"Des fêtes partout, sauf en discothèque !" : ces initiatives des clubs et des patrons pour exister

"Des fêtes partout, sauf en discothèque !" : ces initiatives des clubs et des patrons pour exister
Emploi

FOCUS - Les professionnels de la nuit ont appris qu’en raison de la crise sanitaire du Covid-19, les discothèques ne seraient pas autorisées à rouvrir avant septembre. Depuis, le monde de la nuit se bat pour exister.

"Des fêtes partout, sauf en discothèque." C’est une phrase, lancée sur un groupe Facebook regroupant discothèques et DJ, qui dit bien leur désarroi : les professionnels de la nuit ont l'impression d'être les grands oubliés du déconfinement. Alors qu’ils pensaient pouvoir rouvrir en juillet, ils ont appris que leurs clubs ne pourraient pas reprendre leur activité avant septembre. Le milieu, plutôt discret jusque-là, se mobilise depuis quelques jours, devant ce qu’il considère être un silence, voire un "mépris" du gouvernement.

D'autant plus dur qu’à la faveur du déconfinement, des beaux jours,  ils voient se multiplier "les soirées sauvages ou des bars transformés en discothèque", ce qui ne fait que renforcer leur amertume. Le coup économique est dur. Certaines tentent de s’en sortir différemment, d’autres se mobilisent. Petit tour d’horizon de diverses situations.

Le combat politique

Le GNI (Groupement national des indépendants) et le SNDLL (Syndicat national des discothèques) sont reçus mardi 30 juin par Laurent Pietraszewski, secrétaire d’état chargé de la protection de la santé des salariés contre l’épidémie du covid-19. Leurs requêtes ? La réouverture immédiate des discothèques sous une activité́ de débit de boissons, sans activité́ de danse, comme certains établissements parisiens ont déjà pu le mettre en œuvre. Cette transformation en bar durerait jusqu’au 11 juillet, date de la fin de l’Etat d’urgence sanitaire. A cette date, ils voudraient que les discothèques rouvrent normalement. Ils demandent, en attendant, la possibilité d’autoriser la danse sur des pistes extérieures, notamment dans le sud de la France. Après les terrasses, le dance floor.

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La mobilisation en ligne

#sauvonslanuit,  #jesuisdiscothèque, #pourquelanuitrevoitlejour... Peut-être depuis quelques jours avez-vous vu fleurir ces slogans  sur les réseaux sociaux… Et en effet, le monde de la nuit s’est mis en branle sur les réseaux sociaux, pour alerter sur la situation. Vendredi dernier, deux figures du secteur, l'artiste David Asko et Christophe Vix-Gras (Rosa Bonheur, Atelier des Jardiniers, Paris Diversité) ont initié une tribune, intitulée "Sauvons la Fête, agissons". "C’est toute la population qui ne peut plus danser, ne peut plus aller aux concerts, sont privés de culture, ne peut plus faire vivre la fête", écrivent-ils. "Cet exutoire salutaire pour des milliers de personnes, cet espace de liberté, d’affirmation de soi, de partage et d’énergie est toujours suspendu sine die sans aucune visibilité", avec des annonces qu’ils estiment "trop tardives", "déconnectées", et un secteur "stigmatisé", car "pointé du doigt comme possible foyer de contamination".

Un peu plus tôt, à la mi-juin, c’est Jean Roch, patron des VIP Room, qui alertait dans une tribune sur Le Point de "l'asphyxie économique" qui frappe le secteur. "Barmen, agents d'entretien et de sécurité, dirigeants d'établissement, commerciaux, fournisseurs, musiciens, ils sont plus de 50 000 à travailler dans cet écosystème de façon directe ou indirecte. Avec un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros, le secteur constitue un poids majeur de notre économie", rappelle-t-il. Un propos corroboré par les chiffres des syndicats : 1 600 discothèques employant 25 000 collaborateurs, essentiellement des jeunes, sur tout le territoire.

Opération reconversion

Certains clubs tentent de se transformer pour pouvoir ouvrir malgré tout. Avec activité de boissons, mais aussi, de restauration… Ainsi, à Strasbourg, le Studio Saglio a lancé son "Studio Garden" : il ne peut pas rouvrir le club ?  C'est donc sur la terrasse que cela va se passer. Celle-ci a été totalement repensée, ouverte dans son intégralité́, avec pelouse, transat', et planche de charcuterie proposées...  Même chose pour le club La Station Gare des mines, porte d'Aubervilliers, qui délaisse sa partie club, et se "fait un reboot en mode bar-terrasse en attendant les "jours heureux"... Une mutation temporaire, mais qui induit aussi de petits changements de comportements : car à la Station, il a ainsi fallu instaurer une jauge, limitée à 180 personnes, et l'endroit fonctionne souvent avec des réservations sur HelloAsso, sous peine de ne pouvoir rentrer ; les groupes sont limités à 10 personnes, et les queues à l'entrée, au bar ou aux toilettes, se font en respectant le mètre de distance. Et évidemment, pas question de danser. Tout comme La javelle, guinguette des bords de seine, qui demande le port du masque  obligatoire lors de vos déplacements et commandes, et tente le défi :"Qui a dit que guincher assis était impossible ?"

Si ces derniers établissements pratiquent donc un grignotage amélioré, certains comme le Wanderlust, quai d’Austerlitz à Paris,  sont devenus de vrais restaurants : depuis le 22 juin, le grand espace extérieur, autrefois haut lieu de la fête parisienne, est transformé en restaurant à ciel ouvert, avec parasol géant, palmier, musique… Aux fourneaux, une jeune cheffe, Alexia Duchène, découverte dans l'émission Top chef propose une "carte de street-food et cocktails", misant sur produits régionaux et de saison.  

Tenter de se faire entendre

Mais ce genre de mutation n’est pas possible pour tous : cela engage des frais, et induit d’avoir un lieu suffisamment sympathique pour attirer les gens. Ce qui n’est pas forcément le cas des boites de nuit "à l’ancienne", situées en périphérie des villes. 

Mike Ludwig, est le patron la discothèque Le Tremplin, située à Montauban-de-Bretagne, un grand complexe de salles, installées en rase campagne à 35 km de Rennes, fermé jusqu'en septembre. Mike a décidé de se mettre en grève de la faim le 22 juin dernier. Il veut attirer l'attention du gouvernement. Il n'a pas accepté "les rires de l’assemblée", quand le député Christophe Blanchet a voulu défendre le monde de la nuit. "Ces députés qui rient à l’assemblée, qui se fichent de notre gueule, de notre situation, de notre détresse, - on joue notre vie en ce moment - , ces gens qui rient sur des commerçants qui sont a la peine, au bord du chaos en ce moment, c’est une honte !", dit-il dans une vidéo expliquant son geste. 

D'autres manifestent leur soutien de manière plus légère. Ainsi dans le Finistère, les discothèques locales ont organisé une "beach party" ce week-end. Des centaines de Brestois se sont retrouvés sur une plage du Finistère pour danser, mais avec, attention, gel hydroalcoolique et masques obligatoires. 

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