourront "bénéficier d'un accompagnement en agence et par téléphone" pour remplir ce "journal".

Reste que le texte de loi précise très clairement que "le maintien de l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi est subordonné" à la mise à jour de ce journal de bord. Pas le choix, donc. L'expérimentation est prévue pour durer 18 mois. Charge ensuite au gouvernement d'évaluer le dispositif. Selon le texte du décret, l'évaluation portera notamment sur "les effets de l'obligation de renseignement complémentaire sur l'accompagnement des demandeurs d'emploi, leur retour à l'emploi, la détection et la prévention du décrochage dans la recherche d'emploi, et sur la liste des demandeurs d'emploi".

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