"Et si vous posiez des congés ?"La question sensible des vacances imposées par les entreprises

Cette semaine, le gouvernement a décidé d'assouplir les règles avec la possibilité dans certaines professions de travailler jusqu'à 60 heures par semaine. Une mesure déjà adoptée par les entreprises.

ENTREPRISE - C'est un casse-tête pour les entreprises, qui aimeraient qu'en cette période d'activité réduite, les salariés posent leurs congés. Les inciter, leur imposer ? Comment faire pour ne pas tendre les relations sociales ?

Ce vendredi soir, Hervé, salarié d’une grosse entreprise, est en congé. En congé, et en confinement. Ces vacances, ils les avait, comme beaucoup d’autres, posé avant les mesures restrictives. De toutes façons, il doit les prendre. Son employeur n’aurait pas voulu qu’il y renonce. Et puis, même s’il ne peut pas bouger, il est tout de même content de se poser : avec trois enfants à la maison, la conjugaison du travail, de la garde d’enfants et de l'intendance devenait compliquée à gérer. 

Valérie, elle, n’a pas d’enfants, et une douzaine de jours à poser avant fin mai. Elle n’a aucune envie de les poser en confinement. "Mais, à quoi cela me servirait, puisque je ne peux pas partir ? Au contraire, moi le travail me donne un rythme, structure mes journées", dit-elle. "Je suis plutôt en train de réfléchir à la manière dont je vais les poser en mai." Un autre, Laurent, raconte avoir eu ces derniers jours des discours insistants de ses responsables, sur l’importance de poser des congés même en période de confinement : "On nous dit qu’on se donne beaucoup, qu’on ne va pas pouvoir tenir à ce rythme-là longtemps, qu’il est nécessaire que nous fassions attention à notre santé, qu’il est important de se reposer… Je ne les avais jamais vu aussi soucieux de notre santé !", dit-il en rigolant.  "Alors on peut penser que c’est à cause du contexte, de la solidarité, mais je ne suis pas sûr."

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Et c’est bien là le casse-tête des entreprises en général et des RH en particulier : comment inciter les salariés à poser leurs congés, y compris en ces temps de confinement. Les directions font en effet face à un double enjeu : c'est une manière, alors que l'activité diminue, de ne pas mettre les employés au chômage partiel ; c'est aussi, sur du plus long terme, la crainte que les salariés ne gardent en provision leurs congés, pour les poser en mai, au moment des ponts, et du retour - encore incertain- de la liberté. 

Sauf qu'à la fin du confinement, l’activité repartira, et il faudra être présent. Question épineuse, au point que selon le Figaro, la plupart des RH sollicités refusent de se prononcer sur ce cas. Le site Cadremploi en publié un article à destination des managers, en prodiguant les conseils pour "faire passer la pilule" à des collaborateurs qui "ne rêvent que de pouvoir souffler après cette période troublée", et pas du tout de poser des congés sans pouvoir bouger. Au rang des conseils, en appeller à miser sur le bon sens des salariés. En allant chercher "ressorts de l’engagement collectif, de la solidarité", en "rappelant les enjeux", et en "expliquant bien aux salariés la situation économique de l’entreprise", et évidemment en "montrant  l’exemple". Ne pas imposer, mais convaincre, par la pédagogie.

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La question du congé imposé

Pourtant, c’est désormais une possibilité, offerte par le gouvernement via une ordonnance qui autorise les entreprise à  imposer la prise de congés payés pendant la période de confinement. L’entourage de Muriel Pénicaud, présentait cette mesure comme "un effort raisonnable" demandé aux salariés alors que l'Etat "met en place un plan exceptionnel pour sauver l'emploi et éviter les licenciements". Et même, pour Alain Milon, président (LR) de la commission des Affaires sociales du Sénat cette mesure serait "financièrement favorable aux salariés, qui ne subissent pas de perte de rémunération lorsqu'ils sont en congé, à la différence de l'activité partielle", où il ne touche que 84% du salaire. Cependant, pour éviter les abus des entreprises, "dans un souci de proportionnalité", le sénateur a fait adopter un amendement limitant à six jours ouvrables. Les syndicats eux, se sont dits opposés à cette prise de jours de congé par simple décision unilatérale de l'employeur. Au final, le texte soumet ces dérogations à la conclusion d'un accord de branche ou d’entreprise, entre la direction et les partenaires sociaux, laissant une petite marge de manœuvre aux salariés, via leurs représentants.

Les congés, un acquis social très ancré en France

C’est ce qu’il s’est passé à l’usine Michelin de Cholet, rapporte Ouest-France. Alors que l’usine choletaise a été fermée en raison de la crise du coronavirus. , la direction a lancé des négociations, pour qu’ils donnent leur cinquième semaine de congés payés pour compenser les jours non travaillés. D’après Ouest-France toujours, les syndicats majoritaires ont finalement signé un accord dans lesquels les salariés Michelin donneront dix jours de leurs congés pour couvrir la même durée sans activité au sein de l’entreprise, en échange notamment d’une hausse des indemnités pour les salariés en chômage partiel. Un syndicat, la CGT, n’a pas signé, et est furieux.

Chez Renault, un accord a aussi été signé entre syndicats, et direction, pour assurer que les rémunérations nettes seront garanties à 100% par la mise en place d'un "fonds de solidarité". Chaque salarié donnera notamment un jour de congé (de son choix: RTT, congé payé, compte épargne-temps...) pour alimenter ce fonds. 

Toucher aux congés, c’est toucher à un acquis social fort en France. C’est ce que montre d’ailleurs un sondage Elabe pour Les Echos, Radio Classique et l’Institut Montaigne, publié ce vendredi, qui montre un véritable clivage de l’opinion, sur les mesures prises par le gouvernement pour lutter contre les effets économiques du coronavirus. 

Les mesures en faveur des entreprises et des salariés sont très largement soutenues : 9 sondés sur 10 approuvent le report de l’assurance chômage, le report des cotisations sociales pour les entreprises, ou encore le chômage partiel et l’aide aux indépendants. En revanche, les mesures qui assouplissent le Code du travail, comme la possibilité de faire passer la semaine de travail à 60 h, ou d’imposer des RTT ou des jours de congés aux salariés sont bien moins comprises : imposer des RTT et les congés est rejeté par 56% des Français.

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