Entreprises : vers des protocoles sanitaires plus légers pour faire revenir les salariés ?

Entreprises : vers des protocoles sanitaires plus légers pour faire revenir les salariés ?
Emploi

FOCUS - Depuis plusieurs jours, le monde économique demande un protocole de déconfinement allégé dans les entreprises. Dimanche soir, Emmanuel Macron n'a pas abordé le sujet dans son allocution. Mais ce lundi, des ouvertures semblent en cours.

Cette "nouvelle étape va permettre d’accélérer la reprise." Emmanuel Macron l’a martelé dimanche soir : il veut passer à la vitesse supérieure. Reprise totale des écoles, réouverture complète des bars et restaurants, mais aussi… des entreprises. Là aussi, le chef de l’Etat a appelé, dans un contexte économique difficile, à la mobilisation. Sauf que, pour le détail, les entreprises sont restées sur leur faim. Quelle reprise d’activité peut-il y avoir avec les gestes barrières existants et les mesures sanitaires en place ? Si, pour le cas de l'école, rendue obligatoire, le ministre Jean-Michel Blanquer a expliqué lundi que les règles sanitaires allaient être assouplies, dans le monde de l'entreprise, tout reste plus flou.

Le ministère du Travail a laissé entendre, lundi, que des discussions allaient être entamées avec les autorités sanitaires et les partenaires sociaux pour proposer dans les prochains jours un allègement du protocole de déconfinement.

Une jauge contraignante

En effet, en donnant le coup d'envoi de la réouverture progressive le 11 mai, le gouvernement avait publié un protocole de déconfinement des entreprises d’une vingtaine de pages. Outre les mesures sanitaires, l’une des principales exigences – ou tout au moins celle ayant la plus grosse incidence – était de disposer de 4 mètres carrés de locaux par salarié. Ce qui a amené nombre d’entreprises à devoir limiter les retours sur site, en organisant des rotations, ou en ne faisant revenir qu’un certain pourcentage de leurs employés. 

Illustration dans une PME parisienne où sur 80 salariés, 25 n'ont pas encore repris le travail. Pourtant, le carnet de commandes se remplit. Il est donc temps de rappeler tout le monde. "Il va falloir vite reprendre l'activité car on a une tension très forte de la part de nos clients qui souhaitent que l'on puisse les livrer", confirme, au JT de 20 h de TF1, Etienne Hirschauer, le directeur général d'Ecodair. "Mais comment réorganiser les ateliers pour que tous ces gens là puissent revenir ?", s'interroge-t-il.

Et ce n'est pas si simple. Car même si les gels hydroalcoolique et les masques sont déjà prêts dans cet atelier de reconditionnement informatique, cette fameuse règle des 4 mètre carré pose désormais problème. Avec seulement 2 salariés par rangée au lieu de 4 d'habitude, il n'y a plus assez de place pour faire revenir tout le monde. En attendant un éventuel assouplissement de cette règle, il a donc fallu trouver une solution en transformant un endroit de stockage en atelier.

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Une demande pressante du patronat

Cela fait maintenant plusieurs jours que le patronat trépigne, demandant un allègement du protocole. Geoffrey Roux de Bézieux est ainsi parti en croisade sur le sujet le 9 juin, dans une interview aux Echos.  Il se basait alors sur "les propos récents du conseil scientifique" décrivant une situation sanitaire "sous contrôle" : "Nous demandons une révision et un allègement des soixante protocoles sanitaires mis en place dans l’urgence pendant le confinement pour les entreprises", demandait le patron du Medef. "Une version 2 de ces textes doit être lancée dans le dialogue. Sinon, il faut nous dire qui va payer les surcoûts qu'ils engendrent, de l’ordre de 10 à 15%"

Dimanche, quelques heures avant l’allocution présidentielle, il plaidait encore sur RTL pour une accélération du déconfinement afin de "sauver l'emploi" : "S'il se confirme que la pandémie est sous contrôle, oui il faut accélérer le déconfinement parce que chaque jour, chaque semaine coûte à l'économie, et que plus vite on déconfinera, plus vite on repartira travailler, consommer, voyager, plus vite on sauvera l'emploi". Il plaidait dans le même sens pour une réouverture des écoles : "ça oblige les parents à rester à la maison, donc ils sont en chômage partiel, donc ils ne travaillent pas, donc on ne produit pas de richesse".

Ces règles freinent la reprise d’activité- La CPME, dans un communiqué

La demande de levée de certaines contraintes sanitaires a aussi été relayées par la CPME, la Confédération des petites et moyennes entreprises, dès le 8 juin, via un communiqué réclamant "un retour à la normale". "L’achat des équipements de protection représente un coût direct", y indique la CPME. "L’impossibilité d’exercer son activité dans des conditions normales (limitation de la capacité d’accueil, etc.) et le maintien en activité partielle des salariés dont les enfants ne peuvent être accueillis à l’école constituent un coût indirect. Ces règles freinent la reprise d’activité."

Ce lundi, ses divers représentants ont relayé l'appel.  "Nous avons des contraintes qui sont extrêmement lourdes", a expliqué sur France Info François Asselin, président de la CPME. "Lorsque vous devez respecter un périmètre de 4 mètres carrés par opérateur, par exemple, dans un atelier et que votre atelier ne permet pas de réembaucher tout le monde à cause de ces contraintes, votre entreprise a une activité fortement dégradée".

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Bruno Le Maire a ouvert la porte ce lundi matin à cet allègement du protocole. "Est-ce que demain il sera possible de regarder un point ou un autre de ces protocoles ? Oui, certainement, il faudra qu'on en discute avec les organisations professionnelles et qu'on voie s'il y a des adaptations qui sont possibles (…) et qui permettent d'alléger les contraintes", a-t-il déclaré sur Franceinfo.

Sur l’autre point épineux, celui du télétravail, l'hôte de Bercy est resté plus vague : le gouvernement demande-t-il aux entreprises de continuer à le favoriser autant que possible ? "Le télétravail reste souhaitable car il permet d'avoir une reprise progressive et de limiter la propagation du virus, mais ce n'est pas la panacée", a affirmé le ministre de l'Economie. "C'est bien comme solution transitoire […]. Mais ce n'est pas la solution définitive globale pour tout le monde du travail en France".

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