Déconfinement et transport en commun : A la SNCF et la RATP, les syndicats sont inquiets

Déconfinement et transport en commun : A la SNCF et la RATP, les syndicats sont inquiets
Emploi

TRANSPORT - Les principaux syndicats de la SNCF et de la RATP s'inquiètent des conditions du déconfinement dans les transports en commun, alors que le Premier ministre Edouard Philippe doit dévoiler mardi le plan du gouvernement.

Reprendre, oui, mais comment ? Alors que le Premier ministre Edouard Philippe devait dévoiler mardi le plan du gouvernement concernant le déconfinement les principaux syndicats de la SNCF et de la RATP s'inquiètent. Car les transports publics font l’objet d’enjeux tout particulier, à partir du 11 mai, où les Français sont appelés à reprendre le travail.

A la SNCF, il sera techniquement possible de reprendre au moins partiellement l’activité le 11 mai. "Mais la question, ce sera quel niveau de protection on pourra garantir aux usagers et aux salariés ?", a relevé lundi sur BFMTV Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots, premier syndicat du groupe ferroviaire. "On veut des masques, des protections, un certain nombre de dispositions, pour être sûr qu'on ne se contaminera pas", qu'"on ne contaminera pas les usagers, les familles (…) Si on n'organise pas de distanciation sociale dans les trains, il faut impérativement qu'on ait des masques FFP2", s'est-il interrogé, en indiquant qu'"il y a beaucoup de peur" chez les cheminots.

Côté métro, l'Unsa-RATP, premier syndicat de la régie, a réclamé dans un communiqué des "moyens de protection incontournables » pour le déconfinement, tels que masques, gels hydroalcooliques", qui devront "être à disposition des agents en quantités importantes" et "disponibles pour (les) voyageurs". Le syndicat estime que le port du masque par les voyageurs doit être "obligatoire". Mais, là encore, des questions se soulèvent : qui financent ces masques ? Qui les distribuent ? Et surtout, qui contrôle ce port du masque ? "Il n'est pas question" que le contrôle repose sur (les) seuls agents de sécurité" de la régie, a insisté le syndicat. L'Unsa-RATP réclame également une désinfection "efficace" des matériels utilisés par les agents et les voyageurs.

Mais le vrai problème, problème de fond et encore irrésolu reste "le respect des règles de distanciation sociale", s’il doit être appliqué dans les transports : il sera "ingérable par l'entreprise" sur ses réseaux, note le syndicat. "Chaque voyageur devra se responsabiliser et les employeurs être au niveau de l'enjeu", avec le recours au télétravail "chaque fois que possible" et un lissage des horaires de travail "pour étaler les heures d’affluence".

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Casse-tête pour les transports en commun

Ces inquiétudes syndicales montrent le vrai casse-tête auquel sont confrontés les transports en commun. Car si le port du masque semble assez inéluctable, la distanciation sociale fait l’objet d’avis contradictoire. D’un côté, le Conseil scientifique qui dans son avis rendu samedi a estimé que le port du masque n’affranchit pas de la distanciation sociale dans les transports en commun, le seul moyen qui permet "d'éviter une contamination respiratoire et manuportée par gouttelettes".

De l’autre côté, les opérateurs qui espéraient que le masque permettrait justement de s'affranchir de cette distance minimale imposée. Le PDG de la SNCF Jean-Pierre Farandou a été l'un des premiers à poser publiquement le problème, le 15 avril lors d'une audition au Sénat. Il a ainsi pris l’exemple des trains de banlieue d’Ile-de-France : "Si on nous impose de mettre un mètre ou un mètre et demi entre chaque passager, avec 100% des trains on ne transporte que 20% de ce qu'on transporte d'habitude... Donc ça ne marche pas !" Et en effet : garder ses distances dans un métro, un tramway ou un bus réduit la capacité maximale de 60 à 80%, selon les différents acteurs qui se sont exprimés sur la question depuis.

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Et l’ensemble des opérateurs est sur la même ligne que le PDG de la SNCF, en s’appuyant sur les exemples de Berlin, Hong Kong et Shanghai. Les opérateurs UTP, la RATP, la SNCF, Transdev, Keolis et l'association des transporteurs indépendants Agir ont ainsi écrit au Premier ministre : "Le port obligatoire du masque dans un espace public partagé viendrait ainsi en substitution claire et logique pour tout un chacun à la règle de distanciation sociale (…) Opter pour le port du masque obligatoire "sans mesure contraignante de distanciation sociale entre les voyageurs nous semble la condition fondamentale d'une sortie réussie du confinement. A défaut, nous craignons un chaos potentiel", ont souligné les signataires.

Pour emmêler encore la situation, le Haut conseil de la santé publique, qui conseille les pouvoirs publics, a publié dimanche son propre avis : lui va dans le sens des opérateurs en préconisant que "les professionnels des transports (publics) et les passagers portent systématiquement un masque grand public dès lors que la distance d'un mètre ne pourrait être respectée". Tout le monde est donc dans l’attente des annonces gouvernementales. Avec un certain nombre de questions : comment faire respecter cette distanciation, si elle est décidée? Faudra-t-il filtrer les gens à l'entrée des rames et des stations, au risque de les entasser sur un quai ou un trottoir ? Pourra-t-on empêcher quelqu'un de monter dans un bus ?

Sans doute, de nombreux Français devraient choisir de prendre le volant ou le guidon. Pour éviter la thrombose, les autorités veulent de toute façon garder le plus d'employés possible en télétravail, décaler les horaires pour "lisser" les heures de pointe et favoriser la pratique du vélo. 

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