Fortement prôné par le gouvernement, le télétravail peine pourtant à s'imposer

Fortement prôné par le gouvernement, le télétravail peine pourtant à s'imposer
Emploi

DISTANTIEL - Avec la reprise de l'épidémie de Covid-19, le télétravail devrait devenir la norme. Mais il peine à se démocratiser. Explications.

Un quart des foyers de contamination au Covid-19 se situe en milieu professionnel. En conséquence de quoi, la ministre du Travail, Élisabeth Borne, a appelé fin septembre les entreprises à avoir recours au télétravail "autant que possible" et "tant que la situation sanitaire l'exigera" dans les zones d’alerte renforcée et maximale. 

Une incitation qui peine cependant à trouver une application concrète : le télétravail ne concernait, en septembre, qu'un salarié sur sept, soit deux fois moins que lors du confinement, selon la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) rattachée au ministère du Travail. Passage en revue des obstacles qui compliquent la démocratisation du télétravail.

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Des employeurs réticents

De nombreuses entreprises continuent de demander un temps de travail en "présentiel" à leurs salariés, y compris à ceux qui travaillent seulement devant un ordinateur. D'abord parce qu'elles craignent que cela leur coûte des frais supplémentaires, réclamés par les syndicats, qui mettent en avant le coût supplémentaire en électricité ou en denrées alimentaires pour le télétravailleur. Ensuite parce qu'elles redoutent une perte d'efficacité, en même temps que celle de l'émulation créée habituellement par les rencontres et les échanges de vive voix. 

En témoigne l'enquête réalisée en septembre par Willis Towers Watson, selon laquelle 41% des employeurs sont réticents au développement du télétravail, et 61% des entreprises ne sont pas parvenues à ajuster leurs règles en la matière. En travaillant de chez soi, "la cohésion d'entreprise disparaît", synthétisait ainsi, dès le mois d'août sur notre site, Benoît Serre, vice-président de l’Association nationale des directeurs de ressources humaines (ANDRH).

Des télétravailleurs sujets au mal de dos

Entre le 8 juin et le 8 juillet, dans le cadre de questionnaires sur les comportements des Français face au Covid-19, Santé Publique France a interrogé 6.000 personnes sur la survenue éventuelle de lombalgies pendant le confinement ou l'aggravation d'une douleur préexistante dans le bas du dos. Résultat : environ 10% des sondés ont développé une lombalgie alors qu'ils en étaient indemnes auparavant. "L'incidence de la lombalgie était environ deux fois et demie plus importante chez les travailleurs qui avaient été nouvellement placés en télétravail, sans poste de travail ergonomique à domicile, ainsi que chez ceux qui avaient continué à travailler hors de chez eux mais à un rythme plus soutenu", indique l'étude publiée le 9 octobre.

Un vecteur de tension nerveuse

Un sondage OpinionWay pour Les Echos et Harmonie Mutuelle établit de son côté que 60 % des télétravailleurs sont sujets à une angoisse, liée au manque d'interaction, au sentiment d'isolement ou encore à l'afflux de mails et de réunions virtuelles. Ils sont encore plus nombreux à y voir un risque de "ne jamais déconnecter" (67 %) et "la fin programmée du lieu de travail comme espace de convivialité" (70 %). Outre cette problématique de la "sur-connexion", il est à noter qu'en parallèle, 33% des salariés affirment que leur entourage est une source d’inquiétude, de tension et de stress, selon une étude de Malakoff Humanis consacrée à "la santé au travail à l’épreuve du Covid", rendue publique ce mardi 13 octobre.

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Des risques psycho-sociaux qui pourraient croître

Tout ce stress, conjugué à la nouvelle intensité du travail, la crainte de perdre son emploi et au sentiment de solitude, constituent des facteurs qui pourraient accroître les risques psycho-sociaux, directement liés au télétravail. D'autant que le sujet de l'équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle devient de plus en plus épineux. Le sociologue Ronan Chastellier, dans les colonnes des Echos, note ainsi que "la question est loin d'être tranchée : 37 % des Français disent que l'équilibre est favorisé... mais le même pourcentage dit l'inverse. Cela montre que la frontière n'est pas nette et ce phénomène porte déjà un nom : le 'blurring', qui est l'effacement ou brouillage de la limite entre sphères privée et professionnelle".

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