"Français, consommez des produits frais !" : l'appel pour sauver les petits producteurs

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ALIMENTATION – Avec l’interdiction des marchés, c’est un nouveau défi qui se crée pour les producteurs de fruits et légumes frais, agriculteurs ou éleveurs. Mais la grande distribution s'engage à répondre à l’appel du ministre de l’Économie Bruno Le Maire à s'approvisionner auprès d'eux pour leur permettre de trouver des débouchés.

C’est l'une des conséquences de la fermeture des marchés, et c’est de toute façon un problème qui a surgi avec le début des mesures de confinement : comment écouler les fruits et légumes de saison ? Où vendre la viande  et le poisson frais ? Même si la filière agro-alimentaire est prioritaire en France, le secteur fait face à de vraies difficultés et l'étau se resserre un peu plus autour des producteurs, désormais empêchés d'écouler leur marchandise sur les marchés.

Mardi, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a ainsi appelé les grandes enseignes à s'approvisionner auprès de ces producteurs français. Et c’est ce que les filières sont en train de mettre en place. Même si parfois, l’amertume affleure, liée à un sentiment d’injustice, ou d’un "deux poids deux mesures". Jean-François Guihard, président de la Confédération française de la boucherie, charcuterie, traiteurs (CFBCT), 8.000 emplois et sept milliards de chiffre d'affaires par an, le dit avec colère, à l'AFP : "Un marché sécurisé est plus sain qu'un confinement en grande surface. On ne peut pas sacrifier tout un pan de la filière au profit de la grande distribution". 

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"Mission de service public"

Mais il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur, et certaines fédérations, comme le Comité national des appellations d'origine laitière (CNAOL), ont lancé la réflexion. "Le commerce se réoriente vers la grande distribution, donc on a fait des propositions" pour pouvoir vendre dans les enseignes les produits laitiers AOP en les présentant "pré-emballés" et "pré-découpés", explique à l'AFP Michel Lacoste, le président du CNAOL. Des "échanges avec des responsables de la grande distribution" qui ne se sont cependant pas encore concrétisés. 

Pourtant, de son côté, la grande distribution entend répondre présent et veut montrer sa mobilisation et son soutien. Jacques Creyssel, directeur général de la Fédération du Commerce et de la distribution, a ainsi assuré sur France Inter mardi soir : "Nous avons très clairement pris l’engagement de commercialiser des produits frais français : asperges, fraises, viande, dl’agneau pascal, poisson... Nourrir la population française est aujourd’hui une mission de service public", dit-il. "Dans ce contexte de crise, tous les acteurs, de la production à la distribution, sont extrêmement réactifs et solidaires, et je trouve cela formidable". 

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Petit à petit, les enseignes se positionnent. Système U va par exemple mettre "en avant l'origine France sur les asperges, les fraises", a indiqué sur France Inter Dominique Schelcher, le patron de l'enseigne, qui va aussi "payer comptant" les factures de "tous" ses fournisseurs afin de soutenir leur trésorerie. L’enseigne s’engage aussi à s’approvisionner en France pour les fruits et légumes, pour "soutenir l’économie française."

Des initiatives locales apparaissent également dans les petits supermarchés. Ainsi, le Système U d'Ustaritz, au Pays basque, incite ses clients à consommer des produits français et frais.

Auchan Val D'Europe (Seine-et-Marne) fait également sur ses réseaux la promotion des fraises de France. 

Carrefour, qui s’est engagé depuis plusieurs mois déjà dans un programme en faveur de la transition alimentaire, propose de son côté une offre de fruits et légumes à 95% française. Le groupe va donc vendre des fraises et des asperges cultivées en France. Pour la pêche, en grosse difficulté, il indique "garantir des volumes et des prix d'achat aux mareyeurs", sur une dizaine d'espèces majeures dont le maquereau, la sardine, la julienne ou le merlan, dont les prix s’effondrent. La pêche française est en effet privée de la moitié de ses débouchés avec la restauration. 

Du côté d'Intermarché, Thierry Cotillard, le patron, a notamment redit mercredi sur RTL "travailler avec les syndicats agricoles pour identifier les filières en souffrance pour lesquelles nous devons écouler du volume afin de les soutenir". Plus globalement, toutes les enseignes martèlent le même message aux Français : "Consommez des produits frais". "Pâques approche, et même si beaucoup ne pourront pas le passer en famille, il faut qu'ils consomment de l'agneau français malgré tout", ajoute Thierry Cotillard. Si la communication se fait autant à destination des producteurs que des consommateurs, c'est que depuis le début du confinement, les Français se sont rués sur les pâtes, le riz, délaissant les rayons dits "traditions." 

Les autres pistes de débouchés

Mais l’écoulement des produits frais par la grande distribution suffira-t-il ? D’autres pistes sont cherchées. Au niveau institutionnel, les différents acteurs, Marchés de France, la FNSEA et la Confédération générale de l'alimentation en détail réfléchissent avec Bercy, les ministères du Travail, de l’Agriculture et de la Santé, à établir un "protocole de bonnes pratiques pour les marchés" pour "sécuriser les flux" et inciter ainsi les maires à "plaider auprès du préfet l'ouverture de tel ou tel marché". 

D’autres producteurs vont tenter de vendre leur stock directement. Reste que cela est compliqué, ce mode de fonctionnement nécessitant une logistique particulière. Plusieurs plateformes existent déjà, comme le site Manger-français, qui propose aux producteurs de le les accompagner dans la création d'un espace sur cette plateforme de vente en ligne. Pour la région parisienne, les sites Rungis à la maison  ou Rungis chez vous font également le lien entre les fournisseurs de produits frais se retrouvant avec un stock périssable à gérer et les Franciliens confinés. 

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