Discrimination à l'embauche dans les grandes entreprises : que dit le rapport dévoilé par le gouvernement ?

Discrimination à l'embauche : l'étude choc

DÉCRYPTAGE - Les ministères du Travail et du Logement ont dévoilé jeudi soir les résultats d’une grande opération de testing, menée sur 40 entreprises du SBF 120, en matière de discrimination à l’embauche. Voici ce que dit cette étude dont les résultats ont été immédiatement contestés par les entreprises épinglés.

Le rapport avait été commandé par le gouvernement avec pour objectif de "vérifier si les grandes entreprises sont imperméables au risque de discrimination à l’embauche". Au total, 40 entreprises faisant partie du SBF 120, les 120 plus grandes entreprises de l'Hexagone, ont été scrutées dans leurs pratiques de recrutement, entre octobre 2018 et janvier 2019. Et les résultats de ce testing, le plus vaste jamais réalisé sur l'emploi en France, ont été dévoilés ce vendredi par les ministère du Travail et du Logement.

Pour cette étude que le gouvernement a temporisé avant même de la publier, deux critères de discrimination ont été testés par les chercheurs de la Fédération TEPP (Théorie et évaluation des politique publiques) du CNRS : la réputation du lieu de résidence et l’effet de l’origine supposée française ou étrangère, pour des candidats de nationalité française. Les chercheurs ont mixé quatre méthodes de test. D’abord en envoyant des CV et lettres de motivation, à la fois en répondant à des offres d’emploi et en faisant des candidatures spontanées. Mais aussi en demandant des informations sur des offres publiées, et des demandes d’information sur la procédure de candidature. A chaque fois, une demande était envoyée par un ou une candidate avec une adresse lambda et un nom à consonance française, comme Emilie Petit ou Julien Legrand ; et une autre sous un nom à consonance maghrébine, comme Mohamed Chettouh ou Jamila Benchargui, ou venant d'un quartier identifié comme "difficile".

Au total, 5.329 tests ont été menés auprès d’entreprises telles que Axa, Capgemini, Casino, Danone, Natixis, PSA, Saint-Gobain, ou encore Vinci et Société Générale... En moyenne, chaque entreprise a en moyenne été testée 76 fois, certaines l’ayant été jusqu’à 232 fois, d’autres 32 fois.

Des entreprises ciblées

Et les conclusions sont claires : "L’étude met en évidence une discrimination significative et robuste selon le critère de l’origine, à l’encontre du candidat français présumé d’origine maghrébine", indiquent les chercheurs dans le rapport. "Nous trouvons également une discrimination plus faiblement significative selon le lieu de résidence." La plus forte discrimination se fait en effet sur le nom. En clair, les noms à consonance européenne ont 12,5 % de chances de recevoir une réponse contre 9,27% pour ceux à consonance maghrébine.

Dans le détail, 7 entreprises apparaissent comme particulièrement discriminantes. "Nous parvenons à une conclusion de discrimination pour 4 entreprises quel que soit l’indicateur de discrimination observé", indique ainsi le rapport. "Ces entreprises sont Air France, Altran Technologies, Arkema et Rexel. Dans le cas de Rexel, par exemple, 232 paires de demandes ont été adressées, le candidat de référence a reçu 13 réponses non négatives, le candidat français présumé maghrébin a reçu 4 réponses non négatives."

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Trois autres entreprises sont ciblées. "Le groupe AccorHotels apparaît discriminant pour les réponses à des offres, mais pas pour les demandes spontanées. Pour Sopra Steria, nous obtenons un constat de discrimination uniquement lorsqu’on l’on

raisonne sur la base de l’ensemble des réponses. Le groupe Renault apparaît significatif pour les tests calculés sur l’ensemble des envois, mais il ne l’est pas lorsque l’on observe uniquement les tests sur demande spontanées." 

A l’inverse, une entreprise pratique une discrimination "à l’envers", qui avantage le candidat potentiellement discriminé. Il s’agit d’Air Liquide, "qui a fait l’objet de 54 tests sous la forme de demandes spontanées et qui a donné une réponse non négative dans 3 cas au candidat présumé d’origine française et dans 10 cas au candidat présumé d’origine maghrébine."

Appels à la prudence

Le gouvernement a choisi de publier ce rapport, mais en l'assortissant d’appels à la prudence. "A ce stade de l’étude, aucune conclusion ne peut être consolidée ni des enseignements par entreprise définitivement tirés", alerte une note en préambule, qui pointe notamment l’existence de biais. D’abord le fait que les demandes spontanées (envoi de candidatures ou de demandes d’informations) directement aux managers ont eu de faibles taux de réponses. Ce qui serait dû au fait que "la plupart ont désormais recours à des bases centralisées par les directions RH et à des solutions web qui assistent les RH." Autre écueil : les postes testés ne sont pour certaines entreprises pas dans leur cœur de cible et sont souvent sous-traitées. "Cela a pu conduire à ce que les candidatures ne soient pas traitées par les services de recrutement mais ont été ignorées par le manager ayant reçu un mail de candidature spontanée." 

Ce travail universitaire d’ampleur participe donc à mieux connaître les discriminations à l’embauche. "Par transparence, il est mis en ligne tel que fourni par l’équipe de chercheurs", poursuit la note. "Il ne constitue pas la position des autorités publiques ni une validation officielle de ses éléments d’analyse. La méthode scientifique retenue, ne peut servir à caractériser des infractions pénales."  

Dès la publication de l'étude, ces entreprises épinglées se sont immédiatement dites "indignées". Air France, par exemple, a "contesté totalement la méthodologie et les  conclusions du rapport" qui "ne reflètent absolument pas la culture, les  valeurs et les pratiques de l'entreprise", déplorant que l'étude repose notamment sur des candidatures spontanées et évoquant des "salariés choqués et dans l'incompréhension totale, face à des conclusions qui ne reflètent absolument pas les pratiques de l'entreprise".

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