L’absentéisme au travail continue de grimper, les 30-49 ans les plus touchés

Emploi

MAL-ÊTRE - D’après le rapport annuel de Gras Savoye Willis Towers Watson, le taux d’absentéisme dans les entreprises françaises a continué de progresser en 2018. Cette hausse se caractérise par des arrêts plus longs et une plus grande proportion de salariés concernés.

La progression inquiète. D’après le rapport annuel publié par Gras Savoye Willis Towers Watson (conseil en RH), le taux d’absentéisme ne cesse d’augmenter en France, comme le prouvent les chiffres de 2018. Le document se penche sur les arrêts observés dans 546 entreprises françaises, soit 256.054 salariés. Le constat est clair : le taux d’absentéisme a cru en 2018 de 3,6% par rapport à 2017. "Depuis 2014, la dérive s’élève à +16%", rappelle le texte. 

Cette évolution s’explique par l’augmentation simultanée de la durée des arrêts et du nombre de salariés concernés. "Ainsi, la part des salariés ayant posé au moins un arrêt en 2018 a progressé de 8% en 5 ans. De même, la durée moyenne des arrêts a, elle aussi, augmenté de 8%."

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Des résultats "préoccupants"

En seulement 5 ans, la progression est donc sensible. "La durée d’un arrêt est souvent associée à sa gravité, un allongement peut donc être le signe de difficultés plus lourdes pour les salariés, quelles qu’en soient les causes", analyse Julien Remy, expert QVT et absentéisme chez Gras Savoye Willis Towers Watson. "A l’inverse, l’augmentation de la part des salariés concernée témoigne de la présence de ces mêmes difficultés chez un nombre plus large de salariés. Les deux indicateurs sont donc préoccupants. 

Sur le plan financier, cet absentéisme représente un coût important - chiffré par l'institut Sapiens en 2018 à 108 milliards d'euros par an pour les entreprises françaises. Et ce, sans compter les risques en termes de capital humain.

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Le taux d'absentéisme dans le privé en nette hausse

Les origines du problème sont diverses : "Si la maladie est bien évidemment le facteur premier, les difficultés organisationnelles, comme la surcharge de travail, et les difficultés relationnelles internes intensifient le phénomène", souligne l’étude. "Ce sont bien ces autres causes qui sont les principaux moteurs de la croissance de l’absentéisme. Et bien sûr, cette diversité des causes ne simplifie pas la compréhension, et donc le recul de l’absentéisme dans les entreprises… "

Le rapport de Gras Savoye Willis Towers Watson pointe par ailleurs quelques particularités. Ainsi, toutes les tranches d’âge sont concernées par l’augmentation de l’absentéisme, mais dans des proportions différentes : contrairement peut-être aux idées reçues, c’est la tranche d’âge moyen (30-49 ans) qui voit son absentéisme se dégrader le plus en 5 ans (+18% pour les 30-39 ans, +15% pour les 40-49 ans). Les plus jeunes (-30 ans) et les plus seniors (+50 ans) sont davantage  "préservés" : leur absentéisme a progressé respectivement de +10% et +9%. "C’est donc le salarié en pleine fleur de l’âge qui est le plus touché par cette dégradation. Cela interpelle bien sûr quant aux causes de ces arrêts, la croissance ne s’expliquant que marginalement par des raisons médicales », estime le rapport.

Un part incompressible, l'autre évitable

Rappelons que l’étude menée par l’Institut Sapiens, think-thank français, montrait qu’une part de l’absentéisme est incompressible, "normale" à toute organisation. Les épisodes de grippes sont, par exemple, des facteurs d'absentéisme. Cette part se situerait, en France, autour d’un tiers du taux complet d’absentéisme. 

Mais, estimait encore l’institut, l'"absentéisme évitable a pour cause, dans le privé comme dans le public, dans 99% des cas, des défauts de management des personnes. Les modes de management répandus en France, restent, en effet, infectés par l’utilisation anachronique actuelle des vieux modèles de Frederick Taylor et Max Weber, fondés sur une conception, d’un autre âge, centrée sur les procédures, dépersonnalisée et excessivement spécialisée du travail. Les recherches montraient notamment que "les dysfonctionnements managériaux, sources d’absentéisme", s’enracinaient dans six domaines : les conditions de travail, l’organisation du travail, la communication-coordination-concertation, la gestion du temps, la formation intégrée et la mise en œuvre stratégique, comme les politiques de rémunération.

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