En 3 jours, un patron britannique a déjà gagné plus qu'un salarié sur une année... et en France ?

En 3 jours, un patron britannique a déjà gagné plus qu'un salarié sur une année... et en France ?
Emploi

GRAND ÉCART - Les grands patrons au Royaume-Uni ont déjà perçu lundi, après seulement trois jours ouvrés en 2020, l'équivalent de la rémunération annuelle moyenne d'un salarié. Un calcul qui illustre les énormes écarts de revenus outre-Manche. Que donne-t-il si on l'applique à la France ?

Il n’aura fallu que trois jours ouvrés. 33 heures de travail. Au Royaume-Uni, le patron d’une des cent plus grandes entreprises cotées du pays, qui a commencé à travailler le 2 janvier 2020, n’a eu à travailler que jusqu’à 17 heures, lundi soir, pour gagner autant qu’un salarié britannique sur toute une année. 

Ce jour-pivot, baptisé "fat cat day"( "jour des gros bonnets") outre-Manche, est calculé depuis 2014 par deux centres de recherches, le High Pay Centre et le Chartered Institute of Personnel and Development (CIPD), pour alerter sur les disparités de rémunération dans les grandes entreprises.

Selon leurs calculs, en moyenne, le directeur général d'un groupe appartenant au Footsie-100, l’équivalent de notre CAC 40 qui comprend les 100 entreprises les plus importantes de la bourse de Londres, touche en moyenne 3,46 millions de livres (environ 4 millions d'euros) sur l'année (ces chiffres se basent sur les rapports annuels 2019, qui livrent les rémunérations de l’année précédente), l’équivalent de 901 livres par heure, en considérant que le patron fait des journées de 12 heures. En comparaison, le salarié britannique moyen a gagné, lui, 29.559 livres (34.752 euros) en 2018, soit 14,37 livres de l’heure. Pour les grands patrons donc, la rémunération est ainsi 117 fois plus élevée que le salaire moyen d’un Britannique. A noter, si l’on veut être optimiste, que l'écart tend à diminuer : l’an dernier, il n’avait fallu "que" 29 heures pour atteindre le Fat Cat day.

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Une étude menée par Bloomberg en 2017 plaçait le Royaume-Uni en troisième position en matière de décalage des revenus, derrière les Etats-Unis qui caracolaient en tête, avec des salaires des grands patrons 265 fois plus élevés que le salaire moyen, et l’Inde. 

Et en France ? Les Echos, qui avaient fait leurs calculs l’an dernier, avaient estimé que l'Hexagone talonnait le Royaume-Uni avec un écart multiple de… 131 : avec un salaire annuel brut moyen de 38.000 euros pour le travailleur français selon l'Insee, contre une rémunération de plus de 5 millions d’euros en 2017 pour les 40 patrons du CAC 40 selon l'étude réalisée chaque année par l'agence de conseil en vote Proxinvest, le "Fat cat day" se serait ainsi produit un peu après 29 heures de travail. 

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Et pour 2020 ? Selon les derniers chiffres de Proxinvest, dévoilés en novembre dernier, la rémunération des patrons du CAC 40 a continué à grimper, et a atteint 5,77 millions d'euros en 2018, soit une hausse de 12% par rapport à 2017. Un niveau de revenus qui correspond à 277 Smic en base 39 heures ou à 152 fois le salaire brut moyen des Français, d'après l'analyse du cabinet. "La hausse de la rémunération des dirigeants du CAC 40 est trois plus rapide que celle des salariés", avait expliqué, lors d’une présentation à la presse, le directeur général de Proxinvest Loïc Dessaint.  Ce "nouveau record sur les dix dernières années, (...) une dérive qui s'explique principalement par les hausses du Top 4", expliquait le cabinet.

Une bonne partie de la hausse de la rémunération moyenne des patrons du CAC 40 est en effet due à l'intégration en 2018 de Dassault Systèmes, dont le directeur général Bernard Charlès a perçu 33,1 millions d'euros, dont 30,2 millions d'euros d'actions cette année-là, relevait Proxinvest. Deuxième patron le mieux rémunéré de France, François-Henri Pinault avait lui touché 17,3 millions d'euros en 2018. Enfin, Carlos Ghosn, numéro un de Renault-Nissan avant d'être démis de ses fonctions à la suite de son arrestation au Japon, était parvenu à se hisser sur la troisième marche du podium avec 14,3 millions d'euros - et ce même après avoir été privé d'actions gratuites et de retraite. La hausse de sa rémunération, décidée par lui-même, avait atteint 137,5% sur un an à 13,3 millions d'euros pour le seul constructeur Nissan. Des écarts qui font dire à Christophe Nijdam, à la tête du bureau de recherche de Proxinvest, que le "Fat cat day" correspond en France à 2,4 jours du salaire brut moyen des Français.

Carlos Gohn faisait selon lui encore mieux : en travaillant une journée, il gagnait ce que touche en un an un salarié français. 

L'écart de salaire est - un peu - moins tranché si, au lieu de comparer avec le CAC 40 qui réunit les 40 plus grosses sociétés, les calculs s'élargissent au SBF 120, l'indice qui regroupe cette fois les 120 plus grands groupes français cotés en Bourse. Là, les émoluments des patrons se sont en revanche "tassés", de 4% comparé à 2017, à 3,6 millions d'euros. Rapporté au salaire moyen annuel brut, le rapport n'est plus "que" de 1 à 95.

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